Archive for the ‘France Télécom Orange’ category

Sigfox, LoRa et les réseaux pour IoT seront-ils un nouveau WiMax?

4 décembre 2015

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Une bagarre des réseaux sans fils à     bas débits se profile en coulisses de la montée en puissance de l’IoT dans les foyers et dans l’industrie.

Le CES (Consumer Electronic Show) qui se tiendra en janvier 2016 à La Vegas accordera une large place aux objects connectés pour tous les usages, à la maison, dans l’entreprise et même … dans les nuages… Cet ensemble aussi appelé IoT ou Internet of Things est aujourd’hui considéré comme la prochaine vague technologique devant nous envahir et changer une nouvelle fois notre vie, radicalement… ! bientôt…

Qui dit objets connectés dit réseaux, pour permettre de collecter, échanger et utiliser les informations qui circulent entre tous ces objets. Une nouvelle fois, il semble que les opérateurs historiques et leurs concurrents un peu moins historiques se trouvent de nouveau confrontés dans une lutte sans merci pour le contrôle de ces infrastructures qui devront servir et « faire parler » quelques centaines de milliards d’objets. Encore une fois, il est probable que ces escarmouches pour le contrôle des tuyaux jouent un rôle déterminant dans la mise en œuvre effective de ces objets connectés dans notre vie quotidienne, car sans infrastructure facilitatrice, peu coûteuse et pas chère, il n’y aura pas d’Internet des objets.

Un internet sans fil des objets connectés

L’enjeu est maintenant clair. Il s’agit pour un grand nombre d’acteurs d’enclencher, d’accompagner ou de subir une mutation industrielle concernant plusieurs centaines de milliards d’objets potentiellement connectés (ne parlons pas encore de révolution mais elle n’est pas loin)  autour d’un internet mobile similaire à la téléphonie mobile qui a conquis puis bouleversé la vie de quelques milliards d’humains depuis la fin du siècle dernier. On peut donc assez logiquement s’attendre à voir apparaitre les nouveaux Google, Amazon, Salesforce, Facebook et Twitter des objets connectés. Même question pour les infrastructures, verra-ton de nouveaux AT&T, Verizon, Orange (FT), Vodafone, China Mobile émerger ? Quels rapports ces nouvelles sociétés entretiendront-elles avec celles-là ? L’internet des objets sera-t-il un internet à la mode de l’Internet des humains, comme une sorte de sous marque plus ou moins dépendante, ou bien sera-t-il organisé par des nouveaux venus dotés d’outils nouveaux qu’ils contrôlent. Mais nous ne les connaissons pas encore parce qu’ils sont encore sous le radar, et que l’IoT n’a pas encore vraiment décollé? La question mérite d’être posée sachant que la nature humaine déteste les ruptures et que l’économie a plutôt tendance à avancer en regardant derrière.

Les opérateurs mettent les bouchées doubles pour rattraper le temps perdu…

Tout comme pour Internet, et de façon moindre pour la téléphonie sans fil, les grands opérateurs historiques ont été assez lents à réagir face à l’arrivée de l’internet des objets. Occupés par la montée en débit, par la saturation de la bande passante sur les réseaux sans fil, par la nécessité de fibrer les territoires, par les nouveaux services, et retranchés sur leurs positions dominantes parfois mises en coupe par les régulateurs, ils ont certes appris à maitriser l’innovation par la « communication », mais ils ont gardés leurs vieux reflexes séculaires basés sur leur passé monopolistique d’état…Parfois obligés par leur clients et la concurrence (réelle en Europe), Ils sont cependant passé d’une attitude du « block and wait » vers une attitude un peu plus positive du « wait and see »…

Réseaux sur fréquences libres ou payantes… ?

Tout comme au début des années 2000 lorsque que le WiFi montrait timidement le potentiel qu’il représentait, les opérateurs n’ont pas vu l’intérêt des réseaux bas débit, alors que tout le monde parlait de monter en débit, de fibre, d’augmentation de la bande passante, de saturation des réseaux… L’internet des objets donnait surtout l’image d’une tendance à créer des  gadgets  destinés à des bobos technologues férus de réalité virtuelle souhaitant être connectés jusque dans leurs habits. En clair, ils ne percevaient pas la valeur ajoutée de cette approche pour leurs activités et ont continué leur quête de nouvelles fréquences, et augmenter les débits. Ils ont continué la normalisation des réseaux sans fil et leur ouverture au protocole IT,  passant de la 2G à la 2G+, puis à la 3G puis la 3G+ puis au LTE puis à la 4G, bientôt la 4G+ et  préparent maintenant la 5G. Le WiFi a dès le départ été laissé de côté par les opérateurs parce qu’il n’est pas porteur d’un business modèle « operator oriented » et parce qu’il fonctionne sur des fréquences libres, non payantes et ouvertes, même si elles sont réglementées. Le raisonnement a été le même pour les réseaux qui aujourd’hui connectent les objets, car ils opèrent sur des bandes de fréquences restées libres et gratuites qui n’intéressaient plus personnes parce qu’adaptées pour l’analogique (longue portée et bas débits).  Elles ont donc permis à des startups de développer à moindre coût des technologies de réseaux propriétaires,  et les utiliser sans avoir à payer un lourd ticket d’entrée pour s’attribuer ces fréquences.

Bas débit certes… mais aussi basse consommation et longue portée pour redéfinir la connectivité

Une autre caractéristique des réseaux de l’Internet des Objets est d’être capable de fonctionner sur des composants électroniques à très basse consommation. En effet, au fur et à mesure que le secteur se développe apparaissent des objets connectés de type passifs et statiques (en médecine, dans l’automobile, dans les villes intelligentes etc…) construits autour de capteurs  capables d’envoyer sans faillir des petites quantités d’information pendant des années, grâce à une petite pile qu’on ne changera pas parce que l’objet est situé dans un endroit difficilement accessible. C’est sur cette base que s’est développé Sigfox qui explique: «Whilst established providers of connectivity focus on 4G deployment and licensing, we focus on low throughput and subscriptions for objects with little power…. Connecting millions of objects without roaming restrictions and enabled by a very small, extremely low power modem, required our team to “think out of the box””.  Sigfox se définit donc comme un nouveau DNA capable de redéfinir la connectivité…  Le message est clair et il est porteur d’espoir pour toute une industrie plombée par les dinosaures, opérateurs et équipementiers.

