Archive for the ‘fibre’ category

CES 2016: AMAZON ET LA MAGIE DES PLATEFORMES INTELLIGENTES

27 janvier 2016

Précurseur et pionnier du Cloud avec sa plateforme AWS, Amazon s’appuie sur une plateforme qui s’enrichi progressivement et devient intelligente en étant capable d’héberger, de traiter et d’analyser de grosses masses de données partout dans le monde. Explications et quelques exemples significatifs en direction des objects connectés.

Pourquoi Netflix se développera-t-il sur 130 nouveaux pays en moins d’un an?

Anthony Passemard est à la tête de l’écosysteme des partenaires ISV (Independant Software Vendors) pour le nouveau segment des IoT et des Mobiles chez Amazon. Il a expliqué aux 200 responsables grands compte de la Mission CES 2016 Xavier Dalloz, comment Amazon, grâce à sa plateforme Cloud qui héberge Netflix, a permi à Read Hashtings son CEO d’annoncer au cours du CES qu’il allait s’installer dans plus de 130 nouveaux pays au cours de l’année 2016… parce que Amazon est présent dans ces pays. Par exemple en France, Amazon permet à Netflix de concurrencer Canal+ directement sur son coeur de métier sans avoir à supporter d’important coûts d’investissements d’infrastructure grâce à AWS.

Anthony Passemard présentait ensuite quelques chiffres sur les activités spécifiques de AWS qui fonctionne comme un service autonome, avec comme client Amazon.com, le service de ventes en ligne, traité exactement comme le sont les 1 million d’autres clients de AWS. Le chiffre d’affaire de AWS, aujourd’hui publié séparément, était de 2.09 milliards de dollars pour 2015, en croissance de 78% d’une année sur l’autre.

La plomberie, c’est l’affaire d’AWS

Quels sont les avantages d’une plateforme Cloud de type AWS? Il indique 5 grandes raisons:

  • La flexibilité: elle permet de commencer avec une installation test, de la modifier, de repartir dans d’autres directions en fonction des évolutions des innovations dans son coeur de métier.
  • Les coûts: Le service Informatique n’est plus un poids, lent, lourd difficile à faire bouger et coûteux. C’est une plateforme peu coûteuse qui permet de tester et d’entrer en production très vite. Par exemple, le Dow Jones a fait 100 millions de $ d’aconomie par an en passant sur AWS. L’US Navy a réduit ses coûts d’infrastructure IT de 60%
  • L’élasticité: elle permet de supporter les fluctuations saisonnières ou accidentelles sans avoir à supporter l’infrastructures maximum toute l’année. Les ressources informatique sont mieux distribuées dans le temps et l’espace, sans avoir a être immobilisées en parmanence.
  • 10 ans d’expérience: AWS a été l’un des grands précurseur du Cloud et au cours de ces 10 années s’est considérablement enrichi en même temps qu’il se deployait dans le monde entier. Cette année, plus de 500 nouvelles « features » ont été ajoutée à la plateforme qui peu convenir à un nombre toujours plus élargi de situations différentes.
  • Global: AWS est présent dans 12 régions dans le monde (le dernier pays ouvert est la Corée) et dispose de 50 points de presence dans le monde.

AWF est en fait un véritable opérateur de services informatiques, de données et de communication qui entre en compétition avec les opérateurs téléphoniques et les opérateurs de télévision, les sociétés de services. Hébergeur de données en provenance du monde entier, elle peut aussi développer des activités de services autour d’applications plus ou moins spécifiques d’analyses de ces données.

Amazon avec AWS pour l’Internet des Objets s’appuie sur ses partenaires

Anthony Passemard passait ensuite la parole à Jean Paul Huon, CTO de la société Z#bre, une société de services Française qui a developpé des solutions à bases d’objets connectés basées sur la plateforme AWS, ce qui permet une mise en oeuvre et une scalabilité quasi instantanées.

Dans le secteur de la santé (developpé dans le département du Loiret avec le Conseil Général), Jean Paul Huon explique qu’il a developpé un boitier qui permet de monitorer les services à la personne. Derrière le boitier qui recueille les données  se trouve une plateforme intelligente dotée de nombreuses fonctionnalités qui permettent de savoir par exemple les heures réelles de visite des personnes qui dispensent les soins ou apportent de l’aide, de recevoir des information d’autres objets connectés dans la maison comme un thermomètre pour s’assurer que la température est optimale dans la maison etc… Les informations traitées sont redistribuées a toute une serie d’organismes intervenants, y compris la famille qui peut recevoir des alertes.

En 6 mois, le département a pu installer et mettre en oeuvre 10000 objets connectés, et la réduction de la facture pour le département qui gère les services a la personne est estimée à 3 millions d’Euros. Reste à réaliser les interfaces avec les systèmes existants…

 

 

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L’internet des objets arrive, vous n’avez encore rien vu…

12 novembre 2012

« L’internet des objets est pour demain… »  Encore une phrase pour journaliste en mal de sensationnel. Pourtant, la conférence organisée par l’ASPROM sur le thème de l’Internet des objet n’était pas vraiment destinée au grand public.  La salle était peuplée surtout de responsables d’entreprises, de chercheurs, d’universitaires et d’investisseurs venus chercher une vision construite, argumentée et détaillée de ce que la communication des objets peut apporter à la vie quotidienne, à l’industrie, à la vie de tous les jours.

