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France Télécom et Manche Numérique : Accord historique ou simple geste symbolique?

21 mars 2012

Dans les salons de l’Assemblée ce matin s’est tenue plutôt discrètement une réunion à laquelle participaient un certain nombre d’acteurs clés de la France Numérique en marche. Etaient réunis les responsables de France Télécom en la personne de Bruno Janet, conseiller spécial du CEO de France Télécom, SFR avec Cyril Luneau PDG de SFR collectivités, l’ARCEP venue en grand renfort avec Jérôme Coutant Membre du Collège et Philippe Dister son directeur, Benoit Loutrelle représentant du Commissaire aux Investissements d’Avenir et l’équipe de Manche Numérique au grand complet, Jean François Le Grand Président du Conseil Général de la Manche, Gilles Quinquenel, Président de Manche Numérique et Roland Courteille Directeur de Manche Numérique.

« C’est un accord historique que nous venons signer ici annonçait Gilles Quinquenelle. C’est une grande première pour ce premier jour de printemps… » ajoutait-il non sans humour. Il était repris et approuvé par les responsables des 2 opérateurs, même si Bruno Janet tentait de minimiser un peu l’affaire en affirmant que France Télécom était déjà délégataires de 2 RIP (réseaux d’initiative publique), Laval et Palaiseau…

Jean François Le Grand, repris par Jerome Coutant affirmaient : « La manche a toujours été à la pointe en matière d’infrastructure numérique. Il y a presque 10 ans, elle a été un membre clé et décisif de la démarche qui a conduit à la législation sur le 1425, point de départ du dégroupage. Ce premier accord signé entre France Télécom et un RIP (Manche Numérique) est aussi important pour la mise en œuvre du FTTH en France que l’a été le 1425 pour le dégroupage. »  Bruno Loutrel du Commissariat aux investissements d’avenir précisait : «  Nous sommes heureux d’investir dans un département comme la Manche car nous savons que cet investissement sera bien utilisé et qu’il servira de modèle. »

Premier accord entre France Télécom et un RIP

Voila en effet près de 5 ans que France Télécom regardait les RIP (réseaux d’initiative publique) comme des concurrents, et ne ratait pas une initiative pour les torpiller, les assécher de leur substance en ne se portant pas client de ces infrastructures payées en grande partie par les contribuables. Pire, il allait même jusqu’à construire des réseaux en doublon pour être certain de posséder « son » infrastructure. Cette situation fut amèrement rappelée et mentionnée par diverses collectivités locales lors de la journée de l’Avicca, en début de semaine. Certes me faisait remarquer une membre de l’ARCEP à côté de moi, le cadre règlementaire n’était pas tout à fait stable pendant les premières années. Il l’est cependant depuis bientôt 2 ans maintenant, et Bruno Janet le reconnaissait comme un élément important du  pas en avant franchi aujourd’hui.

Co-investir dans la boucle locale fibre

L’accord passé avec Manche Numérique, dont le délégataire est Manche Télécom filiale de SFR, comporte et défini en effet les conditions financières et techniques (encore aujourd’hui imprécises puisque l’accord n’est que préliminaire) dans laquelle le délégataire et France Télécom collaboreront pour mettre en œuvre les réseaux FTTH sur le territoire de la Manche et proposer une offre commerciale aux foyers raccordables.

Plus spécifiquement, il donne l’espoir à Manche Numérique que la fibre qu’il a installée pour desservir les 26000 foyers de St Lô et de Cherbourg raccordable directement à la fibre d’ici la fin 2012 pourront effectivement disposer d’une offre commerciale réelle, chose qui reste encore en suspend dans beaucoup de RIP. Si les RIP se sont développés avec un certain succès pour la collecte, en général pour le dégroupage des NRA de France Télécom, la difficulté est apparue lorsque que les RIP ont commencé à s’occuper de la desserte pour le FTTH, c’est-à-dire de la réalisation de la partie entre le NRO (Nœud de Raccordement Optique) ou encore le point de mutualisation et l’abonné, en d’autres termes la boucle locale fibre, une sorte d’araignée de mer longtemps insaisissable et indéfinissable, selon la taille, la portée (en nombre d’abonnés) et la place des NRO, des sous NRO et/ou des points de mutualisation (pour garder un langage à peu près compréhensible par les gens normaux).