L’histoire ne fait que re-commencer…

Le transport de l’information, première grande ligne de force de l’Internet des objets est aujourd’hui assez clairement définie et les opérateurs ont compris un peu plus rapidement leur erreur. Ils vont maintenant jouer sur leurs atouts et sur les faiblesses de l’Internet des objets pour chercher à rattraper le temps perdu. La première faiblesse de l’internet des objets est, dite de façon un peu crue : l’absence de business modèle. Cyril le Floch, CEO de Qovisio, le dernier venu dans le club des réseaux français pour l’Internet des objets indiquait lors d’une récente réunion de la FIRIP à Angers : « Le revenu moyen par objet, l’ARPU sera très faible, proche de Zéro… on ne peut pas envisager de faire payer un abonnement pour connecter un objet… »  Il mentionne alors le Dash bouton d’Amazon et indique qu’il y a encore des centaines d’applications de ce genre à trouver, qui mettront en œuvre des centaines d’objets connectés par foyer… ouvrant vers de nouveaux business modèles disruptifs au mains des marques ou des grands distributeurs ou à défaut financés par les gouvernements, forts de voir leurs villes et leurs territoires devenir « smart ». Les opérateurs, grâce à leurs substantiels revenus récurrents vont, avec des réseaux alternatifs comme LoRa, pouvoir se porter sur des marchés rapidement profitables pour tenter d’empêcher que les marque ne se saisissent de ces nouvelles applications. En parallèle, ils ont déjà entamé une course poursuite technologique pour noyer et dépasser ces réseaux alternatifs. Leur objectif est d’homogénéiser d’ici l’année prochaine les standards haut débit et bas débit autour de la 4 G sur des fréquences attribuées, et au cours d’une marche forcée au sein du 3GPP (l’organisme qui défini et gères les standards cellulaires), permettre à de nouvelles normes LPWAN (les réseaux alternatifs basse puissance pour l’internet des objets) en cours de formalisation, de ne faire plus qu’un seul avec les réseaux cellulaires et les intégrer dans leurs infrastructures avec la 5G.

Orange donnait le ton et ses intentions en adoptant cet automne la technologie LoRa : « After nearly a decade of experience as an operator in machine-to-machine (M2M) communications with its 2G/3G/4G networks, Orange is now broadening its connectivity offer and preparing for the future of the IoT. With this network based on LoRa technology, it is especially useful for connecting sensors in Smart Cities; Orange is also continuing the work on the standardisation of future cell networks (2G/4G)2 for the IoT, which will be operational in 2017 and for 5G by 2022.” Orange indique très clairement qu’avec LoRa, qu’il s’oriente vers les marchés hautement subventionnés des Smart Cities…en attendant la standardisation… et la disparition (espérée) des réseaux alternatifs pour l’Internet des objets… Sigfox, LoRa, Qovisio sont-ils donc voués à une mort certaine…? Nous en reparlerons.

(NDLR: il est interessant de noter que le communiqué de presse de Orange en Anglais n’est pas la traduction exacte du communiqué en Français qui contient moins d’informations)…

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France Télécom et Manche Numérique : Accord historique ou simple geste symbolique?

21 mars 2012

Dans les salons de l’Assemblée ce matin s’est tenue plutôt discrètement une réunion à laquelle participaient un certain nombre d’acteurs clés de la France Numérique en marche. Etaient réunis les responsables de France Télécom en la personne de Bruno Janet, conseiller spécial du CEO de France Télécom, SFR avec Cyril Luneau PDG de SFR collectivités, l’ARCEP venue en grand renfort avec Jérôme Coutant Membre du Collège et Philippe Dister son directeur, Benoit Loutrelle représentant du Commissaire aux Investissements d’Avenir et l’équipe de Manche Numérique au grand complet, Jean François Le Grand Président du Conseil Général de la Manche, Gilles Quinquenel, Président de Manche Numérique et Roland Courteille Directeur de Manche Numérique.

« C’est un accord historique que nous venons signer ici annonçait Gilles Quinquenelle. C’est une grande première pour ce premier jour de printemps… » ajoutait-il non sans humour. Il était repris et approuvé par les responsables des 2 opérateurs, même si Bruno Janet tentait de minimiser un peu l’affaire en affirmant que France Télécom était déjà délégataires de 2 RIP (réseaux d’initiative publique), Laval et Palaiseau…

Jean François Le Grand, repris par Jerome Coutant affirmaient : « La manche a toujours été à la pointe en matière d’infrastructure numérique. Il y a presque 10 ans, elle a été un membre clé et décisif de la démarche qui a conduit à la législation sur le 1425, point de départ du dégroupage. Ce premier accord signé entre France Télécom et un RIP (Manche Numérique) est aussi important pour la mise en œuvre du FTTH en France que l’a été le 1425 pour le dégroupage. »  Bruno Loutrel du Commissariat aux investissements d’avenir précisait : «  Nous sommes heureux d’investir dans un département comme la Manche car nous savons que cet investissement sera bien utilisé et qu’il servira de modèle. »

Premier accord entre France Télécom et un RIP

Voila en effet près de 5 ans que France Télécom regardait les RIP (réseaux d’initiative publique) comme des concurrents, et ne ratait pas une initiative pour les torpiller, les assécher de leur substance en ne se portant pas client de ces infrastructures payées en grande partie par les contribuables. Pire, il allait même jusqu’à construire des réseaux en doublon pour être certain de posséder « son » infrastructure. Cette situation fut amèrement rappelée et mentionnée par diverses collectivités locales lors de la journée de l’Avicca, en début de semaine. Certes me faisait remarquer une membre de l’ARCEP à côté de moi, le cadre règlementaire n’était pas tout à fait stable pendant les premières années. Il l’est cependant depuis bientôt 2 ans maintenant, et Bruno Janet le reconnaissait comme un élément important du  pas en avant franchi aujourd’hui.

Co-investir dans la boucle locale fibre

L’accord passé avec Manche Numérique, dont le délégataire est Manche Télécom filiale de SFR, comporte et défini en effet les conditions financières et techniques (encore aujourd’hui imprécises puisque l’accord n’est que préliminaire) dans laquelle le délégataire et France Télécom collaboreront pour mettre en œuvre les réseaux FTTH sur le territoire de la Manche et proposer une offre commerciale aux foyers raccordables.

Plus spécifiquement, il donne l’espoir à Manche Numérique que la fibre qu’il a installée pour desservir les 26000 foyers de St Lô et de Cherbourg raccordable directement à la fibre d’ici la fin 2012 pourront effectivement disposer d’une offre commerciale réelle, chose qui reste encore en suspend dans beaucoup de RIP. Si les RIP se sont développés avec un certain succès pour la collecte, en général pour le dégroupage des NRA de France Télécom, la difficulté est apparue lorsque que les RIP ont commencé à s’occuper de la desserte pour le FTTH, c’est-à-dire de la réalisation de la partie entre le NRO (Nœud de Raccordement Optique) ou encore le point de mutualisation et l’abonné, en d’autres termes la boucle locale fibre, une sorte d’araignée de mer longtemps insaisissable et indéfinissable, selon la taille, la portée (en nombre d’abonnés) et la place des NRO, des sous NRO et/ou des points de mutualisation (pour garder un langage à peu près compréhensible par les gens normaux).