La première intervention de la journée, faite par Xavier Dalloz qui represente le CES (Consumer Elecgtronic  Show) en France et accompagne chaque année un groupe de responsables grands comptes à Las Vegas avait pour objectif de tracer un tableau large, mais précis et incisif des grandes evolutions à venir.

Le premier point à retenir est que les technologies sont là, elles existent et permettent d’ores et déjà le développement de l’Internet des objets. Seulement, les infrastructures ne sont pas encore complètement mises en place pour permettre de bénéficier  et d’accéder à l’intelligence mise dans les objets. En effet, plus de 50 milliards d’objets connectés d’ici 2020 vont fortement solliciter les réseaux dont la bande passante aujourd’hui est déjà insuffisante pour écouler le trafic actuel.

 

Avicca : une lecture industrielle du plan fibre

23 mars 2012

Régis Paumier est Délégué Général du Sycabel, le Syndicat Professionnal des Fabricants de fils, cables éléctriques et de communication. Il expose un point de vue intéressant, trop peu souvent exprimé, sur l’impact industriel du plan fibre en France. L’ensemble des adhérents du Sycabel représentent environ 3 milliards d’Euros de chiffre d’affaire. Son intervention lors du colloque de l’Avicca présentait la vision de l’ensemble de la profession qu’il représente.

Pour lui en effet, le seul enjeu à la demande exponentielle de débit est la fibre, même si d’autres voies peuvent exister. Que l’on parle de haut débit fixe ou mobile, la fibre est incontournable, c’est un passage obligé. Il examine ensuite les différentes manières dont cette constatation se traduit sur le plan industriel dans la mesure où les objectifs sont maintenant connus : Il faudra raccorder 30 millions de foyers à la fibre dans les 15 années à venir.

Il expose ainsi un ensemble de défis à relever dans la course qui s’est engagée, défis qui sont assez rarement pris en compte, sachant que l’objectif des 30 millions de foyers cablés a des implications qui vont bien au-delà de la simple pose de millions de kilomàtres de fibre optique dans le sous sol Français. Il faut en effet prendre en compte la manière dont tout cela va se mettre en place et fonctionner.

Il identifie 4 grands défis qu’il examine les uns après les autres

Le défi de la production

Le défi de l’innovation

Le défi de la formation

Le défi de la réalisation

Il s’appuie sur quelques chiffres pour prendre conscience de l’effort de production que le plan nécessite, à partir d’extrapolations tirées des différents plans d’aménagements réalisés par les collectivités territoriales en France. Il faudra poser 3 millions de km de câble à fibre, c’est-à-dire installer environ 100 millions de km de câble optique, aussi bien dans le sous sol, en aérien que dans les immeubles. Il faudra aussi produit 5 millions de boitiers de raccordement et mettre en place entre 7000 et 10000 NRO (Nœuds de raccordements optiques) équivalents optiques des NRA pour le cuivre.

La conclusion qu’il tire de sa présentation est qu’il sera difficile, voir impossible de combler le gap entre la situation actuelle et les objectifs qui ont été fixés. Il ne voit pas très bien comment résoudre le problème pour l’instant, dans les conditions actuelles à moins de multiplier des aujourd’hui par 5 le rythme de déploiement actuel. Visiblement, on n’en prend pas le chemin.

Il préconise cependant la nomination d’un pilote pour ce plan, mais l’état est il une bonne solution quand on connait les travers de la bureaucratie dans notre pays? Il préconise aussi la mise en œuvre d’un véritable plan de financement de ces investissement, mais les caisses sont vides…. Il indique enfin que la mise en œuvre par zone, en commençant bien sûr par les zones denses a probablement été une erreur, mais il est difficile de forcer les opérateurs à se porter en premier lieu sur les zones non rentables…même si les zones rurales ont plus que tous besoin du haut débit pour tenter de se revitaliser.

Voir la présentation du Sycabel au colloque Avicca du 19 mars

France Télécom et Manche Numérique : Accord historique ou simple geste symbolique?

21 mars 2012

Dans les salons de l’Assemblée ce matin s’est tenue plutôt discrètement une réunion à laquelle participaient un certain nombre d’acteurs clés de la France Numérique en marche. Etaient réunis les responsables de France Télécom en la personne de Bruno Janet, conseiller spécial du CEO de France Télécom, SFR avec Cyril Luneau PDG de SFR collectivités, l’ARCEP venue en grand renfort avec Jérôme Coutant Membre du Collège et Philippe Dister son directeur, Benoit Loutrelle représentant du Commissaire aux Investissements d’Avenir et l’équipe de Manche Numérique au grand complet, Jean François Le Grand Président du Conseil Général de la Manche, Gilles Quinquenel, Président de Manche Numérique et Roland Courteille Directeur de Manche Numérique.

