WiMax, chronique d’une mort annoncée un peu vite

Publié 29 juillet 2010 par Alain Baritault
Catégories : LTE, Mobilité, Sans Fil, WiMax, applications municipales

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HTC Evo 4G, premier telephone WiMax chez Sprint

Au début du mois de juillet, lors d’un meeting interne chez Intel Taiwan, Intel annonçait la fermeture de son « 4G WiMax Program Office». Repris par une publication locale, l’annonce était immédiatement transformée en annonce de la mort de WiMax suite à ce qui était appelé un retournement de position et un frein au soutien de Intel à l’industrie du WiMax. La nouvelle était ensuite reprise sans vérification dans la plupart des journaux dans le monde, annonçant la fin du WiMax, qui de toute façon était déjà en sursis…La messe était dite…

Une réponse de la part d’Intel

Connaissant l’implication d’Intel dans le WiMax, j’ai cherché à comprendre ce que signifiait cette annonce en allant rechercher un peu plus d’information à la source. Après tout, c’est bien le rôle du journaliste d’essayer de comprendre… J’ai donc posé la question à un de mes vieux amis qui travaille chez Intel. Je ne dirai pas son nom parce notre conversation n’était pas officialisée par les services de presse de la compagnie. « En fait me dit-il, le résultat de cette annonce est en fait pratiquement le contraire de ce qui a été écrit par la presse…Effectivement, nous avons stoppé le 4G WiMax Program Office au sein d’Intel, mais nous n’avons pas le moindre du monde arrêté le soutien à l’industrie du WiMax. »  Il m’indiquait que le jour même, Intel dans son blog officiel avait publiquement répondu à l’article paru en rectifiant plusieurs points, chose qui arrive très rarement chez le N° 1 des semi-conducteurs… (On ne se risque pas à répondre à la presse, sauf pour les cas d’urgence)…

WiMax couvre 800 millions de personnes dans le monde

L’article (en Anglais) publié sur le blog est assez clair et mentionne que le WiMax est aujourd’hui accessible par 800 millions d’utilisateurs dans 147 pays qui se trouvent dans une zone de couverture WiMax commerciale. Quelques douzaines de villes aux Etats-Unis (dont les plus importantes) font partie de la liste et même Taïwan dispose d’un réseau commercial WiMax nouvellement installé, accessible par plus de 3 millions de personnes. Est-aussi mentionné l’un des principaux fournisseurs de WiMax, la société chinoise Huawei qui déploie du WiMax dans 65 pays, ou encore Motorola qui a multiplié par 2 ses ventes de terminaux WiMax en 6 mois. Enfin, il précisait que plus de 200 PC portables d’une douzaine de constructeurs différents sont proposés sur le marché équipés d’une puce WiMax.

La start’up WiMax est mature

Mais alors, pourquoi arrêter le WiMax Program Office? « C’est ce qui a prêté à confusion me dit-il. » En effet, un peu plus loin dans le texte posté sur le blog, on peut lire : « Intel met en place des « Program Offices » pour faciliter la création, le support et mettre une technologie, un standard (et/ou de nouveaux clients) aussi rapidement que possible sur le marché. Nous avons une poignée de ce type de programme au sein de la compagnie. Par définition, ces « bureaux » sont temporaires.. Ils fonctionnent comme des start’up au sein de l’entreprise, ajoutait mon ami.

Il se passe que pour le WiMax, ce « bureau » a été formé il y a 4 ans et dans ce laps de temps, le standard est devenu complet : le test et le déploiement sur une grande échelle ont été accomplis (plus de 500 dans le monde) et quoi…, même un téléphone vraiment populaire parmi les autres appareil est arrivé sur le marché.Le groupe de standardisation a même identifié les spécifications enrichies de la nouvelle génération 802.16e.  Donc pour nous la mission de sortir le WiMax et de le mettre sur le marché est accomplie. Les gens qui travaillaient sur ce programme ont juste été recasés dans nous groupes de produit chez Intel.” (A noter que l’ARCEP en France ignore toujours superbement le 802.16e qui permet de faire du WiMax Mobile ou nomade et non plus fixe.).

Un changement d’organisation tous les mois

La start’up WiMax a donc grandit et les produits WiMax sont désormais vendus aux sein des différentes unités d’Intel, parce qu’il s’agit de volumes maintenant non négligeables qui s’insèrent parmi les autres… Difficile transition dans la mesure où les vendeurs d’Intel sont rémunérés à la commission comme tout le monde et risquent de moins pousser ce produit qui a été pas mal décrié et qui ne bénéficie pas d’une grosse côte dans le grand public. Le blog reconnait que ce changement d’organisation, comme il y en a tous les mois chez Intel (cela fait 20 ans que je n’essaie plus de comprendre la structure organisationnelle d’Intel), a été plutôt mal communiqué.