France Télécom, qui ne diffuse toujours que très parcimonieusement la localisation de ses fourreaux semblait jusqu’à aujourd’hui s’être positionné pour faire cavalier seul et développer des réseaux de desserte en concurrence avec les RIP, en utilisant son avantage sur les fourreaux et laissant les RIP développer du génie civil fort couteux. L’enjeu est cependant de taille entre les opérateurs puisque cette « boucle locale fibre » est un élément qui doit etre mutualisé pour permettre à l’abonné d’avoir accès à une offre concurrentielle, mais elle doit aussi être co-financée par les opérateurs qui font une offre commerciale… Et c’est là que le bât blesse, les opérateurs n’arrivant pas à s’entendre, l’opérateur historique par dessus le marché faussant le jeu par le poids qu’il occupe sur le marché.

Un premier test réalisé sur 1000 foyers

Cet accord prévoit donc que France Télécom co-investira avec le délégataire pour réaliser la distance à parcourir entre l’abonné (la prise) et le premier point de mutualisation accessible. Ce co-investissement consistera à réaliser la liaison entre les 2, c’est-à-dire en quelque sorte à construire une véritable boucle locale fibre mutualisée, en utilisant divers moyens dont les fourreaux de France Télécom déjà existants, la pose de fibre en aérien, ou du génie civil là où rien d’autre n’est possible.

A ce titre, une expérimentation a déjà été réalisée dans une zone très peu dense de la Manche entre France Télécom, Manche Numérique, SFR et Manche Télécom pour équiper 1000 foyers dans une zone très peu dense. Cette expérimentation a fait l’objet d’un co-financement public privé avec des fonds du grand emprunt…

Un succès pour Manche Numérique

Le département de la Manche se veut aujourd’hui un territoire pilote pour le déploiement du FTTH dans un département rural. « Les objectifs indique Gilles Quinquenelle sont de permettre d’ici 2017 à 120000 foyers du département de se raccorder à la fibre en plus des 27000 réalisés à la fin de l’année ». Pour cela, l’Etat, par le biais du grand emprunt accordera un financement de €18.47 millions pour y contribuer. Cependant précisent Jean François Le Grand et Gilles Quinquenelle, l’objectif sur le département est de développer les usages et d’innover sur l’utilisation de ces infrastructures par les habitants et les entreprises, son rôle de creuset des usages innovants en milieu rural reste donc entier.

Quel avenir pour les RIP?

Sur la base de ce premier accord, s’il vient à se généraliser, on peut envisager d’un nouvel œil le déploiement du FTTH dans les zones dites « non AMII », c’est-à-dire les zones qui n’entrent pas dans le périmètre de l’Appel à Manifestation d’Intention d’Investissements sur lesquelles les opérateurs se sont déclarés et pour qui les RIP sont principalement mis en œuvre. Bruno Janet, questionné sur la mise en œuvre de tels accords avec les autres RIP restait plutôt évasif : « Aujourd’hui, c’est honneur à la Manche et ça ne serait pas élégant vis-à-vis de la Manche de dire quel sera le suivant. Cela correspond à notre démarche de complémentarité que nous avons mise en œuvre depuis 5 ou 6 ans maintenant…. Quant aux conditions de cet accord, il ya des conditions techniques, des conditions économiques, de timing et de budget qui doivent être respectées. »

« La porte est ouverte pour d’autres RIP, mais nous regardons les réseaux qui répondent aux caractéristiques techniques définies par l’ARCEP. Certains réseaux publics n’y sont pas vraiment conformes. Est-ce que cet accord peut constituer un cadre pour de futurs accords avec la centaine de RIP qui ont été développés en France? Arrêtez de changer les cadres » ajoutait il… En d’autres termes, chaque accord se fera au coup à coup… On est encore loin de l’effet du 1425 qui a permis le dégroupage sur le territoire national…Les questions posées hier à l’Avicca semblent donc toujours d’actualité.

AVICCA: Le très haut débit est-il en panne?

20 mars 2012

Le colloque bi-annuel de l’AVICCA qui s’est déroulé hier posait la question de la mise en œuvre du plan très haut débit en France et très clairement, son Président Yves Rome sonnait le signal d’alarme, une fois de plus. Cependant pratiquement au même moment à Bruxelles, Stéphane Richard, PDG de France Télécom et Neelie Kroes, Vice-Présidente de la Commission Européenne pour l’Agenda Numérique se congratulaient, le premier fier de ses 10 nouveaux engagements et la seconde sur son action pour une économie numérique européenne compétitive et durable.

Pas de 2 médiatique ?  Deux des 10 engagements de Stéphane Richard portent en effet sur le haut débit : le premier sur le déploiement du réseau 4G/LTE dans toutes les filiales européennes d’Orange d’ici 2015 et l’autre, vieux serpent de mer en France, est le déploiement du FTTH pour 15 millions de foyer et 80% de la population Française d’ici 2020…

 Les objectifs 2020 ne seront pas atteints

Très clairement, selon Yves Rome, on sait dès aujourd’hui qu’à la vitesse où le déploiement se réalise en France aujourd’hui, on sera loin d’atteindre le second objectif à l’échéance indiquée… Comme d’habitude, les opérateurs ne tiennent pas leurs promesses, où ils expriment leurs promesses de façon tellement peu mesurable qu’ils auront de toute façon raison à la fin… Il faut reconnaitre cependant que ce comportement n’est pas une prérogative uniquement spécifique à France Télécom, mais celui-ci est beaucoup plus visible du fait qu’il est l’opérateur historique en position dominante… France Télécom est ainsi considérée dans le milieu des collectivités locales comme étant celui qui a fortement ralenti, voire empêché, le développement rapide de la fibre en France. Le colloque de l’Avicca a été l’occasion pour de nombreuses collectivités de l’exprimer en expliquant leur action pour la mise en place de réseaux de fibre à destination des abonnés, réseaux de fibres qu’on appelle RIP (réseaux d’initiative publique), un sigle qui pourrait aujourd’hui être considéré comme une certaine forme d’humour noir.

La France numérique, 17ème en Europe, prend du retard dans le FTTH

Yves Rome, dans l’introduction qu’il faisait de cette journée, pose très clairement le problème des opérateurs qui font de grandes et jolies promesses et qui ne les tiennent pas, pour des raisons toutes aussi valables les unes que les autres, tant qu’il n’y a pas de sanction. Aujourd’hui, les opérateurs ont cessé de s’intéresser au FTTH fixe, au profit du mobile. Il ne manque pas de mentionner que la France, dans le concert  Européen des nations fibrées, est aujourd’hui classée en 17ème position pour le taux de pénétration de la fibre à l’abonné, entre la Turquie et la république Tchèque… !