« C’est un accord historique que nous venons signer ici annonçait Gilles Quinquenelle. C’est une grande première pour ce premier jour de printemps… » ajoutait-il non sans humour. Il était repris et approuvé par les responsables des 2 opérateurs, même si Bruno Janet tentait de minimiser un peu l’affaire en affirmant que France Télécom était déjà délégataires de 2 RIP (réseaux d’initiative publique), Laval et Palaiseau…

Jean François Le Grand, repris par Jerome Coutant affirmaient : « La manche a toujours été à la pointe en matière d’infrastructure numérique. Il y a presque 10 ans, elle a été un membre clé et décisif de la démarche qui a conduit à la législation sur le 1425, point de départ du dégroupage. Ce premier accord signé entre France Télécom et un RIP (Manche Numérique) est aussi important pour la mise en œuvre du FTTH en France que l’a été le 1425 pour le dégroupage. »  Bruno Loutrel du Commissariat aux investissements d’avenir précisait : «  Nous sommes heureux d’investir dans un département comme la Manche car nous savons que cet investissement sera bien utilisé et qu’il servira de modèle. »

Premier accord entre France Télécom et un RIP

Voila en effet près de 5 ans que France Télécom regardait les RIP (réseaux d’initiative publique) comme des concurrents, et ne ratait pas une initiative pour les torpiller, les assécher de leur substance en ne se portant pas client de ces infrastructures payées en grande partie par les contribuables. Pire, il allait même jusqu’à construire des réseaux en doublon pour être certain de posséder « son » infrastructure. Cette situation fut amèrement rappelée et mentionnée par diverses collectivités locales lors de la journée de l’Avicca, en début de semaine. Certes me faisait remarquer une membre de l’ARCEP à côté de moi, le cadre règlementaire n’était pas tout à fait stable pendant les premières années. Il l’est cependant depuis bientôt 2 ans maintenant, et Bruno Janet le reconnaissait comme un élément important du  pas en avant franchi aujourd’hui.

Co-investir dans la boucle locale fibre

L’accord passé avec Manche Numérique, dont le délégataire est Manche Télécom filiale de SFR, comporte et défini en effet les conditions financières et techniques (encore aujourd’hui imprécises puisque l’accord n’est que préliminaire) dans laquelle le délégataire et France Télécom collaboreront pour mettre en œuvre les réseaux FTTH sur le territoire de la Manche et proposer une offre commerciale aux foyers raccordables.

Plus spécifiquement, il donne l’espoir à Manche Numérique que la fibre qu’il a installée pour desservir les 26000 foyers de St Lô et de Cherbourg raccordable directement à la fibre d’ici la fin 2012 pourront effectivement disposer d’une offre commerciale réelle, chose qui reste encore en suspend dans beaucoup de RIP. Si les RIP se sont développés avec un certain succès pour la collecte, en général pour le dégroupage des NRA de France Télécom, la difficulté est apparue lorsque que les RIP ont commencé à s’occuper de la desserte pour le FTTH, c’est-à-dire de la réalisation de la partie entre le NRO (Nœud de Raccordement Optique) ou encore le point de mutualisation et l’abonné, en d’autres termes la boucle locale fibre, une sorte d’araignée de mer longtemps insaisissable et indéfinissable, selon la taille, la portée (en nombre d’abonnés) et la place des NRO, des sous NRO et/ou des points de mutualisation (pour garder un langage à peu près compréhensible par les gens normaux).

France Télécom, qui ne diffuse toujours que très parcimonieusement la localisation de ses fourreaux semblait jusqu’à aujourd’hui s’être positionné pour faire cavalier seul et développer des réseaux de desserte en concurrence avec les RIP, en utilisant son avantage sur les fourreaux et laissant les RIP développer du génie civil fort couteux. L’enjeu est cependant de taille entre les opérateurs puisque cette « boucle locale fibre » est un élément qui doit etre mutualisé pour permettre à l’abonné d’avoir accès à une offre concurrentielle, mais elle doit aussi être co-financée par les opérateurs qui font une offre commerciale… Et c’est là que le bât blesse, les opérateurs n’arrivant pas à s’entendre, l’opérateur historique par dessus le marché faussant le jeu par le poids qu’il occupe sur le marché.

Un premier test réalisé sur 1000 foyers

Cet accord prévoit donc que France Télécom co-investira avec le délégataire pour réaliser la distance à parcourir entre l’abonné (la prise) et le premier point de mutualisation accessible. Ce co-investissement consistera à réaliser la liaison entre les 2, c’est-à-dire en quelque sorte à construire une véritable boucle locale fibre mutualisée, en utilisant divers moyens dont les fourreaux de France Télécom déjà existants, la pose de fibre en aérien, ou du génie civil là où rien d’autre n’est possible.

A ce titre, une expérimentation a déjà été réalisée dans une zone très peu dense de la Manche entre France Télécom, Manche Numérique, SFR et Manche Télécom pour équiper 1000 foyers dans une zone très peu dense. Cette expérimentation a fait l’objet d’un co-financement public privé avec des fonds du grand emprunt…

Un succès pour Manche Numérique

Le département de la Manche se veut aujourd’hui un territoire pilote pour le déploiement du FTTH dans un département rural. « Les objectifs indique Gilles Quinquenelle sont de permettre d’ici 2017 à 120000 foyers du département de se raccorder à la fibre en plus des 27000 réalisés à la fin de l’année ». Pour cela, l’Etat, par le biais du grand emprunt accordera un financement de €18.47 millions pour y contribuer. Cependant précisent Jean François Le Grand et Gilles Quinquenelle, l’objectif sur le département est de développer les usages et d’innover sur l’utilisation de ces infrastructures par les habitants et les entreprises, son rôle de creuset des usages innovants en milieu rural reste donc entier.