Le problème est que depuis ses début, WiMax a souffert d’une assez  mauvaise communication, aussi bien de la part d’Intel que de la part de ses principaux « souteneurs »…souvent trop ambitieux, obligés de déchanter devant la réalité de la technique. Il est surtout mal accepté par les opérateurs de télécommunications qui préfèrent un standard issus de leurs rangs et non pas un standard ouvert venu d’un monde qui n’est pas le leur. Espérons que son entrée dans l’âge adulte lui apportera un deuxième souffle en matière de communication, alors qu’il est  la première technologie 4G disponible et livrée sur le marché de la téléphonie sans fil.

Voitures tout électrique, nouveaux challenges pour les collectivités locales

Publié 28 juillet 2010 par Alain Baritault
Catégories : Etats Unis, Industrie, Mobilité, Territoire, applications municipales, energie

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C’est en Californie et au Japon que Nissan (et non pas Renault-Nissan) a décidé de commercialiser cette année sa première voiture électrique, la Leaf, dont on connait depuis longtremps l’essentiel des caractéristiques. C’est Carlos Tavares, Executive VP de Nissan North America qui, dans un anglais impeccable, présentait les éléments de cette première  commercialisation en Californie lors de la conférence Plug-In 2010 à San José cette semaine.  Mais  ni General Motors qui annonçait aussi la commercialisation de sa Volt, ni Nissan ne disposent d’usines de fabrication en Californie, c’est peut-être pour cette raison que  Le « Gobernator » de l’Etat de Californie, Arnold Schwarzenegger qui devait parler au cours de l’évènement, ne s’est pas déplacé… Il a été possesseur d’une Tesla avant que  le site  de fabrication du constructeur  ne s’installe à Fremont dans les usines de Toyota récemment fermées. Il aurait revendu son bolide depuis, se plaignant d’y être  trop à l’étroit…

La Californie en avance…avec de grosses subventions

La Californie sera cependant en avance dans  l’utilisation des voitures électriques intégrales, sans autre source d’énergie, dites à zéro émission. D’ores et déjà la concurrence s’installe entre les deux véhicules, mais Nissan s’oriente vers une voiture de milieu de gamme dont le prix d’entrée est de $32780, alors que la Volt coutera $41000, un cran au dessus pour des qualités routières sensiblement identiques. A noter que les deux constructeurs bénéficient d’un avantage à travers une subvention fédérale de $7500 par véhicule, la Californie ajoutant une autre subvention de $5000 par véhicule.

Une Leaf Nissan coutera donc $20200 à un résident californien alors que la Volt lui coutera $28500. Cette dernière n’est cependant pas une voiture électrique intégrale puisqu’elle comporte un moteur à essence qui peut recharger les batteries en cas de besoin. Mais, au delà d’une différence de prix notoire entre les deux véhicules dont les premiers modèles seront livrables aux Etats-Unis  au quatrième trimestre de cette année, un certain nombre de challenges immédiats liés aux infrastructures nécessaires et à la manière d’utiliser ce genre de véhicule étaient évoqués au cours de la conférence, sans que des réponses vraiment claires y soient apportées.

Un plan ambitieux pour Nissan

Le plan de Nissan semble de loin le plus ambitieux pour les Etats-Unis puisque le constructeur, qui vient de construire une nouvelle usine aux Etats Unis, dans le Tennessee,  envisage de vendre 20000 voitures la première année de sa disponibilité contre 10000 pour la Volt et d’atteindre 150000 voitures par an dès 2013 alors que Général Motors ne vendrait que 30000 voitures la seconde année.  A noter cependant que les efforts de Nissan aux Etats-Unis ne sont pas repris par Renault en France puisque la Zoe reste un concept qui ne sera pas mis en oeuvre avant 2012. Carlos Tavares admettait que le choix de Nissan s’est porté sur le marché le plus favorable et le plus développé. « Nous visons d’abord  le marché résidentiel indiquait-il. Les familles californiennes habitent plus fréquemment dans une maison avec un garage. D’autre part, il y a souvent 2 ou plus de 2 véhicules dans un foyer  et il est facile de dédier un véhicule aux trajets pour le travail ou aux trajets en ville. » Le constructeur avait mis en place un système de pré-inscriptions demandant aux acheteurs de réserver leur véhicule en payant 99 dollars. Une quinzaine de milliers d’acheteurs potentiels seraient déjà inscrits.