Volonté et transparence sont en berne chez les opérateurs privés pour ce qui concerne le FTTH et leur sincérité est fortement mise en cause dans la mesure où ils refusent la mesure des objectifs et la sanction de ceux qui ne sont pas atteints. Se jouant des différents mécanismes incitatifs qui ont été mis en place, au niveau réglementaire et financier, les opérateurs, dans leur comportement, nient presque complètement les réseaux d’initiative publique et entrent même en concurrence avec eux, en cassant les prix ou en construisant leur propre réseau en doublon, là où l’argent public des contribuables a déjà été sollicité, ou encore en s’abstenant de s’impliquer, là où il serait souhaitable et pourtant rentable pour eux. Cette situation doit-elle changer ? Peut-elle changer ? Mais comment ?

Yves Rome, introduction du colloque de l’Avicca du 19 mars 2012

Innovation disruptive dans la formation aux outils bureautiques : Vodeclic

14 mars 2012

En marge du salon e-Learning cette semaine, la société start’up Vodeclic, spécialisée dans la formation aux outils bureautiques, annonçait une troisième année bénéficiaire avec un chiffre d’affaire double de celui de l’année précédente approchant les 600 K euros. Depuis plus de 2 ans en effet, la société crée par Xavier Sillon en 2007, offre des formations bureautiques en mode SaaS, entièremnt sur Internet,  au grand public, à un coût unique de €9.90 par mois, permettant d’accéder de façon illimité tant que dure l’abonnement, à un catalogue de près de 7000 formations accessibles sur le Web, formant sur près de 350 logiciels largement utilisés dans les entreprises. Aujourd’hui, Vodeclic annonçait aussi un partenariat avec « Orange Cloud Pro », un portail d’accès à un bouquet d’applications TPE crée par France Télécom depuis le début de l’année.

Formation à l’abonnement mensuel

« Notre offre à €9.90 par mois pour toute personne désirant se former aux outils bureautique est disruptive à plusieurs points de vue explique Xavier Sillon, le CEO de Vodeclic. D’abord le prix, comparé aux formations présentielles traditionnelles, met ces formations accessibles à un très grand nombre de gens, plus particulièrement ceux qui travaillent dans les PME dont l’accès à la formation reste problématique. Nos prix sont 10 fois moins cher que ce qu’on trouve dans les catalogues de formations offerts par des sociétés traditionnelles.» En effet, selon une étude du Credoc, 47% des Français s’estiment incompétents face aux usages informatiques. Pour les plus jeunes, la génération dite Y, le niveau d’incompétence semble identique, « même si ils sont capable d’utiliser leur smartphone les mains dans le dos ajoute Xavier Sillon, ils ne savent pas utiliser un tableur ou même faire une présentation sous PowerPoint ou mettre en page un texte sous Word. »

Alors que 20% des salariés du secteur privés accèdent à la formation professionnelle, près de 90% des emplois en Europe manquent de compétences en Informatique «  de tous les jours », compétence dont le besoin est rarement pris en compte dans les plans de formation. Dans les PME, la fonction de responsable de formation n’existe pas et il est très rare qu’existe un DSI. La formation en informatique est en général laissée de côté, à chacun d’acquérir les compétences nécessaires pour manipuler les outils bureautiques, ou bien elle est effectuée par la société de service qui fournit uniquement la formation aux outils de gestion qu’elle fournit à la PME, ce qui en général ne couvre pas les outils bureautiques.

Répondre à une problématique de peine et non de contenu…

« C’est aussi là que notre offre est disruptive » poursuit Xavier Sillon. « En effet, notre offre pédagogique provient de l’intégration d’un ensemble de services proposés à l’apprenant qui lui permettent d’entrer dans la formation à partir de la résolution d’un ou plusieurs problèmes particuliers, ou bien d’entrer dans une formation et d’établir son parcours à partir d’une évaluation personnelle à un instant donné et d’objectifs personnels fixés. » La plateforme dispose d’un moteur de recherche assez sophistiqué qui permet à l’utilisateur de trouver la ou les séquences de formation qui répondent à son ou ses problèmes et de choisir celle, ou la séquence, qui lui conviendra le mieux. Les formations sont réalisées sous forme de vidéos qui durent 4 à 5 minutes et sont indexées pour permettre une recherche multicritère.  Pour un abonné, l’accès se fait 24h x7 sur Internet à l’aide d’un navigateur du marché, ou bien sur iPad ou les autres tablettes du marché compatibles HTML5. L’accès est accompagné d’une période d’essai gratuite de 30 jours. « Nos formation précise Xavier Sillon, sont extrêmement pratiques et visent à aider les apprenants à maitriser des fonctionnalités d’un logiciel bureautique dont ils ont réellement besoin, plutôt que d’essayer de leur faire suivre un cursus qui les oblige à apprendre des choses dont ils ne se serviront jamais et seront oubliées tout de suite… Nous répondons à une problématique de peine et non de contenu… »

Quelle approche en entreprise

Vodeclic s’adresse aussi aux entreprises et aux organisations qui recherchent des solutions flexibles et économiques de formation de leurs salariés aux outils bureautiques. Un ensemble d’outils statistiques est alors proposé au responsable de cette formation qui permet de suivre et de valider ces formations au sein d’un plan de formation. Xavier Sillon cite à titre d’exemple le cas d’une entreprise de 200 salariés qui souhaite former chaque salarié à Microsoft Office 2010 pourra pour €39.60 par mois former chaque salarié pendant une période de 4 mois, au lieu de €400 par jours en présentiel. Ainsi, Vodeclic a assuré la formation de 2000 assistantes-secrétaires à Office 2007 à l’EDF ou de 1600 personnels administratifs au Centre Hospitalier de Montauban. Il développe aussi un programme appelé Vodeclic Business Partners qui permet à des revendeurs ajoutée d’intégrer l’offre Vodeclic dans leurs propositions de services aux entreprises.