France Télécom, qui ne diffuse toujours que très parcimonieusement la localisation de ses fourreaux semblait jusqu’à aujourd’hui s’être positionné pour faire cavalier seul et développer des réseaux de desserte en concurrence avec les RIP, en utilisant son avantage sur les fourreaux et laissant les RIP développer du génie civil fort couteux. L’enjeu est cependant de taille entre les opérateurs puisque cette « boucle locale fibre » est un élément qui doit etre mutualisé pour permettre à l’abonné d’avoir accès à une offre concurrentielle, mais elle doit aussi être co-financée par les opérateurs qui font une offre commerciale… Et c’est là que le bât blesse, les opérateurs n’arrivant pas à s’entendre, l’opérateur historique par dessus le marché faussant le jeu par le poids qu’il occupe sur le marché.

Un premier test réalisé sur 1000 foyers

Cet accord prévoit donc que France Télécom co-investira avec le délégataire pour réaliser la distance à parcourir entre l’abonné (la prise) et le premier point de mutualisation accessible. Ce co-investissement consistera à réaliser la liaison entre les 2, c’est-à-dire en quelque sorte à construire une véritable boucle locale fibre mutualisée, en utilisant divers moyens dont les fourreaux de France Télécom déjà existants, la pose de fibre en aérien, ou du génie civil là où rien d’autre n’est possible.

A ce titre, une expérimentation a déjà été réalisée dans une zone très peu dense de la Manche entre France Télécom, Manche Numérique, SFR et Manche Télécom pour équiper 1000 foyers dans une zone très peu dense. Cette expérimentation a fait l’objet d’un co-financement public privé avec des fonds du grand emprunt…

Un succès pour Manche Numérique

Le département de la Manche se veut aujourd’hui un territoire pilote pour le déploiement du FTTH dans un département rural. « Les objectifs indique Gilles Quinquenelle sont de permettre d’ici 2017 à 120000 foyers du département de se raccorder à la fibre en plus des 27000 réalisés à la fin de l’année ». Pour cela, l’Etat, par le biais du grand emprunt accordera un financement de €18.47 millions pour y contribuer. Cependant précisent Jean François Le Grand et Gilles Quinquenelle, l’objectif sur le département est de développer les usages et d’innover sur l’utilisation de ces infrastructures par les habitants et les entreprises, son rôle de creuset des usages innovants en milieu rural reste donc entier.

Quel avenir pour les RIP?

Sur la base de ce premier accord, s’il vient à se généraliser, on peut envisager d’un nouvel œil le déploiement du FTTH dans les zones dites « non AMII », c’est-à-dire les zones qui n’entrent pas dans le périmètre de l’Appel à Manifestation d’Intention d’Investissements sur lesquelles les opérateurs se sont déclarés et pour qui les RIP sont principalement mis en œuvre. Bruno Janet, questionné sur la mise en œuvre de tels accords avec les autres RIP restait plutôt évasif : « Aujourd’hui, c’est honneur à la Manche et ça ne serait pas élégant vis-à-vis de la Manche de dire quel sera le suivant. Cela correspond à notre démarche de complémentarité que nous avons mise en œuvre depuis 5 ou 6 ans maintenant…. Quant aux conditions de cet accord, il ya des conditions techniques, des conditions économiques, de timing et de budget qui doivent être respectées. »

« La porte est ouverte pour d’autres RIP, mais nous regardons les réseaux qui répondent aux caractéristiques techniques définies par l’ARCEP. Certains réseaux publics n’y sont pas vraiment conformes. Est-ce que cet accord peut constituer un cadre pour de futurs accords avec la centaine de RIP qui ont été développés en France? Arrêtez de changer les cadres » ajoutait il… En d’autres termes, chaque accord se fera au coup à coup… On est encore loin de l’effet du 1425 qui a permis le dégroupage sur le territoire national…Les questions posées hier à l’Avicca semblent donc toujours d’actualité.

AVICCA: Le très haut débit est-il en panne?

20 mars 2012

Le colloque bi-annuel de l’AVICCA qui s’est déroulé hier posait la question de la mise en œuvre du plan très haut débit en France et très clairement, son Président Yves Rome sonnait le signal d’alarme, une fois de plus. Cependant pratiquement au même moment à Bruxelles, Stéphane Richard, PDG de France Télécom et Neelie Kroes, Vice-Présidente de la Commission Européenne pour l’Agenda Numérique se congratulaient, le premier fier de ses 10 nouveaux engagements et la seconde sur son action pour une économie numérique européenne compétitive et durable.