Autonomie et recharge des batteries…manque d’infrastructure

Le principal souci de l’utilisation d’une voiture entièrement électrique est bien sur l’autonomie du véhicule et la possibilité de recharger les batteries. Le rayon d’action de la Leaf est d’environ 160 kilomètres alors que le rayon d’action de la Volt n’est que de 60 km, étendu à 300 km grâce à son moteur à essence. Le principal souci du propriétaire d’une telle voiture sera donc d’adapter son mode d’utilisation à cette contrainte majeure, pour laquelle aujourd’hui aucune infrastructure n’est en place.  Le rechargement des batteries nécessite une installation particulière, que ce soit dans le garage du particulier ou bien dans des sites spécialisés, sites autour desquels on a commencé de voir apparaitre un certain nombre d’idées extravagantes.  L’autonomie d’une voiture entièrement électrique peut changer considérablement selon le temps (utilisation du chauffage ou de la climatisation) selon la vitesse, le jour ou la nuit (utilisation des phares et ou de la radio), les embouteillages. La Leaf dans les mailleures conditions peut parcourir jusqu’à 200 km, mais dans des mauvaises conditions  son autonomie peut être réduite de moitié, à 80 km, ce qui demandera au chauffeur des calculs de prévisions souvent très risquées.

La batterie de la Leaf, qui est composée de cellules en Lithium-Ion offre une capacité de 24 Kwh. Il faut environ 6 à 8 heures pour la recharger entièrement sur une alimentation en 120 volts et environ 3 à 6 heures sur une alimentation à 240 volts. Des systèmes d’alimentation rapide sont envisagés permettant une recharge en 1heure, mais ils ne sont pas encore accessibles aux particuliers. La plupart du temps, le poste d’alimentation pour les voitures électriques nécessite une installation spéciale, installation qui chez un particulier disposant de son propre garage, coûte environ $2000. Les Etats-Unis (le DoE au niveau fédéral)  subventionnent le coût de cette installation à hauteur de 2000 dollars. L’installation d’un poste dans les garages des particuliers en Californie résout donc, par le haut, une petite partie de la mise en œuvre des voitures électriques intégrales.

Le modèle du téléphone sans fil…!!

De ce point de vue, au cours de la manifestation PlugIn 2010, Smart (une filiale de Daimler Benz) présentait sa voiture avec un moteur entièrement électrique qui sera disponible en Octobre. Certaines d’entre elles circulent déjà à Londres. L’intérêt de l’approche de Smart est de donner la possibilité de recharger sa voiture sur une prise électrique classique. Le constructeur a disposé un transformateur à l’intérieur de la voiture qui permet de recevoir directement et indifféremment du courant électrique domestique 120 ou 240 volts sur une prise non modifiée. La solution a été développée en partie par Coulomb Technologies. L’utilisateur de la Smart électrique n’aura donc pas à installer une prise spéciale dans son garage (s’il dispose d’un garage) mais devra  se préoccuper de trouver une prise électrique pour recharger sa voiture lors de ses déplacements. Les temps de rechargement risquent en revanche d’être plus long.

Chez Smart, on dit que cette approche est sensiblement la même que celle du téléphone cellulaire… Il y a cependant un certain nombre de différence auxquelles conducteur d’une voiture électrique devra faire sérieusement attention! Aujourd’hui, aussi bien aux Etats-Unis qu’en France, il n’est pas possible de vendre de l’électricité sans y être dument habilité, ce qui limitera considérablement la mise en œuvre d’une infrastructure de « stations service électriques ». De ce fait, le problème de cette infrastructure n’est pas encore véritablement abordé.

Voitures électriques et smart grid

Chez Schneider Electrics, société Française qui fourni (entre autres)  les tableaux  électriques chez les particuliers et les entreprises, la démarche est centrée sur la fourniture des composants pour la mise en place d’une infrastructure, aussi bien commerciale que chez les particuliers. La société propose aux particuliers  une centrale de gestion de l’énergie interconnectée avec les smart meters domestiques et au smart grid pour permettre une meilleure gestion de la recharge de la voiture électrique dans le garage de la maison.