Un accord avec « Orange Cloud Pro » le DSI à la demande

France Télécom annonçait aussi un accord de partenariat avec Vodeclic qui devient partenaire de Orange Cloud Pro, un service mis en œuvre depuis le début de l’année.  Luc Bretones, directeur du domaine Pro et PME chez Orange Business Services précise que Cloud Pro est une alternative professionnelle aux places de marché qui prolifèrent, mais ne permettent pas aux utilisateurs de connaitre la valeur et la qualité des applications qu’ils utilisent et sont obligés de régler chaque problème éventuel avec chaque fournisseur d’application. « L’adhésion à Club Pro est libre et gratuite ajoute Luc Bretonnes, il fonctionne comme un portail qui donne accès à une douzaine de partenaires avec qui nous avons passé des accords exclusif, chaque partenaire couvre un secteur particulier de l’entreprise comme la facturation, le stockage etc… C’est une sorte de DSI à la demande… Les utilisateurs qui accèdent à Cloud Pro peuvent choisir et utiliser les applications qu’ils souhaitent en mode SaaS, y accéder avec un seul et même mot de passe et Orange leur enverra une seule facture. Cloud Pro offre un support unique capable de résoudre tous les problèmes rencontrés par les applications utilisés. »

France Télécom, support de distribution

Pour Vodeclic, l’accord est important dans la mesure où France Télécom dispose d’une énorme base de clientèle, et propose cette offre de services informatiques unifiée et soigneusement sélectionnée à la demande à des petites entreprises qui n’ont pas de responsable informatique. Orange Club Pro, qui dispose déjà de 6000 utilisateurs, continue son développement et devrait annoncer de nouveaux partenaires, plus particulièrement dans des secteurs verticaux comme la santé, les commerçants, les professions de l’hotelerie et de la restauration, le BTP, etc. Luc Bretones précise que Cloud Pro cherche à passer des partenariats avec des petites entreprises Françaises innovantes pour enrichir et élargir son offre de service. Plusieurs nouveaux partenariats du type de celui passé avec Vodeclic devraient être annoncés dans les mois qui viennent.

“Connect America Fund”, 4 milliards de dollars pour la montée en débit aux Etats Unis

2 novembre 2011
France Telecom 92045

Cabine téléphonique en milieu rural !!

La FCC américaine, équivalent de notre ARCEP nationale, vient de prendre une nouvelle décision qui permettra aux territoires ruraux aux Etats Unis de bénéficier un jour d’une meilleure couverture cellulaire et d’obtenir des connexions Internet haut débit à la place des connexions escargot qui sont encore le lot commun pour plus de 18 millions de personnes, soit un peu plus de 5% de la population américaine.  Il ne s’agit pas d’un nouveau crédit de 4 milliards affecté au haut débit rural mais tout simplement de la réutilisation de fonds qui étaient affectés pour installer le téléphone fixe dans les zones rurales… !!

Réforme du système de taxation des lignes téléphoniques aux US

Le projet qui s’appelle « Connect America Fund » s’appuie sur le fait que maintenant, tout le monde admet que le bon vieux téléphone (plain old téléphone souvent appelé POT aux Etats Unis) a vécu. « Nous prenons un système conçu pour l’ére des téléphone à cadran rotatif de Graham Bell et on le modernise pour l’ère de Steve Jobs et l’Internet du futur qu’il a imaginé » précisait Julius Genachowski, chairman de la FCC… Plus important encore, il efface presque d’un coup de baguette magique un ensemble de contraintes régulatoires dites de « régulation inter-opérateurs », c’est-à-dire un ensemble complexe de taxes, de compensations et de subventions inextricables entre opérateurs autour des lignes téléphoniques traditionnelles qui pesaient sur les prix des accès internet parce que répercutées par les opérateurs sur les consommateurs et souvent amplifiées du fait de leur complexité et de leur impact sur l’organisation même des opérateurs.

L’ICC revu pour les réseaux télécom à l’époque d’Internet

Ce système de taxation, appelé ICC, est un vaste système constitué de dérivées et d’ajouts en couches successives, parfois contradictoires, de taxes et de mesures suites à la dérèglementation effectuée en 1984 qui séparait AT&T en 8 Baby Bell indépendantes pour créer un marché concurrentiel aux Etats Unis (Ce qui est arrivé en France en 1996 avec la privatisation de France Télécom qui entre autre a donné naissance à l’ARCEP). Julius Genachowski poursuit : « Notre refonte du système de compensation inter-opérateurs éliminera graduellement les milliards de dollars des subventions cachées payées aujourd’hui par les consommateurs dans leurs factures de téléphone cellulaires et longue distance. Notre équipe estime que le consommateur bénéficiera de la réforme de l’ICC (inter-carrier compensation) pour plus de 2 milliards de dollars annuellement.» Il ne s’agira pas de baisse des prix mais d’allocation différente de ces fonds perçus par les opérateurs. En d’autres termes, cela signifie que 2 milliards de dollars des factures de téléphone fixe et mobile aux Etats Unis vont être calculés et facturés différemment (ce qui dans certains cas conduira tout de même à une baisse de prix) et attribués à des usages plus clairs et plus précis pour le développement des réseaux haut débits ruraux.

Comment font-ils ?

Accompagné d’un fond supplémentaire de 1 milliards de dollars dédié à la mobilité, ce nouveau « Connect America Fund » servira à partir de 2012 à construire 100000 miles soit un peu plus de 160000 km de lignes dans l’Amérique rurale donnant accès haut débit à plus de 18 millions d’américains… En France, il y a à peu près 2 millions de personnes dans cette situation, un rapide calcul nous mène à un ratio de 10% environ et nos zones rurales sont bien moins grandes que les zones rurales américaines… ce qui est un avantage supplémentaire pour nous. Comment avec 4 milliards les américains arrivent-ils à faire pour 18 millions de personnes disséminés sur des millions de km² ce qu’on est incapable de faire pour 2 millions de personnes avec 300 millions d’Euros… (équivalents de 400 millions de dollars) sur un territoire qui fait la taille d’un seul état comme le Texas  et est beaucoup plus peuplé ?

Les prix de France télécom trop élevés ?

Dans son rapport sur la montée en débit daté du mois de juin dernier, l’ARCEP ne s’aventure dans aucun chiffrage financier… Beurk, c’est pas propre de parler d’argent… nous sommes en France. Mais il apparait assez clairement dans un chat sur Internet, organisé cet été par l’ARCEP à propos de la montée en débit, qui concerne ces 2 millions de personnes (ou un peu plus) dans les zones rurales en France, que la montée en débit dépend essentiellement de France Télécom qui possède les sous-répartiteurs. Il apparait qu’il y a environ 20000 sous-répartiteurs concernés par la montée en débit, soit 3 millions de lignes. Chaque répartiteur mis à jours et prêt pour la montée en débit couterait entre 30000 et 50000 euros (que France Télécom facture aux collectivités). Le calcul est maintenant assez simple, ça fait entre 600 millions et 1 milliard d’Euros pour faire passer au haut débit les français ruraux. Il doit y avoir un bugg quelque part… !!  Notre opérateur historique nous cacherait-il quelque chose ?  L’ARCEP ne s’étonne pas? Où bien nos amis américains disposeraient-ils de nouvelles technologies beaucoup moins chères dont ils ne nous parlent pas… ? France Télécom pratiquerait-il des prix outrageusement élevés lorsqu’il s’agit d’équiper les collectivités publiques, c’est-à-dire en fait qu’il se ferait en quelque sorte subventionner par nos impôts de façon détournée ?