Quel avenir pour les RIP?

Sur la base de ce premier accord, s’il vient à se généraliser, on peut envisager d’un nouvel œil le déploiement du FTTH dans les zones dites « non AMII », c’est-à-dire les zones qui n’entrent pas dans le périmètre de l’Appel à Manifestation d’Intention d’Investissements sur lesquelles les opérateurs se sont déclarés et pour qui les RIP sont principalement mis en œuvre. Bruno Janet, questionné sur la mise en œuvre de tels accords avec les autres RIP restait plutôt évasif : « Aujourd’hui, c’est honneur à la Manche et ça ne serait pas élégant vis-à-vis de la Manche de dire quel sera le suivant. Cela correspond à notre démarche de complémentarité que nous avons mise en œuvre depuis 5 ou 6 ans maintenant…. Quant aux conditions de cet accord, il ya des conditions techniques, des conditions économiques, de timing et de budget qui doivent être respectées. »

« La porte est ouverte pour d’autres RIP, mais nous regardons les réseaux qui répondent aux caractéristiques techniques définies par l’ARCEP. Certains réseaux publics n’y sont pas vraiment conformes. Est-ce que cet accord peut constituer un cadre pour de futurs accords avec la centaine de RIP qui ont été développés en France? Arrêtez de changer les cadres » ajoutait il… En d’autres termes, chaque accord se fera au coup à coup… On est encore loin de l’effet du 1425 qui a permis le dégroupage sur le territoire national…Les questions posées hier à l’Avicca semblent donc toujours d’actualité.

AVICCA: Le très haut débit est-il en panne?

20 mars 2012

Le colloque bi-annuel de l’AVICCA qui s’est déroulé hier posait la question de la mise en œuvre du plan très haut débit en France et très clairement, son Président Yves Rome sonnait le signal d’alarme, une fois de plus. Cependant pratiquement au même moment à Bruxelles, Stéphane Richard, PDG de France Télécom et Neelie Kroes, Vice-Présidente de la Commission Européenne pour l’Agenda Numérique se congratulaient, le premier fier de ses 10 nouveaux engagements et la seconde sur son action pour une économie numérique européenne compétitive et durable.

Pas de 2 médiatique ?  Deux des 10 engagements de Stéphane Richard portent en effet sur le haut débit : le premier sur le déploiement du réseau 4G/LTE dans toutes les filiales européennes d’Orange d’ici 2015 et l’autre, vieux serpent de mer en France, est le déploiement du FTTH pour 15 millions de foyer et 80% de la population Française d’ici 2020…

 Les objectifs 2020 ne seront pas atteints

Très clairement, selon Yves Rome, on sait dès aujourd’hui qu’à la vitesse où le déploiement se réalise en France aujourd’hui, on sera loin d’atteindre le second objectif à l’échéance indiquée… Comme d’habitude, les opérateurs ne tiennent pas leurs promesses, où ils expriment leurs promesses de façon tellement peu mesurable qu’ils auront de toute façon raison à la fin… Il faut reconnaitre cependant que ce comportement n’est pas une prérogative uniquement spécifique à France Télécom, mais celui-ci est beaucoup plus visible du fait qu’il est l’opérateur historique en position dominante… France Télécom est ainsi considérée dans le milieu des collectivités locales comme étant celui qui a fortement ralenti, voire empêché, le développement rapide de la fibre en France. Le colloque de l’Avicca a été l’occasion pour de nombreuses collectivités de l’exprimer en expliquant leur action pour la mise en place de réseaux de fibre à destination des abonnés, réseaux de fibres qu’on appelle RIP (réseaux d’initiative publique), un sigle qui pourrait aujourd’hui être considéré comme une certaine forme d’humour noir.

La France numérique, 17ème en Europe, prend du retard dans le FTTH

Yves Rome, dans l’introduction qu’il faisait de cette journée, pose très clairement le problème des opérateurs qui font de grandes et jolies promesses et qui ne les tiennent pas, pour des raisons toutes aussi valables les unes que les autres, tant qu’il n’y a pas de sanction. Aujourd’hui, les opérateurs ont cessé de s’intéresser au FTTH fixe, au profit du mobile. Il ne manque pas de mentionner que la France, dans le concert  Européen des nations fibrées, est aujourd’hui classée en 17ème position pour le taux de pénétration de la fibre à l’abonné, entre la Turquie et la république Tchèque… !

Volonté et transparence sont en berne chez les opérateurs privés pour ce qui concerne le FTTH et leur sincérité est fortement mise en cause dans la mesure où ils refusent la mesure des objectifs et la sanction de ceux qui ne sont pas atteints. Se jouant des différents mécanismes incitatifs qui ont été mis en place, au niveau réglementaire et financier, les opérateurs, dans leur comportement, nient presque complètement les réseaux d’initiative publique et entrent même en concurrence avec eux, en cassant les prix ou en construisant leur propre réseau en doublon, là où l’argent public des contribuables a déjà été sollicité, ou encore en s’abstenant de s’impliquer, là où il serait souhaitable et pourtant rentable pour eux. Cette situation doit-elle changer ? Peut-elle changer ? Mais comment ?