Pas de 2 médiatique ?  Deux des 10 engagements de Stéphane Richard portent en effet sur le haut débit : le premier sur le déploiement du réseau 4G/LTE dans toutes les filiales européennes d’Orange d’ici 2015 et l’autre, vieux serpent de mer en France, est le déploiement du FTTH pour 15 millions de foyer et 80% de la population Française d’ici 2020…

 Les objectifs 2020 ne seront pas atteints

Très clairement, selon Yves Rome, on sait dès aujourd’hui qu’à la vitesse où le déploiement se réalise en France aujourd’hui, on sera loin d’atteindre le second objectif à l’échéance indiquée… Comme d’habitude, les opérateurs ne tiennent pas leurs promesses, où ils expriment leurs promesses de façon tellement peu mesurable qu’ils auront de toute façon raison à la fin… Il faut reconnaitre cependant que ce comportement n’est pas une prérogative uniquement spécifique à France Télécom, mais celui-ci est beaucoup plus visible du fait qu’il est l’opérateur historique en position dominante… France Télécom est ainsi considérée dans le milieu des collectivités locales comme étant celui qui a fortement ralenti, voire empêché, le développement rapide de la fibre en France. Le colloque de l’Avicca a été l’occasion pour de nombreuses collectivités de l’exprimer en expliquant leur action pour la mise en place de réseaux de fibre à destination des abonnés, réseaux de fibres qu’on appelle RIP (réseaux d’initiative publique), un sigle qui pourrait aujourd’hui être considéré comme une certaine forme d’humour noir.

La France numérique, 17ème en Europe, prend du retard dans le FTTH

Yves Rome, dans l’introduction qu’il faisait de cette journée, pose très clairement le problème des opérateurs qui font de grandes et jolies promesses et qui ne les tiennent pas, pour des raisons toutes aussi valables les unes que les autres, tant qu’il n’y a pas de sanction. Aujourd’hui, les opérateurs ont cessé de s’intéresser au FTTH fixe, au profit du mobile. Il ne manque pas de mentionner que la France, dans le concert  Européen des nations fibrées, est aujourd’hui classée en 17ème position pour le taux de pénétration de la fibre à l’abonné, entre la Turquie et la république Tchèque… !

Volonté et transparence sont en berne chez les opérateurs privés pour ce qui concerne le FTTH et leur sincérité est fortement mise en cause dans la mesure où ils refusent la mesure des objectifs et la sanction de ceux qui ne sont pas atteints. Se jouant des différents mécanismes incitatifs qui ont été mis en place, au niveau réglementaire et financier, les opérateurs, dans leur comportement, nient presque complètement les réseaux d’initiative publique et entrent même en concurrence avec eux, en cassant les prix ou en construisant leur propre réseau en doublon, là où l’argent public des contribuables a déjà été sollicité, ou encore en s’abstenant de s’impliquer, là où il serait souhaitable et pourtant rentable pour eux. Cette situation doit-elle changer ? Peut-elle changer ? Mais comment ?

Yves Rome, introduction du colloque de l’Avicca du 19 mars 2012

Innovation disruptive dans la formation aux outils bureautiques : Vodeclic

14 mars 2012

En marge du salon e-Learning cette semaine, la société start’up Vodeclic, spécialisée dans la formation aux outils bureautiques, annonçait une troisième année bénéficiaire avec un chiffre d’affaire double de celui de l’année précédente approchant les 600 K euros. Depuis plus de 2 ans en effet, la société crée par Xavier Sillon en 2007, offre des formations bureautiques en mode SaaS, entièremnt sur Internet,  au grand public, à un coût unique de €9.90 par mois, permettant d’accéder de façon illimité tant que dure l’abonnement, à un catalogue de près de 7000 formations accessibles sur le Web, formant sur près de 350 logiciels largement utilisés dans les entreprises. Aujourd’hui, Vodeclic annonçait aussi un partenariat avec « Orange Cloud Pro », un portail d’accès à un bouquet d’applications TPE crée par France Télécom depuis le début de l’année.