Les grands opérateurs téléphoniques pleurent misère…

1 mai 2011

Est-ce par hasard que Stéphane Richard, PDG de France Télécom accorde un entretien au Wall Street Journal pour raconter ses « misères » à la communauté financière internationale à peu près au même moment où AT&T envoie un gros document de près de 400 page à la FCC, le régulateur Américain, pour lui expliquer que la seule issue pour lui est de racheter T-Mobile s’il veut survivre à l’augmentation du trafic sur ses réseaux mobiles…?

Sortie de crise favorable aux grandes manoeuvres

Cette époque de sortie de crise ( loin derrière pour beaucoup de grandes entreprises qui naviguent déjà toutes voiles dehors) est très favorable à  des grandes manœuvres de consolidation et de conquête. Les opérateurs qui n’ont pas connu la crise, vivant grassement sur du free cash flow récurrent, sont maintenant avides de renforcer et/ou reprendre des positions de monopole qui leur permettront de verrouiller et de presser un peu plus leurs abonnés dans des solutions chères et figées, très rentables pour eux.. En général, on appelle ça des rentes de situation sur le dos du consommateur…

Une nouvelle révolution industrielle.. pour qui et comment ?  

De leur côté, les gouvernements sont inquiets de la lenteur de la reprise et commencent à se préoccuper des prochaines échéances électorales. Ils sont prêts à quelques « petites compromissions et arrangements » pour accélérer le processus qui leur permettra de prétendre devant les électeurs qu’ils ont fait « du bon boulot ». Ces opérateurs sont en effet un « passage obligé » pour le nécessaire renouvellement des infrastructures de ce qu’on a appelé « les autoroutes de l’information ». Beaucoup ne sont pas loin de penser que les opérateurs téléphoniques sont aussi la solution pour résoudre (et contrôler) l’énorme problème des contenus sur Internet suscités par des « géants du Web Américains ».

Non seulement ils  viennent  « polluer » l’exception Française, mais en plus ils profitent gratuitement d’investissements réalisés localement et dégagent de larges profits en s’appuyant sur un écosystème de sociétés très dynamique… L’enjeu économique, qui ne se cache plus maintenant, est celui de mettre en place de nouvelles infrastructures (fibre pour le fixe et très haut débit pour les mobiles) pour le déploiement d’une révolution industrielle qui marquera ce siècle et dont on peu espérer que tout le monde profitera. Seulement, tout le monde n’est pas d’accord sur le type de révolution et qui va en bénéficier… ? La France sur Internet paie le retard accumulé par les « visions » de l’opérateur lorsqu’il était monopole historique, visions qui ne faisaient qu’unes avec celles du gouvernement…

 France Télécom… misérable ?

L’article du WSJ dresse le paysage de cette façon «  ayant passé l’année dernière à remette au beau fixe le moral des troupes du 3ème opérateur télécom européen après une vague de suicides, Stephane Richard essaie maintenant de  convaincre la communauté financière que France Télécom est un bon pari, malgré les problèmes que rencontre l’ensemble du secteur des télécom. »  Il cite ensuite Stéphane Richard qui affirme : « Nous sommes entrés dans une phase difficile »… « notre modèle économique est sous pression »…  La stagnation des revenus des opérateurs, la nécessité d’investir pour répondre à l’augmentation exponentielle des trafics sur les réseaux et la forte concurrence qui s’exerce sur les opérateurs (entendez depuis l’ouverture des marchés) rend la situation intenable. Pour Stéphane Richard, cela conduirait obligatoirement à une consolidation sur le marché européen et à des mesures de réductions des coûts…

L’Europe, un bon terrain de jeu…

La machine est lancée… Directement dans la foulée de AT&T qui rachète T-Mobile aux Etats Unis, mais d’une manière plus discrète par touches successives et différentes, France Télécom se lance dans un rapprochement avec Deutsche Télékom, la maison mère de T-Mobile. L’Europe est bien sûr passée au-delà du capitalisme sauvage à la manière de l’Oncle Sam et les grandes manœuvres s’opèrent de façon plus feutrée, moins transparentes, les montages sont plus compliqués et longs à mettre en œuvre pour ne pas éveiller les soupçons du grand public.

Mais aussi l’hétérogénéité des 29 pays européens offre un terrain de jeu beaucoup plus riche en opportunités que les Etats Unis très unifiés.  Ils créent donc une filiale commune (sans nom pour l’instant)… d’achat de matériels et plusieurs accords (gardés essentiellement secrets) pour le partage des réseaux dans plusieurs pays d’Europe. En Angleterre, les deux opérateurs ont déjà combiné leurs activités mobiles dans une autre joint venture appelée « Everything Everywhere ». Mais une fusion des 2 opérateurs est purement impensable affirme-t-on de chaque côté… Voila qui devrait endormir pour un moment les autorités de la concurrence de chacun des pays… ! Parallèlement, les opérateurs cherchent à s’entendre au niveau européen pour envisager de faire payer Google et les autres « géants » du Web, ce que Neelie Kroes, la commissaire Européenne, voit d’un regard plutôt méfiant.

Arguments diversement fallacieux…  

D’un autre côté, Stéphane Richard explique que sa société s’attache à acheter des opérateurs en Afrique et au Moyen Orient, marchés sur lesquels il espère doubler son chiffre d’affaire d’ici 2015… Cocorico… Tout ne va donc pas si mal du côté des investissements… De la même manière que AT&T investi 39 milliards de dollars pour prendre 10 points de part de marché sur les Etats Unis plutôt que de mettre ses 39 milliards sur l’amélioration de son réseau désuet, France Télécom investi à l’étranger pour prendre des position dominantes et investi de façon parcimonieuse sur son marché, bloquant de fait le déploiement du très haut débit sur le territoire Français. L’un invoque un prétendu manque de fréquence, ce qui lui permet de rafler de nouvelles fréquences, une denrée rare qui pourrait servir à d’autres plus actifs et innovants, et l’autre invoque l’irrésistible besoin de réduire les coûts.

Monopole va-t-il de pair avec bonne gestion ?

AT&T comme France Télécom sont dans une position fortement dominante et leur gestion n’est pas non plus des plus exemplaires, ni des plus transparente, mais ceci ne semble plus être d’actualité du moins pour France Télécom en France. Le récent scandale lié à la « rente retraite » de Didier Lombard est un exemple facile, mais le comportement de France Télécom est insupportable pour les collectivités locales en France qui dépendent de son bon vouloir.

