Reseau THD mutualisé: impliquer tous les acteurs de l’Internet


Gabrielle Gauthey, lors du MWC 2011 de Barcelone mentionnait bien le problème latent d’Internet. Les opérateurs investissent avec de plus en plus de réticence dans les réseaux sachant que leurs marges ne sont plus ce qu’elles furent lorsqu’ils facturaient la voix à la minute. Les opérateurs de contenus (dits Over The Top) facilitent la création de contenus qui circulent librement sur les réseaux fixes ou mobiles qu’ils saturent allègrement, mais ils n’investissent pas dans ces réseaux alors qu’ils dégagent des revenus et des marges redoutables.

D’un côté donc,  les opérateurs téléphoniques sont fortement endettés même si ils dégagent encore de substantiels bénéfices, de l’autre, les over the top qui dégagent aussi de larges bénéfices et disposent en plus de réserves de cash considérables. Google dors sur 30 milliards de cash, Apple à 60 milliards, Microsoft  40 milliards,  Amazon  8 milliards, Facebook, Groupon, Foursquare sont aussi des machines à cash qui jouent un rôle non négligeable sur les réseaux fixes et mobiles. Ce sont, avec des milliers d’autres entreprises, les principaux acteurs d’Internet, mais leurs investissements dans les réseaux sont quasi inexistants.  Le résultat de la situation est que plus personne ne veut investir dans les réseaux, et que les infrastructures fixes et mobiles de circulation de l’information sont en train de devenir le goulot d’étranglement du futur. Développez les services, les infrastructures viendrons disent les politiques… !  La preuve que non…

La mutualisation des réseaux…

Ne faudrait-il pas prendre le problème dans un autre sens avant que de mauvais plans ne commencent à germer dans la tête des opérateurs (on sait très bien qu’ils en sont capables). Ainsi, telle qu’elle a été amenée, l’idée récente de mettre en place un réseau mutualisé et ouvert entre tous les opérateurs après une éventuelle séparation des infrastructures de France Télécom semble la bonne solution. Mais dans l’état actuel des choses, il est clair que les opérateurs en assureraient le contrôle mutuellement… sous l’œil bienveillant des gouvernements ou des régulateurs. Déjà, des conversations entre opérateurs semblent avoir lieu…

On ne peut pas faire confiance aux opérateurs qui depuis longtemps s’entendent entre eux (ils se sont fait prendre plusieurs fois) et qui fondamentalement n’aiment pas le net parce qu’ils ne peuvent pas le contrôler. On imagine tout de suite que la neutralité du Net, déjà bien menacée, prendrait rapidement une nouvelle tournure (du moins en Europe) compte tenu de l’énorme pouvoir de lobbying dont ils disposent dans chaque pays et au sein de la commission européenne et aussi des nombreux chantages qu’ils peuvent exercer. Le net serait rapidement muselé et le racket soigneusement organisé à travers une ouverture à la mode opérateur. La créativité du Net serait complètement annihilée.

…Une bonne idée qui pourrait devenir une catastrophe

Ainsi, susciter une séparation structurelle entre le réseau et l’accès comme on l’a fait avec la SNCF, avec un réseau géré et manipulé par les seuls opérateurs téléphoniques risque de crée un nouvel oligopole d’état… qui sera coûteux, incontrôlable et néfaste. Mais Internet serait enfin sous contrôle, certainement pas pour le meilleur.  C’est pourquoi, dans le cas de la création d’un réseau « Fibre France » dont on parle depuis quelques temps, il serait important d’ouvrir celui-ci aux opérateurs over the top, aux opérateurs de contenus, aux acteurs d’internet… en leur donnant la capacité d’y investir, puisqu’ils ont des business modèles qui leur permettent de le faire, avec un droit important au chapitre pour contrebalancer le poids des opérateurs et imposer leurs vues, plus proche de celles des usagers.

Les opérateurs téléphoniques pourraient ainsi faire du contenu et les opérateurs de contenus pourraient faire évoluer les réseaux à la mesure de leurs ambitions et de leurs initiatives en matière d’usages. Plutôt que de consolider en réduisant le nombre des intervenants sur le marché, la consolidation pourrait intervenir en élargissant la concurrence autour d’un réseau réellement ouvert à tous, véritablement mutualisé et géré comme tel.  Une solution bureaucratique (pour ne pas dire corporatiste) à la française laisserait la porte ouverte à pas mal de dérives bien connues chez nous et ne préserverait pas une bonne évolution du Net, les innovations issues de la base seraient encore plus muselées…

Pas de taxation aux effets douteux

Plutôt que de tenter de taxer les over the top pour ensuite financer des réseaux des opérateurs selon des mécanismes compliqués et douteux qui de toute façon retombent sur l’utilisateur, laissons les vrais acteurs d’Internet s’impliquer directement dans ce réseau mutualisé dont on parle et laissons les bâtir un véritable modèle de gouvernance mutuelle. Les collectivités locales auront aussi leur mot a dire, pleinement et entièrement  impliquées dans le processus de construction et de gestion du réseau, et non pas assis sur un petit strapontin inconfortable, toujours prêt à se replier sous elles, comme c’est la cas aujourd’hui. Mais une première exigence serait une cartographie exacte des réseaux existants et de leur état… On en est encore bien loin…

Explore posts in the same categories: contenus, fibre, financement, Régulation, Trés haut débit, Usages et services

Étiquettes : , ,

You can comment below, or link to this permanent URL from your own site.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s


%d blogueurs aiment cette page :