Formation à l’abonnement mensuel

« Notre offre à €9.90 par mois pour toute personne désirant se former aux outils bureautique est disruptive à plusieurs points de vue explique Xavier Sillon, le CEO de Vodeclic. D’abord le prix, comparé aux formations présentielles traditionnelles, met ces formations accessibles à un très grand nombre de gens, plus particulièrement ceux qui travaillent dans les PME dont l’accès à la formation reste problématique. Nos prix sont 10 fois moins cher que ce qu’on trouve dans les catalogues de formations offerts par des sociétés traditionnelles.» En effet, selon une étude du Credoc, 47% des Français s’estiment incompétents face aux usages informatiques. Pour les plus jeunes, la génération dite Y, le niveau d’incompétence semble identique, « même si ils sont capable d’utiliser leur smartphone les mains dans le dos ajoute Xavier Sillon, ils ne savent pas utiliser un tableur ou même faire une présentation sous PowerPoint ou mettre en page un texte sous Word. »

Alors que 20% des salariés du secteur privés accèdent à la formation professionnelle, près de 90% des emplois en Europe manquent de compétences en Informatique «  de tous les jours », compétence dont le besoin est rarement pris en compte dans les plans de formation. Dans les PME, la fonction de responsable de formation n’existe pas et il est très rare qu’existe un DSI. La formation en informatique est en général laissée de côté, à chacun d’acquérir les compétences nécessaires pour manipuler les outils bureautiques, ou bien elle est effectuée par la société de service qui fournit uniquement la formation aux outils de gestion qu’elle fournit à la PME, ce qui en général ne couvre pas les outils bureautiques.

Répondre à une problématique de peine et non de contenu…

« C’est aussi là que notre offre est disruptive » poursuit Xavier Sillon. « En effet, notre offre pédagogique provient de l’intégration d’un ensemble de services proposés à l’apprenant qui lui permettent d’entrer dans la formation à partir de la résolution d’un ou plusieurs problèmes particuliers, ou bien d’entrer dans une formation et d’établir son parcours à partir d’une évaluation personnelle à un instant donné et d’objectifs personnels fixés. » La plateforme dispose d’un moteur de recherche assez sophistiqué qui permet à l’utilisateur de trouver la ou les séquences de formation qui répondent à son ou ses problèmes et de choisir celle, ou la séquence, qui lui conviendra le mieux. Les formations sont réalisées sous forme de vidéos qui durent 4 à 5 minutes et sont indexées pour permettre une recherche multicritère.  Pour un abonné, l’accès se fait 24h x7 sur Internet à l’aide d’un navigateur du marché, ou bien sur iPad ou les autres tablettes du marché compatibles HTML5. L’accès est accompagné d’une période d’essai gratuite de 30 jours. « Nos formation précise Xavier Sillon, sont extrêmement pratiques et visent à aider les apprenants à maitriser des fonctionnalités d’un logiciel bureautique dont ils ont réellement besoin, plutôt que d’essayer de leur faire suivre un cursus qui les oblige à apprendre des choses dont ils ne se serviront jamais et seront oubliées tout de suite… Nous répondons à une problématique de peine et non de contenu… »

Quelle approche en entreprise

Vodeclic s’adresse aussi aux entreprises et aux organisations qui recherchent des solutions flexibles et économiques de formation de leurs salariés aux outils bureautiques. Un ensemble d’outils statistiques est alors proposé au responsable de cette formation qui permet de suivre et de valider ces formations au sein d’un plan de formation. Xavier Sillon cite à titre d’exemple le cas d’une entreprise de 200 salariés qui souhaite former chaque salarié à Microsoft Office 2010 pourra pour €39.60 par mois former chaque salarié pendant une période de 4 mois, au lieu de €400 par jours en présentiel. Ainsi, Vodeclic a assuré la formation de 2000 assistantes-secrétaires à Office 2007 à l’EDF ou de 1600 personnels administratifs au Centre Hospitalier de Montauban. Il développe aussi un programme appelé Vodeclic Business Partners qui permet à des revendeurs ajoutée d’intégrer l’offre Vodeclic dans leurs propositions de services aux entreprises.