Yves Rome, introduction du colloque de l’Avicca du 19 mars 2012

Telcité connecte les entreprises à leurs datacenters en région parisienne

14 novembre 2011

Pendant que le FTTH parisien fait du sur place, bien que l’ensemble du sous sol soit totalement fibré (via les égouts), car la fibre a du mal a monter dans les immeubles et les appartements de Monsieur tout le monde, Telcité, filiale à 100% de la RATP, continue d’étendre sa toile de fibre noire sur l’ensemble de l’Ile de France pour des connexions fibre destinées aux industriels et aux opérateurs.

La RATP dans la fibre

Crée en 1997 pour gérer un réseau de fibre noire installée dans le réseau du métro et RER parisien, cette société a aujourd’hui déployé 1600 km de fibre non allumée destinée aux entreprises et aux opérateurs fibre sur laquelle ont été disposés 400 points de présence passifs (qui ne sont pas des points de présence Internet). Ce réseau, déjà interconnecté directement avec un certain nombre de réseaux de l’Ile de France, IRISE (géré par le Sipperec et dont Telcité est aussi actionnaire), Sem@for77 (DSP du CG 77 gérée par Covage) Connectic 78 (DSP du CG 78 gérée par Eiffage), est depuis le début du mois d’octobre connecté au réseau de Covage sur le département de l’Essonne (91) qui jusqu’à présent n’a pas de Réseau d’Initiative Publique (RIP).

Opérateur d’opérateur

Telcité est un opérateur de fibre un peu particulier. C’est en effet une société privée qui utilise le réseau de tunnels du métro pour installer de la fibre à bas coût. Dans la mesure où elle développe un réseau de fibre noire et n’offre pas directement de services aux grand public, son offre se rapproche plus des Réseaux d’Initiative Publique  (RIP) mis en place par les collectivités locales et territoriales. Les entités qui gèrent ces réseaux s’appellent opérateurs d’opérateurs car ils proposent aussi des services aux opérateurs grand public (ou à des entreprises publiques ou privées) qui louent ces réseaux de fibre noire accompagnés de certains services spécifiques liés à l’infrastructure. « Nous fournissons en effet les baies et l’énergie électrique. Cela signifie quelques racks par client, mais ça n’est pas de l’hébergement au sens informatique du terme, explique Bertand Lenoir directeur général de Telcité. » Il y a plus d’une centaine de RIP sur le territoire Français aujourd’hui. « Nous sommes en discussion avec toutes les DSP de la région parisienne ajoute-t-il, y compris  avec Sequalum qui est le délégataire de THD Seine. »

Interconnexion avec les RIP de la région parisienne

Pour Bertrand Lenoir, Directeur Général de Telcité, l’avantage de cette nouvelle connexion directe est de permettre aux deux sociétés d’élargir leurs offres respectives en étant capable de proposer une connexion de bout en bout à leurs clients basés à la fois à Paris et en périphérie. « Nous avons réalisé, à coûts partagé avec Covage, une interconnexion fibre directe entre nos deux réseaux qui étaient très proches l’un de l’autre à la gare du RER de Bures sur Yvette. Ce n’est pas vraiment un hasard si ces deux réseaux étaient proches, ajoute-t-il… Nous avons donc posé une bretelle sous la forme d’un câble à 288 fibres pour relier les deux réseaux physiquement et ainsi, nos clients installés à Paris peuvent être en connexion directe par fibre avec des datacenter situés dans la périphérie de Paris.»

Covage couvre le 91 qui n’a pas de réseau départemental

L’offre de Covage est mixte dans la mesure où il offre de la fibre noire, mais aussi offre des services allumés, comme les opérateurs. Sur le 91, Covage couvre en particulier les zones de Saclay et d’Evry, assez fortement industrialisées, il n’y a aujourd’hui pas de réseau départemental sur l’Essonne Covage Networks irrigue une zone où se trouvent plusieurs  Datacenters, le centre de recherche d’Alcatel à Nozay et le poste RTE de Villejust.  Bertrand Lenoir poursuit : «  La solution de bout en bout peut prendre plusieurs formes pour le client : soit nous prenons en charge la totalité de la connexion (ou bien Covage le fait) et le client ne voit qu’un seul fournisseur, soit il a double facturation pour les parties du réseau correspondant à Telcité et à Covage. Dans le cas de la facturation unique, il y a accord spécifique entre Covage et Telcité pour ce client. Chaque client est traité individuellement. » Ce type d’arrangement fonctionne particulièrement bien pour des distances allant de quelques kilomètres  jusqu’à une centaine de kilomètres.