En effet, dès le moment où un parc important d’automobiles électrique sera sur le marché, les courbes de demande d’électricité vont se modifier car tout le monde voudra recharger sa voiture en même temps, la nuit…Cet aspect est encore peu abordé et mal  estimé dans la mise en œuvre des smart grid, mais il jouera un rôle important. Schneider Electrics, comme d’autres constructeurs, travaille aussi sur des postes d’alimentation publics, en self service. L’offre est déjà assez riche, mais les sites installés se comptent sur les doigts de la main pour l’instant. Les modèles économiques du rechargement extérieur des voitures électriques dépendront des courbes d’adoption des voitures électriques et des investissements à réaliser, paramètres mal connus pour l’instant. La Silicon Valley suscite bien évidement de nombreuses start’up qui cherchent à y apporter des solutions. L’une d’elles, appelée Plugless Power, propose même un systèpme de recharge par induction…

Un nouveau problème pour les collectivités locales

La mise en place d’une infrastructure de maintenance et de rechargement des batteries électriques de voiture est un problème qui devrait concerner les municipalités et les collectivités locales, mais aujourd’hui, peu y pensent. C’est pourquoi  les constructeurs automobiles contournent le problème et cherchent à créer la demande en ciblant dans un premier temps  le marché résidentiel en Californie puis au Texas chez Nissan ou en offrant une voiture hybride chez General Motors.  La France, où beaucoup de gens habitent en immeuble et laissent leur voiture dans la rue, semble nécéssiter une approche différente.  La société Better Place, crée à Palo Alto par l’ingénieur Israélien Shai Agassi, candidat malheureux à la succession de Hasso Platner chez SAP,  a immaginé un système de  batteries interchangeables qui permet à des sociétés de maintenance de « faire le plein » d’une voiture électrique en quelques minutes en changeant tout simplement la batterie grâce à un dispositif automatique sachant que les batteries sont souvent placées  sous le plancher de la voiture.

En accord avec Better Place, Renault-Nissan étudierait un système de batteries interchangeables pour ses voitures électriques. Carlos Tavares précisait que la batterie de la Leaf qui sera commercialisée n’était pas interchangeable. Un petit réseau de stations d’échanges de batteries de voitures électriques existerait dejà en Israel.  Le modèle économique des batteries interchangeables n’est pas  encore clair dans la mesure où une infrastructure de stations services devra être mis en place , sans compter la standardisation des batteries sur toutes les voitures électriques de manière à les rendre interchangeables par un même dispositif. Enfin quel sera le coût de l’échange d’une batterie? Ira-t-on vers un modèle de location? Voila une nouvelle infrastructure à mettre en place qui n’était pas abordée dans le SNIT, le plan Transport  publié récemment par le gouvernement Français.

Sombre bilan et nouveaux enjeux pour le Haut Débit aux Etats-Unis

Publié 26 juillet 2010 par Alain Baritault
Catégories : Convergence PC- Mobile, Etats Unis, Mobilité, Régulation, Territoire, neutralité des réseaux

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Julius Genachowski, Président de la FCC américaine

Avec son 6ème rapport sur le déploiement du haut débit aux Etats-Unis, la FCC lance un cri d’alarme, « le déploiement du haut débit n’est pas raisonnable et est en retard ».

AT&T, l’un des 2 grands opérateurs américains, vient  de publier des résultats exceptionnels pour son  deuxième trimestre avec un bénéfice en hausse de 26% à 4,02 milliards de dollars sur le trimestre précédent. Cependant ses revenus ont baissé et AT&T note que ces bénéfices sont dus en majeure partie à l’enregistrement des iPhone et plus particulièrement à l’arrivée de l’iPhone 4. Les  activités traditionnelles de AT&T continuent de stagner alors que Apple lui permet de réaliser des bénéfices captifs « faciles », mais aussi véritables cadeaux empoisonnés puisqu’ensuite, ces iPhones viendront solliciter le réseau déjà surchargé de l’opérateur incapable de le mettre à jour pour répondre à la demande.  En France, selon des sources officieuses, 60% des ventes de téléphones mobiles chez Orange seraient des iPhone, ce qui pose un problème stratégique majeur pour les opérateurs. Nous en reparlerons.

80 millions d’américains n’ont pas le haut débit

Cette annonce montre que malgré tout, y compris les opérateurs gérés de façon la plus traditionnelle (pour ne pas dire archaïque) arrivent tout de même à faire de substantiels bénéfices dans les télécommunications. Le jour même de cette annonce,  la FCC  (Federal Communication Commission, équivalent de l’ARCEP)  dévoilait son Sixième rapport sur le déploiement haut débit aux Etats-Unis et lançait un véritable cris d’alarme sur le retard que prennent les Etats-Unis en la matière.