Un accord avec « Orange Cloud Pro » le DSI à la demande

France Télécom annonçait aussi un accord de partenariat avec Vodeclic qui devient partenaire de Orange Cloud Pro, un service mis en œuvre depuis le début de l’année.  Luc Bretones, directeur du domaine Pro et PME chez Orange Business Services précise que Cloud Pro est une alternative professionnelle aux places de marché qui prolifèrent, mais ne permettent pas aux utilisateurs de connaitre la valeur et la qualité des applications qu’ils utilisent et sont obligés de régler chaque problème éventuel avec chaque fournisseur d’application. « L’adhésion à Club Pro est libre et gratuite ajoute Luc Bretonnes, il fonctionne comme un portail qui donne accès à une douzaine de partenaires avec qui nous avons passé des accords exclusif, chaque partenaire couvre un secteur particulier de l’entreprise comme la facturation, le stockage etc… C’est une sorte de DSI à la demande… Les utilisateurs qui accèdent à Cloud Pro peuvent choisir et utiliser les applications qu’ils souhaitent en mode SaaS, y accéder avec un seul et même mot de passe et Orange leur enverra une seule facture. Cloud Pro offre un support unique capable de résoudre tous les problèmes rencontrés par les applications utilisés. »

France Télécom, support de distribution

Pour Vodeclic, l’accord est important dans la mesure où France Télécom dispose d’une énorme base de clientèle, et propose cette offre de services informatiques unifiée et soigneusement sélectionnée à la demande à des petites entreprises qui n’ont pas de responsable informatique. Orange Club Pro, qui dispose déjà de 6000 utilisateurs, continue son développement et devrait annoncer de nouveaux partenaires, plus particulièrement dans des secteurs verticaux comme la santé, les commerçants, les professions de l’hotelerie et de la restauration, le BTP, etc. Luc Bretones précise que Cloud Pro cherche à passer des partenariats avec des petites entreprises Françaises innovantes pour enrichir et élargir son offre de service. Plusieurs nouveaux partenariats du type de celui passé avec Vodeclic devraient être annoncés dans les mois qui viennent.

“Connect America Fund”, 4 milliards de dollars pour la montée en débit aux Etats Unis

2 novembre 2011
France Telecom 92045

Cabine téléphonique en milieu rural !!

La FCC américaine, équivalent de notre ARCEP nationale, vient de prendre une nouvelle décision qui permettra aux territoires ruraux aux Etats Unis de bénéficier un jour d’une meilleure couverture cellulaire et d’obtenir des connexions Internet haut débit à la place des connexions escargot qui sont encore le lot commun pour plus de 18 millions de personnes, soit un peu plus de 5% de la population américaine.  Il ne s’agit pas d’un nouveau crédit de 4 milliards affecté au haut débit rural mais tout simplement de la réutilisation de fonds qui étaient affectés pour installer le téléphone fixe dans les zones rurales… !!

Réforme du système de taxation des lignes téléphoniques aux US

Le projet qui s’appelle « Connect America Fund » s’appuie sur le fait que maintenant, tout le monde admet que le bon vieux téléphone (plain old téléphone souvent appelé POT aux Etats Unis) a vécu. « Nous prenons un système conçu pour l’ére des téléphone à cadran rotatif de Graham Bell et on le modernise pour l’ère de Steve Jobs et l’Internet du futur qu’il a imaginé » précisait Julius Genachowski, chairman de la FCC… Plus important encore, il efface presque d’un coup de baguette magique un ensemble de contraintes régulatoires dites de « régulation inter-opérateurs », c’est-à-dire un ensemble complexe de taxes, de compensations et de subventions inextricables entre opérateurs autour des lignes téléphoniques traditionnelles qui pesaient sur les prix des accès internet parce que répercutées par les opérateurs sur les consommateurs et souvent amplifiées du fait de leur complexité et de leur impact sur l’organisation même des opérateurs.