Pour les Plans de Reprise d’Activité

En effet, le client peut allumer lui-même sa propre fibre sans avoir besoin de dispositifs de regénération du signal pour atteindre sa destination. Un client parisien peut donc se connecter directement avec un Datacenter dans la région parisienne grâce une liaison fibre privée qui ne passera pas par Internet, offrant ainsi des conditions de sécurité accrues. Ce même client peut aussi mettre en place un Point of Presence (pop) qui lui permette de gérer cet accès fibre spécifique de façon séparé de ses accès Internet. Cette situation est donc tout à fait avantageuse pour des sociétés, petites ou grandes, qui doivent mettre en place un Plan de Reprise d’Activité (PRA), c’est-à-dire un dispositif qui permet une remise en route rapide des activités à partir des données sauvegardées, en cas de catastrophe naturelle, d’accident, de crise majeure ou de piratage.

Liaisons intersites

La stratégie de Telcité est donc d’offrir des accès très haute débits sur des liaisons intersites ou encore des services d’infrastructure de télécommunications aux opérateurs. « Nous ne sommes pas en concurrence avec les opérateurs car nous n’offrons pas d’accès Internet au grand public poursuit Bertrand Lenoir. Même si les opérateurs peuvent aussi offrir des services aux entreprises, ils proposent souvent des services à valeur ajoutée dans leur offre. En général, ils louent des morceaux de notre fibre noire pour y ajouter des services de voix, de données, de multimédia, d’accès à Internet, etc..».  La capacité en termes de bande passante de Telcité est aujourd’hui quasi illimité et dépend des technologies d’allumages, en perpétuelle évolution. Une simple fibre noire (de type G652) peut aujourd’hui offrir une bande passante au delà de 100 Gbps selon les équipements auxquels elle est associée et selon la distance sur laquelle le signal doit être acheminé.

Connecté à une quinzaine de datacenter en Ile de France

Aujourd’hui, Telcité, grâce a ses partenariats, est connecté à une petite quinzaine de datacenters sur Paris et en région parisienne et il a environ une centaine de clients, banques, ministères et grandes entreprises. Telcité ne propose pas de tarifs catalogue, mais le coût le plus important est celui de l’investissement à réaliser pour se connecter au réseau de fibre (entre 10 et 20000 €) selon l’éloignement du Pop. Ensuite, le coût mensuel d’une liaison fibre noire sur une dizaine de kilomètre est inferieur à 850€ par mois, le client ayant la charge de ses équipements de transmission et de leur maintenance.

Concurrence par les infrastructures…?

« Nous pensons que le marché de l’interconnexion inter-site est en pleine évolution conclue Bertrand Lenoir, et aujourd’hui, les prix et les conditions deviennent abordables pour des entreprises plus petites grâce à la mutualisation des infrastructures. La concurrence par les infrastructures n’a plus aucun sens. La mutualisation est devenue indispensable, surtout lorsqu’on parle de distribution. ».

Ruralitic 2011, les écarts se creusent

11 septembre 2011

J’ai assisté à Ruralitic à Aurillac durant les derniers jours d’Aout. Merci à Serge Pilicer pour cette manifestation qui chaque année prend un peu plus d’ampleur. La ville d’Aurillac va un jour devoir étendre son centre de congrès pour continuer d’accueillir toujours plus de participants. La France rurale prend de l’importance… On ne s’en plaindra pas !  Serge Pilicer m’avait demandé d’animer une table ronde sur le thème de l’entreprise en milieu rural avec cette question spécifique de déterminer comment le haut débit et le très haut débit peuvent contribuer à la mise en place et à l’animation d’un «écosystème » favorable à la création et à la croissance des entreprises dans les zones peu urbanisées. L’intitulé de la conférence était « Ruralicon Valley »… Tout un programme.

Une table ronde de 10 intervenants… au chevet des entreprises en milieu rural

Une petite remarque sur le nombre de participants à cette table ronde : 10 personnes, c’est bien trop pour tenter de parler sérieusement d’un sujet sans générer des frustrations chez ceux qui sont sur la scène et chez ceux qui écoutent et cherchent à participer. Chacun est là pour délivrer son message, mais 5 minutes pour expliquer le problème, montrer ce que l’on fait, et avoir une vue prospective ne sont pas suffisantes. Les intervenants ont réussi nous expliquer comment fonctionne le CNER, ce que fait le Cluster Auvergne TIC, quel est le dispositif d’aides mises en place par les Préfecture en Auvergne et comment la Commission Européenne compte développer sa politique de cohésion régionale d’ici 2020, comment se déroule l’action de Macéo qui regroupe les chambre de commerce, d’artisanat et les comités de développement des 22 départements qui couvrent le Massif Central, comment Numelink dans la Loire aide les PME à se développer,  comment les Chambres de Commerce s’adaptent aux nouvelles exigences de la création d’entreprises dans un monde en réseaux, comment France Télécom par le biais de sa filiale Nordnet, installe des liaisons satellites dans les territoires ruraux où il n’y a pas de haut débit, quel est enfin le rôle du Réseau Européen des villes numériques à travers les living labs. Tous se sont aimablement pliés à la discipline de dire l’essentiel en 5 minutes… La salle en est restée sans voix… Je vais revenir dans un instant sur le dernier qui nous a présenté une enquête fort instructive sur les Entreprises rurales et l’économie numérique.