Dès les première lignes du rapport, le ton est donné : « Alors qu’une substantielle majorité d’américains ont accès à des connexions haut débit,  aujourd’hui, près de 80 millions d’américains ne sont pas abonnés à un service de haut débit à la maison et approximativement 14 à 24 millions d’américains restent sans possibilité d’accéder à un service de haut débit. »

Le document note que la situation se dégrade comparée aux rapports précédents. En d’autres terme, près de 5% de la population américaine ne peut pas avoir accès à du haut débit et environ  30% des américains ne voient pas l’intérêt de souscrire un abonnement haut débit quel qu’en soit la raison.  Le document remarque que les zones non desservies ont tendance à être des zones où les revenus moyens sont les plus bas…

Remise à  jour des bases de mesure

Détail important,  La FCC note que pour tous les rapports préalables qu’elle a publié, la notion de haut débit était acquise à partir d’un débit de 200 kbps en download . Cette mesure très favorable ne correspond absolument pas à la notion communément admise du haut débit.  Conformément au plan national haut débit mis en place par le Président Obama depuis le début de l’année, la notion de haut débit intervient maintenant seulement à partir d’un débit de 1 megabit par seconde, ce qui semble déjà plus proche de la réalité du haut débit et de ses usages. La FCC a aussi revu la manière dont elle comptabilise la disponibilité du haut débit. En effet, était considéré comme accédant au haut débit toute zone postale (un zip code à 5 chiffres) sur laquelle au moins un accès haut débit était disponible… La méthode de comptabilisation est désormais plus fine que la zone d’un code postal. Mais les chiffres suscitent encore pas mal de controverses.

Le lobby des opérateurs se rebiffe…

Le rapport de la FCC précise une soixantaine de propositions de régulation pour améliorer la situation aux Etats-Unis. Il  soulève ainsi une levée de boucliers des apôtres la liberté incontrôlée des marchés, menés par les opérateurs qui profitent largement de situations de monopole sur des marchés récurrents. Selon le site ATR (American for Tax Reforms) qui milite contre la régulation aux Etats-Unis, « Officiellement, (selon leur propres chiffres….ndlr), les sommes investies par les opérateurs américains dans les infrastructures  de réseau se monteraient à  576 milliards de dollars au cours des 5 dernières années.. les fournisseurs d’accès Internet auraient mis tous les ans près de 30 milliards de dollars pour étendre et améliorer leurs réseaux… ».

L’ATR poursuit « Le dernier rapport sur le haut débit de la FCC est une rhétorique creuse, il a été réalisé uniquement pour dénigrer les fournisseurs de service internet  simplement pour justifier le schéma inutile et lourd qui consiste à réguler l’Internet. Il suit comme prévu la même stratégie exposée dans le rapport sur le sans fil au mois de mai qui a servi à justifier la régulation qui en a suivi. »  Le pouvoir de lobby des opérateurs apparait au grand jour à travers un rapport effectué par deux professeurs de  la New York Law School qui « démontrent » que la Neutralité du Net proposée par la FCC détruirait environ 700000 emplois  correspondant à un manque d’investissement des opérateurs provoquant un manque à gagner du PNB de 80 milliards par an… !  Leur raisonnement est bien sûr appuyé sur le postulat que le marché est vivement concurrentiel aux Etats-Unis… !

Revitaliser le marché du haut débit

La recommandation de ce rapport est ainsi formulée : «  Il faut agir immédiatement de façon à accélérer le déploiement des capacités de  « services avancés de télécommunication » en faisant tomber les barrières aux investissements dans les infrastructures et en promouvant la concurrence sur le marché des télécommunications. »L’évidence semble tellement claire que même le rapport d’une récente délégation de l’ARCEP aux Etats-Unis, après quelques entretiens avec les acteurs du secteur et l’administration américaine,  concluait à un manque évident de concurrence sur le marché américain.

La quasi vacance de régulation aux Etats Unis, pratiquée sous l’administration républicaine de Georges Bush, a en effet provoqué depuis le début des  années 2000, un vaste mouvement de consolidation chez les opérateurs de téléphonie fixe et mobile aux Etats-Unis qui résulte en un marché que se partagent 3 opérateurs.  La non mise en oeuvre des recommandations du dégroupage faites lors de la loi ‘Telecommunication Act » de 1996 a conduit à une carence d’initiative des opérateurs alternatifs  et des fournisseurs de services face à un duopole entre 2 opérateurs de télécommunications (AT&T et Verizon) et un opérateur de câble (Comcast) qui se partagent le territoire pour les communications fixes et mobiles et évitent bien de se concurrencer autrement que par communiqués de presse interposés.

Réguler pour faire renaitre la concurrence

Intimement intégré dans le Plan National pour le très Haut Débit préparé lui aussi par les soins de la FCC au début de cette année, le rapport met une nouvelle fois en évidence  les lacunes du marché et illustre les objectifs du Plan d’offrir au plus vite une connexion haut débit à tous les américains.  Deux objectifs majeurs de ce plan sont de puiser dans les fonds fédéraux pour subventionner les services téléphoniques dans les zones « blanches » ou rurales afin de faciliter la mise en place d’accès Internet à haut débit et de libérer plus de spectre de fréquences pour les services Internet sans fil dans ces zones où les opérateurs et cablo-opérateurs ne veulent pas investir.  Cependant, l’industrie à mis en place un intense lobbying, souvent très bien camoufflé, pour faire dérailler les propositions de Julius Genachowski, le Président de la FCC.