L’ICC revu pour les réseaux télécom à l’époque d’Internet

Ce système de taxation, appelé ICC, est un vaste système constitué de dérivées et d’ajouts en couches successives, parfois contradictoires, de taxes et de mesures suites à la dérèglementation effectuée en 1984 qui séparait AT&T en 8 Baby Bell indépendantes pour créer un marché concurrentiel aux Etats Unis (Ce qui est arrivé en France en 1996 avec la privatisation de France Télécom qui entre autre a donné naissance à l’ARCEP). Julius Genachowski poursuit : « Notre refonte du système de compensation inter-opérateurs éliminera graduellement les milliards de dollars des subventions cachées payées aujourd’hui par les consommateurs dans leurs factures de téléphone cellulaires et longue distance. Notre équipe estime que le consommateur bénéficiera de la réforme de l’ICC (inter-carrier compensation) pour plus de 2 milliards de dollars annuellement.» Il ne s’agira pas de baisse des prix mais d’allocation différente de ces fonds perçus par les opérateurs. En d’autres termes, cela signifie que 2 milliards de dollars des factures de téléphone fixe et mobile aux Etats Unis vont être calculés et facturés différemment (ce qui dans certains cas conduira tout de même à une baisse de prix) et attribués à des usages plus clairs et plus précis pour le développement des réseaux haut débits ruraux.

Comment font-ils ?

Accompagné d’un fond supplémentaire de 1 milliards de dollars dédié à la mobilité, ce nouveau « Connect America Fund » servira à partir de 2012 à construire 100000 miles soit un peu plus de 160000 km de lignes dans l’Amérique rurale donnant accès haut débit à plus de 18 millions d’américains… En France, il y a à peu près 2 millions de personnes dans cette situation, un rapide calcul nous mène à un ratio de 10% environ et nos zones rurales sont bien moins grandes que les zones rurales américaines… ce qui est un avantage supplémentaire pour nous. Comment avec 4 milliards les américains arrivent-ils à faire pour 18 millions de personnes disséminés sur des millions de km² ce qu’on est incapable de faire pour 2 millions de personnes avec 300 millions d’Euros… (équivalents de 400 millions de dollars) sur un territoire qui fait la taille d’un seul état comme le Texas  et est beaucoup plus peuplé ?

Les prix de France télécom trop élevés ?

Dans son rapport sur la montée en débit daté du mois de juin dernier, l’ARCEP ne s’aventure dans aucun chiffrage financier… Beurk, c’est pas propre de parler d’argent… nous sommes en France. Mais il apparait assez clairement dans un chat sur Internet, organisé cet été par l’ARCEP à propos de la montée en débit, qui concerne ces 2 millions de personnes (ou un peu plus) dans les zones rurales en France, que la montée en débit dépend essentiellement de France Télécom qui possède les sous-répartiteurs. Il apparait qu’il y a environ 20000 sous-répartiteurs concernés par la montée en débit, soit 3 millions de lignes. Chaque répartiteur mis à jours et prêt pour la montée en débit couterait entre 30000 et 50000 euros (que France Télécom facture aux collectivités). Le calcul est maintenant assez simple, ça fait entre 600 millions et 1 milliard d’Euros pour faire passer au haut débit les français ruraux. Il doit y avoir un bugg quelque part… !!  Notre opérateur historique nous cacherait-il quelque chose ?  L’ARCEP ne s’étonne pas? Où bien nos amis américains disposeraient-ils de nouvelles technologies beaucoup moins chères dont ils ne nous parlent pas… ? France Télécom pratiquerait-il des prix outrageusement élevés lorsqu’il s’agit d’équiper les collectivités publiques, c’est-à-dire en fait qu’il se ferait en quelque sorte subventionner par nos impôts de façon détournée ?

Apple pourra-t-il achever la révolution des télécoms entamée par Steve Jobs?

6 octobre 2011
Image representing Steve Jobs as depicted in C...

Image via CrunchBase

Cet article est la traduction d’un article publié par Paul Kapustka, journaliste et analyste américain sur  www.muniwireless.com  à la suite du décès de Steve Jobs.

C’est la réflexion la plus intelligente vue jusqu’à présent  sur le challenge d’Apple dans les prochaines années dans les télécoms.

Comme chacun dans le monde de la technologie, je suis attristé par la disparition de Steve Jobs, Chairman d’Apple. Ma question à Apple est de savoir si oui ou non il y a la force pensante, la volonté et les nerfs à Cupertino pour achever la révolution que Steve Jobs a conduit avec l’iPhone – à savoir  la destruction complète  de l’industrie du téléphone cellulaire telle qu’on la connait.