Pas le temps de parler… trop de choses à dire… trop de questions

Pas le temps de parler des nombreux effets pervers crées par les aides et subsides de l’Etat qui transforment beaucoup d’entrepreneurs en mendiants patentés, plus occupés à chercher de l’argent auprès d’un nombre toujours plus grand d’organismes, d’agences et d’associations plutôt que de développer et vendre leur produit et leur business et mieux connaitre leurs clients. Le temps perdu à identifier et demander des subsides à l’Etat est un handicap pour le développement d’une start’up, et l’apport financier qu’il procure est souvent un vrai leurre qui n’a rien à voir avec le fameux Red Herring qui sert aux Américains dans leur recherche de capitaux.

Pas le temps de parler des subsides qui poussent les entreprises du secteur numérique à embaucher des ingénieurs et des chercheurs qui vont continuer de développer des produits et des technologies, mais qui ne répondent pas aux besoins immédiats des clients. L’état considère qu’il n’est pas nécessaire d’aider à l’embauche de commerciaux… ni d’aider à la recherche des clients… Il est vrai que les produits et services développés par nos ingénieurs Français sont tellement sophistiqués et d’une telle qualité qu’ils se vendent tout seuls… !! Internet haut débit sera bien sûr là pour les aider, mais il faudra attendre qu’il soit en place dans les territoires ruraux.

Pas le temps donc d’entendre l’Etat nous parler de l’efficacité des aides qu’il distribue, de leur bonne adaptation aux besoins des entreprises plus particulièrement dans les zones rurales, et de la manière dont il les affecte les fonds et en contrôle l’usage… Pas le temps non plus de savoir si ces aides sont plutôt orientées vers la création de valeur et de richesse sur un territoire ou vers l’aide aux personnes qu’on ne veut pas voir partir ailleurs.

Pas le temps non plus de parler de la difficulté que les jeunes entreprises ont à lever des capitaux d’amorçage pour terminer leur produit et trouver leurs premiers clients. Cependant, l’Etat Français, par le biais du Pôle Emploi, est en réalité le premier Business Angel de France qui subventionne beaucoup de jeunes créateurs d’entreprises pendant 2 ans après qu’ils aient quitté leur emploi dans une autre société. L’amorçage des start’up est aujourd’hui quasiment inexistant en France à part quelques business angels plutôt frileux à l’écoute des dernières mesures fiscales. Quel sera le devenir de ce fonds d’amorçage que le grand emprunt, mentionné par le préfet du Cantal? Va-t-il servir vraiment à l’amorçage de projets innovants ou bien faciliter le développement de sociétés qui ont déjà décollé ?  Il semble que la question soit sur le point d’être éludée.

Et puis, pas le temps d’élaborer sur le rôle des infrastructures numériques dans le développement des services pour les entreprises en milieu rural. Quels rôles sur la création d’entreprises et d’activités locales pourrait avoir une infrastructure neutre et ouverte à tous ? Chacun pourrait devenir FAI et  librement développer et offrir sur le net des services locaux ou plus étendus, sans avoir à passer sous les fourches caudines de l’opérateur dominant, préalablement historique, mais aujourd’hui monopole dans les zones rurales.

Last but not least, qu’en est-il de France Télécom qui se trouve en situation de monopole dans les territoires ruraux (il dispose en effet des fourreaux, des répartiteurs, des sous répartiteurs et du cuivre qui va jusque chez l’abonné), c’est-à-dire pour à peu près 20 millions de personnes en France. Sa stratégie, non dite bien sûr, est de renforcer ce monopole, à la demande des élus (qui pour la plupart font allégeance, pieds et poing liés…),  avec la bienveillance de l’ARCEP curieusement silencieuse sur ce point, et d’empêcher par des moyens naturels l’arrivée des concurrents faute de business modèle.

Une étude pour éclairer le paysage

Bruno Moriset est Maître de Conférences à l’Université de Lyon 3. Il présentait une étude réalisée sous l’égide de l’ANR, concernant 6300 entreprises réalisant un produit ou un service livrable à distance qui les rattachent au secteur de l’économie numérique ou créative.  Il a questionné 400 entreprises situées dans environ 35 cantons ruraux des 4 régions Provence Cote d’Azur, Languedoc Roussillon, Rhône Alpes et Auvergne (voir carte).  En préambule de son étude, il constate «  L’économie résidentielle multiplie les emplois peu qualifiés, souvent saisonniers. Dans le même temps, les métropoles concentrent les emplois du tertiaire supérieur. Faute d’emplois qualifiés,  les jeunes qui quittent les territoires ruraux pour faire des études dans une ville universitaire ne peuvent pas « revenir au pays ».  Or, l’émergence d’une économie numérique multiplie  les opportunités d’activités économiques réalisables à distance du donneur d’ordre. » Il indique alors que « la croissance de l’économie de l’information est une chance à saisir pour favoriser la création d’emplois pérennes, limiter la fuite des cerveaux, et aussi faciliter l’insertion de professionnels qui veulent un  cadre de vie différent pour eux-mêmes et leur famille. »  Son étude a donc pour vocation de fournir des éléments qui permettront aux responsables territoriaux et gouvernementaux  de faire un état des lieux et de mettre en place des objectifs et une politique pour y parvenir…, c’est-à-dire le « comment le faire ». Il n’a hélas pas été possible d’aborder ce point durant la table ronde…