En effet, l’idée de Genachowski conduirait à définir les accès haut débit comme un “common Carrier », c’est-à-dire  un statut proche du ce qu’en France on appelle le « service universel ».  D’autre part, les projets qui entrent dans le plan national haut débit doivent respecter un certains nombre de principes de non discrimination d’accès aux infrastructures et de facilité d’interconnexion aux autres réseaux.

Un environnement nouveau, un nouveau challenge

Ce rapport qui pointe du doigt l’insuffisance d’investissements et le manque d’innovation chez les opérateurs arrive au moment où se font sentir quelques signes de reprise économique. Mais le paysage des télécommunications présente aujourd’hui des caractéristiques entièrement nouvelles comparées à la situation de ce marché en 2007, juste avant la crise. En effet, les opérateurs doivent faire face à une nouvelle forme de convergence fixe et mobile (dont ils ont bénéficié jusque là notamment grâce au sans fil) qui a vu une série  d’alliances des grands du secteur informatique ou Internet avec des fabricants de smartphones. L’objectif de ces alliances est de développer des nouvelles plateformes logicielles fixe et mobiles, capable de mettre en place des services qui ne profitent guère aux opérateurs, restés figés dans leurs attitudes statiques et fermées « d’opérateur historique ». La rigidité et les exigences des opérateurs face aux fabricants de combinés téléphoniques en est un des nombreux aspects. « Nous investissons dans les infrastructures et ce sont des gens comme Google qui en profitent… » se plaignait récemment Stéphane Richard, le PDG de France Télécom Orange.

Batailles de géants …Apple, Google, Microsoft et.. Intel face aux opérateurs

Citons Apple comme étant le premier qui a réussi a briser le cercle, mais qui lui aussi opère dans une approche intégrée verticalement et fermée. Certes, Apple se place du côté du consommateur lorsqu’il s’agit de la facilité d’utilisation, mais ses produits, sujets à de nombreuses restrictions, ne sont pas ouverts et restent trois fois plus chers que les autres. La FCC et la commission Européenne s’attachent cependant à faire tomber ces restrictions.

Google est un autre géant qui avec Android, se lance dans la conquète des utilisateurs fixes et mobiles à travers une stratégie dont le but est d’unifier Chrome pour le desktop et Android sur les mobiles. Bien qu’étroitement surveillé et tout autant haïs par les opérateurs que son concurrent Apple, Google semble avoir la faveur de l’administration Obama aux Etats-Unis. Microsoft, dont la stratégie en matière de mobile ne semble pas réellement porter ses fruits malgré des efforts séculaires, travaille sur une convergence fixe mobile autour de Windows 8 dont on commence à entendre parler dans la Silicon Valley. Il faudra attendre encore un peu (au moins un an, voir 18 mois) avant d’en savoir plus.

L’outsider de cette confrontation est Intel, qui développe  maintenant une stratégie de  plateforme (base matériel et logiciels) ouverte autour de Linux. Lors du dernier MWC de Barcelone, il s’alliait avec Nokia pour développer Meego, un OS pour les smartphones. Le monde de l’informatique classique  et d’Internet est en train d’opérer sa mutation vers la mobilité. Les opérateurs sauront-ils en tirer parti sans s’aliéner la base de leurs clients?

Publications américaines sur l’électricité, le smart grid, les clean tech

Publié 15 juillet 2010 par Alain Baritault
Catégories : Etats Unis, Régulation, Territoire, Usages et services, applications municipales, energie, énergie solaire

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Voici le texte d’un petit article publié par Esme Vos qui publie entre autres un site appelé Muniwireless. Esme est une fervente avocate de l’implication profonde des municipalités dans la mise en oeuvre des infrastructures de haut débit, très haut débit, accès internet sans fil,  dans l’intérêt des consommateurs. Elle a été l’une des toutes premières aux Etats Unis à militer activement pour le WiFi public gratuit et accessible partout. Elle s’intéresse de près au haut débit rural, au très haut débit, à la neutralité du Net etc…

Pour elle, les nouveaux enjeux des municipalités, au delà d’une certaine maîtrise des télécommunications sur leur territoire passent par une meilleure compréhension et un meilleur usage des infrastructures électriques. Le développement durable passe aussi par la technologie, les télécommunications qui permettront une meilleure connaissance et une meilleure maitrise des dépenses d’energie et un développement plus équilibré des territoires.