D’autre part, la location de son réseau de cuivre et de ses fourreaux (encore appelé son génie civil)  rapporte encore gros à France Télécom, quasiment de la marge net, puisqu’il a été payé par les contribuables et rentabilisé depuis longtemps (on parle de 8 milliards d’Euros par an. il s’agirait en fait de 1 milliard d’euros par an selon un opérateur concurrent). Donc inutile d’investir pour changer cette situation… Qui se souvient des discours du roi du Minitel français qui lui rapportait pratiquement 2 milliards d’euros par an,  lors de l’arrivée d’Internet ? Pauvre pionnier perdu dans un monde qui ne le comprend pas… !

La question des opérateurs OTT (over the top)  

L’ennui est que la communauté financière internationale n’aime pas bien les opérateurs téléphoniques vus comme des opérateurs de tuyaux, peu innovants, ringards, dépassés… et leur préfère les Google,  Apple, Amazon, Facebook de l’autre côté de l’Atlantique ou Baidu en Chine. Mais Stéphane Richard sort le couplet : « Les opérateurs doivent avoir les perspectives de revenus qui justifient les larges investissement. Ceci  soulève la question du partage des revenus entre les producteurs de contenu, les géants de l’Internet, particulièrement Google  et les opérateurs téléphoniques… On a besoin d’un modèle de partage de revenu qui soit équitable…». Mais il semble que les discussions avec ces dits “géants de l’Internet” ne soient guère avancée (en terme de poids France Télécom avec ses 50 milliards d’Euros de CA annuels et ses 8 milliards de cash flow n’est pourtant pas un nain… !).

Une odeur de neutralité du Net…

Stéphane Richard affirme que Google paie France Télécom dans un partenariat qui permet aux sociétés Internet américaines d’accéder au réseau France Télécom et permet à Google de délivrer son contenu aux consommateurs de façon efficace. « Ils paient pour entrer à nos points d’accès en Europe et en Afrique, et pour ça nous leur assurons un niveau minimum de trafic. » Il ne mentionne pas les sommes mais une porte parole de Google, non nommée par le WSJ précise : « Google ne paie pas pour un niveau minimum de trafic ou autre… »

Elle précise qu’il s’agit d’un accord d’interconnexion qui est standard dans l’industrie des télécom  et n’est aucunement conçu pour payer France Télécom sur ses investissements en réseaux. Pour tous les réseaux téléphoniques qui opèrent le réseau Internet, les opérateurs s’interconnectent depuis longtemps et évitent ainsi la congestion sur leurs réseaux respectifs grâce à ces accords d’interconnexion. La porte parole de Google précise que le trafic de Google n’est absolument pas favorisé par rapport à d’autres fournisseurs de contenus…Chaque opérateur a des centaines d’accords de ce type…  La neutralité du net vient donc de recevoir un gros paquet de dollars et d’euros sur la tête…

La vraie question

Peut-on faire confiance à un opérateur qui possède l’infrastructure ? Les collectivités locales en France n’en sont pas vraiment convaincues…Les collectivités locales américaines l’ont payé très cher.  En effet, l’idée de Stéphane Richard, telle qu’elle est relaté par le WSJ est claire. Il veut que les opérateurs de contenus (les OTT) financent les investissements qu’ils font dans les réseaux sous le sceaux d’accords qui permettront à leurs contenus de bénéficier d’un régime de faveur. D’un autre côté, il veut contrôler le contenu qu’il délivrera sur Internet aux consommateurs en faisant payer plus cher ceux qui passent plus de temps et consomment plus de contenus. L’histoire serait donc doublement rentable,  un retour net, direct, immédiat et à long terme sur investissement.

Enfin, rien n’est dit sur le contrôle de ces infrastructures qui resteront leur propriété et quels seront les plans d’investissement…Toujours cette absence de transparence inhérente à tout ce qui est un peu technologique… Voila un beau sujet d’agitation pour le Conseil du Numérique qui vient de faire ses premiers pas… Il regroupe entre autres tous les opérateurs Français… Le ton est donné, les vilains OTT qui pillent nos opérateurs n’ont qu’à bien se tenir… Notre pays est toujours aussi étonnant. On va passer des mois à discuter sur le sujet et pondre de jolis rapports avec des recommandations « très intéressantes » et puis on fera une belle loi bien compliquée pour appliquer tout ça et on s’apercevra que ça ne marche pas et que le train est déjà passé.

Acquisitions en vues

On a bien vu que France Télécom a depuis 4 ans littéralement mis « tout son poids »  sur le déploiement de la fibre en France, et qu’il a un impact considérable que ce que sera le paysage Français dans 30 ans… Ca s’appelle de l’aménagement du territoire par les infrastructures… France Télécom comme la plupart des opérateurs historiques a le monopole dans la peau et ne s’en débarrassera pas… C’est une sorte de trou noir qui absorbe et verrouille. Le phénomnène est encore plus clair aux Etats Unis avec AT&T pour qui la régulation est bien moindre et son comportement ressemble parfois même à du racket.  Est-ce un syndrome Français ou une particularité des opérateurs historiques, alors que les OTT ont plutôt tendance à générer une industrie grâce à l’innovation?

Par exemple, France Télécom  a littéralement racheté Dailymotion et Deezer à très bas prix (comparé par exemple à YouTube racheté par Google un an après sa création pour 1.6 milliards de dollars…) après avoir englouti des centaines de millions d’euros dans des droits TV sur le foot pour jouer l’exclusivité, en vain… Le montant des droits sur le sport payés par France Télécom dépasse le demi milliard d’euros en 2010. Ce demi milliard pourrait être consacré à investir dans la fibre en milieu rural par exemple…!

L’article du WSJ conclue que la prochaine cible de France Télécom se trouve dans les réseaux sociaux.. Va-t-il acheter Facebook… ?

Je ne peux pas m’empecher d’ajouter cette citation :

Je dis donc aux entrepreneurs, mobilisez votre créativité et votre imagination, non pas pour casser la contrainte, non pas pour enfreindre la contrainte, mais plutôt pour vous appuyer dessus et la dépasser”……  “C’est pour cela que j’ai créé le CNN (Conseil National du Numérique), on ne peut pas rester à deux mondes qui s’ignorent qui s’inquiètent qui se méconnaissent. Il faut qu’on essaye d’associer les gens. C’est pour cela que j’ai créé le CNN, pour que pour tout projet législatif ou réglementaire susceptible d’avoir un impact sur l’économie numérique, le gouvernement soit obligé de demander votre avis, et bénéficie de l’éclairage qui émanera du secteur numérique… Vous l’avez reconnu je pense. Voila donc le programme.