Alors que nous savons tous que la conception, la réalisation et le lancement de l’iPhone- et peut –être encore plus important ceux de l’Appstore – ont été un travail d’équipe à Apple, le changement complet et radical qu’ont apporté l’iPhone et la stratégie open applications d’Apple vient purement de Jobs, un bouleversement sismique du business et du style de vie dont les suites continuent de faire tomber les murailles. Pour témoin la récente capitulation de Sprint : sa décision de « parier la compagnie » sur un giga énorme engagement envers Apple, simplement pour avoir accès au merveilleux jouet de Steve Jobs (Sprint est désormais revendeur de l’iPhone).

Si vous pouvez vous souvenir assez loin, avant la création de l’iPhone, les opérateurs cellulaires étaient en total contrôle de l’expérience sur un téléphone, et votre impossibilité de vous souvenir de quelque chose d’innovant avant le BlackBerry devrait être un signe indiquant que les gens qui construisent les réseaux ne devraient pas nécessairement être dans le business de déterminer ce qui doit fonctionner sur ces réseaux. Si vous laissez de côté pour un moment l’allure de cet appareil spectaculaire, le plus grand bouleversement de rapport de forces  que Jobs et Apple ont apporté avec l’iPhone fut la démocratisation des applications mobiles. C’est l’idée que chacun peut essayer d’imaginer et développer quelque chose d’amusant ou d’utile et qu’il y aurait un endroit pour lui donner sa chance sans avoir à convaincre au préalable des aéropages de décideurs réunis dans quelque salle de conférence d’un opérateur télécom.

Ceci est la révolution qui doit se poursuivre et il est triste que Jobs soit parti avant de s’être engagé dans son prochain voyage logique, en achetant ou en construisant le nouveau réseau permettant aux appareils d’Apple de fonctionner dessus. Regarder les grand opérateurs cellulaires essayer de justifier leur existence dans le monde iPhone est un peu comme regarder les dinosaures dans leur errance lorsque les météorites tombaient sur la terre – ils sont encore assez gros pour manger la moitié des autres créatures et il est nécessaire de s’en écarter pour ne pas se faire écraser, mais leurs jours sont comptés.

L’idée que les opérateurs puissent dicter ce qu’il arrive sur leurs téléphones et leurs réseaux est déjà morte, merci à l’iPhone et ses semblables comme Android. Mais ce dont on a besoin est de quelqu’un (ou d’une société) avec le courage et les convictions de Jobs pour terminer le boulot et construire quelque chose de nouveau qui fournisse au monde un réseau aussi merveilleux et aussi puissant que l’appareil (l’iPhone) que nous avons déjà, avec des tarifications simples qui encouragent encore plus de communication et de collaboration, et ne cherchent pas au contraire à les restreindre. Aujourd’hui, les telcos utilisent leur cash pour chercher à se faire bien voir et obtenir les faveurs politiques pour les aider à virer lourdement l’innovation par n’importe quelle moyen et pour anéantir leurs concurrents (plutôt que de les battre avec de meilleurs produits et services). Leur grand modèle va  à reculons dans le temps vers des plans « data » qui forcent les utilisateurs à se préoccuper de la quantité de données téléchargées. C’est le vieux modèle, bien pourri. Ce dont nous avons besoin est d’une nouvelle motivation.

Je comprends que les réseaux coûtent cher à construire et à déployer, mais j’ai le sentiment que les gens qui bossent chez les  Verizon, AT&T (ou France Télécom ndlr..) du monde entier ne vont pas prendre le risque d’innover pour construire les réseaux dont nous avons besoin pour aller de l’avant. Ils vont continuer de faire les mêmes choses qu’ils sont habitués de faites et continuer de protéger leurs actuels revenus aussi longtemps qu’ils le peuvent. Ce sont les General Motors, les Chrysler qui continuent de construire des SUV alors que le monde manque de pétrole. L’iPhone est à l’industrie du cellulaire ce que la Prius est à l’automobile, un changement radical venu de la gauche du terrain qui en quelques petites années a généré une innovation massive et crée des milliers d’emplois. Ce qu’il faut est un autre pirate pour continuer de faire avancer le bateau de Steve Jobs et piller les milliards entassés dans les structures des vielles places de marché des opérateurs cellulaires. On a besoin d’un nouveau boss, pas le même que l’ancien mais celui qui aurait été parfait est maintenant parti. Pour notre salut, j’espère que la révolution qu’il a commencée ne va pas mourir avec lui…

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