Elle cite ci-dessous une liste de magazines américains qui peuvent servir de base à ceux qui s’intéressent aux différents sujets liant télécommunication, énergie et développement durable. Une mine de renseignements, d’études  et de news.

Recommended white papers and magazines in utilities, smart grid, clean tech

If you want to keep up with developments in clean tech, electricity generation, smart grid, renewable energy and emissions management, check out these magazines. There’s a lot of money going into these areas because we are upgrading our infrastructure and trying to cut down on our carbon footprint. These industries need wireless technology to transmit data, monitor appliances, and control operations. It’s a huge opportunity for anyone working in wireless today. So make sure you are informed about these markets.

(1) Public Utilities Fortnightly: This magazine is read by top management in the energy industry. These readers include officers, general and system operating executives, regulators and key personnel in investor-owned electric, gas, telecommunications and water companies, as well as municipals, independent power producers, fuel and specialty services, professional services and arenas of the public sector with a vested interest in public utilities management.

(2) Renewable Energy Focus: This includes coverage of solar energy (PV, thermal and thermal electric), solar architecture and sustainable buildings, wind energy (offshore and on shore), wave and tidal energy, biomass energy, renewable hydrogen and fuel cells, on the generation and consumption of sustainable energy.

(3) Utility Regulatory News: It is the one place to look for full coverage of the most important regulatory decisions affecting the telecommunications, electric, natural gas and water industries; concise reports of important decisions by state public utility commissions across the nation; and developments in the state and federal courts as well as federal utility regulatory agencies.

(4) Power Engineering: First published in 1896, this is a monthly engineering and applications magazine that serves the North American power generation industry including electric utilities, industrial power plants, independent power producers, co-generators, and the engineering design and construction firms serving this industry.

(5) Power Engineering International: PEI is the leading magazine for the global electric power generation and transmission industry. PEI provides articles on new technologies and installations as well as market reports, news, commentary and analysis.

(6) Renewable Energy World North America: This magazine serves professionals in the utility-scale renewable energy industry with in-depth articles, columns and features. Every issue examines major trends that are driving wind, hydropower, solar, geothermal and biomass adoption and integration by utilities across North America. Look to each issue for analysis of the financial trends affecting the renewable energy industry.

There are many more on the Utility and Energy magazine subscriptions page.

Smart Grid, une approche à la Française

Publié 12 juillet 2010 par Alain Baritault
Catégories : Régulation, Territoire, Usages et services, energie

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Partie 2-  L’effacement pour réduire les consommations de pointe

En France, si la préoccupation d’un réseau électrique intelligent est dans les esprits des responsables du gouvernement et des grands acteurs de l’énergie depuis pas mal de temps, l’affaire soulève encore peu d’intérêt dans la presse et dans le grand public qui n’y comprennent pas grand choses et peinent à identifier les  enjeux économiques et sociétaux qui se cachent derrière, soigneusement cachés par un langage délibérément technique ou politique ou encore masqués par des dogmes qui cadrent les discours.  Les responsables d’EDF habitués à prendre des décisions en fonction des directives gouvernementales et malgré la pression de la privatisation en cours ne s’inquiètent guère d’établir rapidement une communication bilatérale avec les consommateurs, de leur expliquer soigneusement les vrais problèmes et de recueillir leurs avis dans le détail.

Internet… à petit dose

Internet n’a pas changé grand-chose et l’approche réseau d’EDF en ce qui concerne la communication qui reste  plutôt du type Web 0.5 (communication dans un seul sens, de haut en bas) plutôt que Web 2.0… (consommateurs pro-actifs). La démarche reste très proche de la démarche des grands projets du siècle dernier, menée pour et par des grands technocrates décideurs qui s’appuient sur une certaine vision du bien public. Celle-ci est élaborée en petit comité au sein des grands corps techniques de l’Etat pour qui la préservation des intérêts français passe par la mise en place de grands blocs à tendance monopolistiques sous l’influence directe ou indirecte de l’Etat.

Le nucléaire, poste sensible

L’information qu’ils diffusent est aussi très « travaillée ». Il est vrai que le poste « nucléaire » reste à très haute sensibilité dans la mesure où la France est le pays qui produit l’électricité la moins cher d’Europe, avec peu de contraintes de production. Le principal souci d’un opérateur d’électricité est d’ajuster sa production aux pointes de demande, à moindre coût financier et désormais à moindre coût écologique. Il n’en reste pas moins que le coefficient de disponibilité (le KD) qui mesure la facilité de mise en œuvre immédiate de la capacité de production française reste très bas (autour de 78%). Cet état semble être le résultat, selon quelques voix intérieures à la maison, du peu de maintenance des équipements avant la période d’entrée en bourse de la société ?