France Télécom et l’Internet des objets vus du côté Smart Grid

19 avril 2011

La conférence ASPROM du début de mois d’avril à Paris permettait à un assez grand nombre d’acteurs de s’exprimer sur la Convergence Energie-Télécommunication. Après le point de vue de EdF et la vision de Olivier Hersent CEO de la start’up Actility, la présentation de France Télécom mérite qu’on s’y arrête, surtout après l’annonce d’accords (encore très flous pour le grand public) entre France Télécom et Deutsche Telekom sur le sujet du M2M, une autre dénomination de l’Internet des Objets. Le smart grid fait entièrement partie de l’Internet des Objets comme l’expliquait Olivier Hersent, et France Télécom ne peut pas ne pas être présent sur ce créneau des télécommunications dont le but est de rendre les objets intelligents et de les interconnecter sur Internet.

Un quart des abonnés en France sera des machines connectées d’ici 2015

Pour Hugues Severac, Directeur de la stratégie M2M chez France Télécom, le smart grid n’est pas  un marché où l’opérateur s’adresse à l’utilisateur final, mais à des opérateurs qui eux, s’adressent au client final. Il faut donc que l’opérateur télécom comprenne comment l’utilisateur final fonctionne, ce dont il a besoin et comment ceci est compatible avec le métier et le business modèle de France Télécom… « et comment France Télécom peut offrir une infrastructure qui réponde à ces besoins, dans la mesure ou un plus grand nombre de machines deviennent connectées. En 2015, un quart des abonnés seront des machines… dont les voitures électriques » C’est donc par le biais du Machine to Machine que France Télécom aborde le sujet du smart grid. Les réseaux intelligents vont apparaitre avec l’entrée en jeu de nouvelles sources d’énergie et surtout le véhicule électrique qui a lui seul consomme ce que consomme une maison. Tout ceci nécessitera un certain contrôle sur le réseau lui-même parce que localement, il faudra optimiser la consommation et il faudra interagir entre la production et les consommateurs.

France Télécom veut jouer un rôle important dans le smart grid

France Télécom se voit un rôle à jouer dans 3 activités de ce marché : l’automatisation du réseau de distribution (l’exploitant actuellement ne pilote pas son réseau, il ne sait pas avec précision ce qu’il s’y passe) ; le smart metering et la demand response (c’est-à-dire la capacité de mesurer la sonsommation instantanément et d’envoyer des ordres d’action chez les clients).  Reste le véhicule électrique qui semble être un secteur à part pour France Télécom puisque chaque véhicule disposera d’une puce radio qui le rend accessible par la voie hertzienne, téléphonie mobile ou WiFi. « Reste la partie IT précise Hugues Severac, c’est-à-dire l’ensemble du back office qui permet de gérer tout le système dans lequel France Télécom a une valeur ajoutée connue ».

Where is the money ?

Il poursuit : « McKinsey dit que pour les Etats Unis, sur 130 milliards d’économies possible en énergie, il y a 43 milliards qui viendront de l’optimisation du réseau de distribution (ndlr…mais le réseau de distribution américain est dans un piètre état), ensuite il faut éviter des surcapacités, et d’autres économies viendront de la diminution de la consommation…  Le smart metering parait jouer un rôle assez mineur…. On s’étonne de ne pas voir de travaux approfondis sur le smart metering. » Coté infrastructure, il précise que c’est le règne du CPL dans la plupart des pays européens, il y a le mobile ou les réseaux maillés à base de wifi et de zig bee. Il estime enfin la taille du marché à  13 millions de carte en Europe… !

Le bon vieux business modèle de France Télécom

Quel rôle France Télécom peut-il jouer dans le dispositif de smart grid ? Quel serait alors son business modèle… On se rend compte que France Télécom applique tout simplement le business modèle qu’il utilise dans les télécommunications pour l’appliquer  au smart grid… pas d’innovation, pas de créativité, réplication pure et simple d’un modèle obsolète vieux d’un siècle qui s’est mal adapté au numérique. Hugues Severac précise. « Pour la mise en place des infrastructures.. On pense qu’il faut une approche flexible qui sépare l’urbain du pré urbain et du rural.. » Ca devrait rappeler quelque chose du côté de la fracture numérique aux collectivités locales…  Il indique aussi qu’il faudrait séparer la couche réseau de la couche de service, « On veut des engagements sur les SLA, sur les les niveaux de services ». Pour lui, les problématiques importantes à aborder sont celle de  la sécurite, de l’hétérogénéité des réseaux, de l’authentification, de la bande passante et bien sur de minimisation des coûts. Il aborde la necessité d’avoir une vision sur la densité de population…pour le choix des réseaux et le choix des technologies, « c’est notre capacité à faire de l’ingénierie télécom.. On sait bien faire… ».

Développer des services sur l’infrastructure…

L’objectif de France Télécom est donc de s’appuyer sur son infrastructure pour faciliter le développement de services à valeur ajoutée. Mais France Télécom envisage donc bien s’octroyer la part du lion parmi les services les plus profitables et laisser les restes à quelques petites sociétés périphériques qui développeront des services et viendront utiliser l’infrastructure. L’une des questions que se pose France Télécom est de savoir s’il faut disposer de 2 réseaux, l’un qui distribue l’électricité et l’autre qui contrôle. « Construire des réseaux qui doivent durer 20 ans est un pari audacieux sur l’avenir, parce que dans les télécommunications, l’obsolescence s’applique au bout 18 mois à 2 ans… ! Internet était inconnu dans le monde il y a 15 ans. Voyez la manière dont l’iPhone a transformé la téléphonie… ajoute-t-il »  Mais ces nouveaux usages n’ont pas été le fait des opérateurs trop appliqués à faire de la rétention sur leurs réseaux…

Comment gérer le client ? Les sempiternelles box…

L’une des préoccupations de France Télécom est le client… à qui les producteurs l’éléctricité et les gestionnaires de réseaux électriques commencent à apporter une certaine importance. « Comment faire participer les clients dans la maison? demande Hugues Severac. » Il explique alors que le marché du Home Automation n’a pas encore démarré, bien qu’il soit médiatique depuis des décenies, parce que le marché n’existe pas. Il y aurait en réalité 4 marchés côte à côte, l’énergie dans la maison, la sécurité de la maison, la domotique et le contrôle de certains appareils et enfin la santé. Il explique que le comportement du consommateur a évolué d’un mode passif à un un mode actif et se dirige maintenant vers un mode participatif..

Le dernier point est celui des box qui contrôlent les appareils dans la maison, dont l’énergie.. « On verra sur le marché de la maison la mise en place d’une logique d’écosystème. Les opérateurs vont proposer une infrastructure basée sur du hardware permettant de contrôler les appareils et de se connecter aux systèmes d’information. Sur ces boites seront marketés un ensemble de services vendus directement ou par le biais des opérateurs. »  (Il reproduit ici le modèle telco actuel des accès internet.. mais où est donc l’innovation ?). France Télécom se retrouverait donc dans la même logique de transporteur de service et fournisseur de services qu’il pratique sur Internet actuellement.

Ecoutez la présentation de Hugues Severac

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