De la ferme à l’entreprise rurale à domicile

Le premier constat de cette étude est que l’entreprise en zone rurale à tendance à se rapprocher de l’auto-entrepreneur, c’est-à-dire que la création de valeur et de richesse sur le territoire est le fait d’une seule personne, avec une assez faible démultiplication industrielle dans la mesure où une grande partie de leur clientèle est régionale. Seules 55,7% des entreprises interrogées vendent des produits ou des services au niveau national ou international, contribuant à élargir la base économique du territoire.  L’un des intervenants de la table ronde, disait en aparté que les entreprises en milieu rurale reproduisent un peu la France rurale de nos grand-pères, en multipliant les individualités locales : « de la ferme à l’entreprise à domicile en milieu rural, avec une nouvelle forme d’autarcie». Voit-on ici se dessiner l’arrivée d’une nouvelle France profonde ?

Le haut débit ne les intéresse guère

Bruno Moriset se penche ensuite sur l’impact du haut et très haut débit sur ces entreprises. Il remarque que bon nombre d’entre elles n’utilisent pas Internet de façon très intensive, et surtout de façon moins intensive et moins sophistiquées qu’en ville. Ce gap dans les usages est-il lié à une différence d’activité des entreprises rurales ou à une insuffisance d’infrastructure ?

La question de la qualité et la disponibilité de l’infrastructure n’est pas posée directement, mais dans l’ensemble, les gens sont satisfaits de leur infrastructure. Voila qui satisfera et confortera France Télécom dans sa politique de monopole sur les territoires ruraux. En effet, le 1425, le dégroupage et les RIP (réseaux d’initiatives publiques) ont obligé France Télécom à améliorer les réseaux et offrir des débits suffisants un peu partout sur le pays. Ce sont ces débits qui ont mis la France en tête du peloton des nations les « mieux équipées ». N’oublions pas que AT&T offre 1.5 Mbps au milieu de la Silicon Valley pour 1.5 fois le prix de l’abonnement de Free… Mais lorsqu’on parle de très haut débit, c’est-à-dire d’une infrastructure fibre qui permettra non seulement le très haut débit fixe en milieu rural et le très haut débit mobile sur les zones peu habitées, les entreprises semblent moins intéressées.

Personne ne veut payer plus cher pour l’accès fibre

Ainsi personne ne veut payer plus cher un accès fibre. On peut remercier Free qui a lancé le mouvement de la migration de l’ADSL vers la fibre au même prix d’abonnement, même si des suppléments viennent maintenant se greffer. France Télécom utilise astucieusement cet argument d’une faible appétence de la fibre pour en retarder l’installation dans les territoires ruraux et offre des politiques alternatives de « montée en débit » qui renforcent son monopole  et sont coûteuses pour les collectivités territoriales (le satellite est aussi lourdement subventionné par les collectivités). La monté en débit, par son coût, a pour effet principal de geler pour une bonne vingtaine d’année la mise en place d’une réelle  infrastructure fibre sur ces territoires. Elle renforce aussi la main mise de France Télécom sur les territoires ruraux et finance en partie l’opérateur historique sur de l’argent public pour la mise à niveau de son réseau.

Risque d’une nouvelle fracture numérique

Bruno Moriset dans les premières conclusions qu’il formule dans son étude précise :  « il est remarquable que les entreprises interrogées ne perçoivent pas comme prioritaire ou stratégique la question des réseaux  de télécommunications, et ne sont pas disposées à augmenter significativement leur budget télécommunications pour disposer du très haut débit (THD) sur fibre optique. La diffusion massive de l’ADSL a porté ses fruits. Mais la question reste posée du risque de l’émergence d’une nouvelle fracture numérique. Tant que les taux d’usage de la fibre restent faibles dans les grandes villes (19 abonnés à Lyon sur 300 entreprises interrogées), il n’y a pas péril en la demeure. Mais la  situation dans les grandes villes pourrait évoluer rapidement, les territoires ruraux restant à l’écart. »

Certains, dont Jean-Pierre Jambes bien connu dans la région de Pau, voient le développement des services comme un moteur qui conduira à la mise en œuvre d’une infrastructure. Mais comment faire  parce que les services doivent être mis en œuvre essentiellement par l’opérateur qui contrôle le réseau. En effet, la mise en place d’infrastructures neutres et ouvertes à tout fournisseur de service par les réseaux d’initiatives publiques se heurte fréquemment à une forte réticence des opérateurs de les utiliser. Ceux-ci préfèrent construire et utiliser leur propre réseau en parallèle plutôt que d’utiliser le réseau de fibre mis en place par la collectivité. Les exemples sont nombreux et variés, de la Manche aux Hautes Pyrénées, en passant par les Hauts de Seine, où France Télécom joue avec les déclarations d’intention de couverture pour saccager les RIP.

Mais restons optimistes puisque notre ministre nous a assuré que 100% des Français  ont déjà accès au haut débit et que la France serait fibrée en 2025 à 100% grâce aux plans France Numérique 2012 et 2020. Pourquoi s’inquiéter?

Lire l’étude de Bruno Moriset