Où vont les profits du nucléaire?

Il ne faut pas perdre de vue qu’EDF est le plus gros producteur électrique au monde (Chine mise à part) avec plus de 80 centrales nucléaires alors qu’il y en a une petite centaine aux Etats-Unis, possédées par plusieurs  sociétés indépendantes. Grâce au nucléaire, le coût de production d’électricité est extrêmement bas et elle ne produit que très peu de CO2.

Le résultat n’est pourtant pas toujours forcément très favorable au consommateur en France puisque nos prix d’électricité ont augmenté 2 fois cette année, pour des raisons peu claires dans la mesure où le coût de production est le moins cher d’Europe… ? Investissements à venir ? Prix « d’équilibre » sur le marché ? Objectifs de baisse de consommation ? D’autre part, les acquisitions de EDF à l’étranger lui permettent de travailler avec ces marges encore plus importantes puisqu’il a ses coûts de productions très bas et vend l’électricité encore plus chère. Mais pourquoi les prix, fixés par le gouvernement sont-ils si élevés et où partent donc les profits…? Il est peu probable que cette question simple ne trouve réponse aussi simplement…

L’effacement pour réduire les problèmes de pointe de consommation

Au Grenelle de l’environnement, le gouvernement a fixé un objectif de réduction de 38% de la consommation des logements d’ici 2020 ce qui réduirait la consommation de 240 KWh/m² à 150 KWh/m². Pour y parvenir, entre en jeu la notion d’effacement. Pour comprendre ce que signifie l’effacement, il est recommandé de lire le rapport de deux députés, Serge Poignan et Bruno Sido, intitulé « Gestion de la pointe Electrique », publié en début d’année à la demande de Jean Louis Borloo pour préparer la nouvelle loi Nome (Nouvelle Organisation du Marché Electrique) en cours de discussion.

Le rapport, développé par le groupe de travail explique : « La pointe journalière se caractérise par une hausse importante de la consommation pendant quelques heures. La réponse à ce phénomène  nécessite de solliciter des moyens de pointe, qui peuvent démarrer  (ndlr: plus ou moins) rapidement. Dans une certaine mesure, ceci reste vrai même lorsque le niveau global de la consommation est faible. » Il existe aussi des pointes locales liées à la capacité du réseau et des pointes saisonnières, par exemple en hiver où une consommation de pointe peut s’échelonner sur plusieurs jours.

Généraliser les dispositifs d’effacement en France

Le rapport poursuit : « Pour renforcer la sécurité d’approvisionnement à moyen et long terme lors des pointes de consommation d’électricité, il est nécessaire de maîtriser la croissance de demande à la pointe selon trois axes: la maîtrise globale de la demande; la maîtrise des usages contribuant à la croissance de la pointe; le développement des effacements de consommation.»

L’une des recommandations du rapport est « Favoriser l’équipement de chauffages électriques et des climatiseurs neufs par des dispositifs permettant de les couper durant une durée pré-déterminée sur un signal émis par le gestionnaire du réseau de distribution (GRD). Rendre progressivement ces dispositifs obligatoires pour les chauffages et les climatiseurs neufs  de son chauffage électrique ». Plus loin on trouve : « le consommateur devra être informé de la coupure et avoir la possibilité de rétablir la consigne initiale.il pourrait être envisagé qu’en dehors des situations d’urgence, ce dispositif soit exploitable par  des fournisseurs ou des agrégateurs d’effacement. » Des incitations d’effacement par le tarif sont aussi proposées mais elles ne semblent pas pleinement efficaces aujourd’hui.

Le rapport mentionne différentes pratiques d’effacement, notament en Californie qui consite à augmenter la température de 1 à 3 °C des climatiseurs. L’effacement dans le secteur tertiare pourrait etre de 3 GW, dans le secteur résidentiel d’une dizaine de GW, dans le secteur industriel de même. Le rapport propose enfin de mettre en place une véritable activité de service de l’effacement,  c’est à dire des sociétés ou des agrégateurs qui proposeront aux distributeurs de mettre en place et de gérer différents mécanismes d’effacement chez les particuliers, le tertiaire ou dans l’industrie gace à la mise en place d’une tarification de la rémunération de l’effacement à travers de nouvelles grilles tarifaires.  Le rapport envisage même de mettre en place un standard de l’effacement…! Nous verrons prochainement comment les consommateurs réagissent à l’effacement.