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La Voiture électrique : quelles technologies ? quels usages ? quand ? et comment ?….le 17 et 18 Novembre à l’Asprom

23 octobre 2011

Roland Dubois, Président de l’ASPROM, continue son prosélytisme consciencieux et lucide autour des technologies qui vont changer notre manière de vivre… disons plutôt celle de nos enfants ! Toujours en avance d’une technologie, il réunit régulièrement un large panel de spécialistes autour d’un thème technologique plus ou moins spécifique qu’ils décortiquent, détaillent, analysent, expliquent et évaluent, pour notre plus grand plaisir, mais surtout pour nous permettre d’en comprendre la portée et les enjeux.

En effet, trop souvent les technologues s’enferment derrière leurs habitudes, leurs langages, leur savoir, leurs travaux et ne prennent pas le temps de les communiquer, de les expliquer de les projeter dans la vie de tous les jours pour les gens normaux. En général, plus les technologies sont complexes, innovantes et structurantes, plus ils abandonnent ce travail aux communicateurs ou aux sociétés qui vendent les produits issus de leurs travaux, mais hélas souvent ces derniers se laissent tenter par des messages plus simples, plus directs et aussi plus mercantiles. Les exemples sont nombreux.

Même si les cycles de l’Asprom ne s’adressent pas tout à fait au grand public, ils permettent un vaste échange d’idées, de perspectives et une réflexion prospective autour de thèmes qui concernent chacun, pour peu qu’on arrive avec un minimum de culture technologique et un peu de curiosité. C’est pour cette raison que je rends compte autant que possible de ces rencontres, les intervenants sont de première qualité et les sujets abordés méritent qu’on s’y attarde.

Après avoir abordé le thème du smart Grid pendant 2 journées (voir différents compte-rendus sur ce site…. ), l’Asprom abordera le mois prochain, toujours sur 2 jours, le thème de la voiture électrique dont les enjeux technologiques, économiques, sociaux et par conséquent politiques sont nombreux et loins d’être bien connus de tous. « Pas d’émission de CO2, et pas de bruit, la voiture électrique est l’idéal en ville… » Pour en arriver là, de nombreuses technologies existent mais certaines sont lourdes, coûteuses, difficiles à déployer largement, d’autres sont encore à l’état de test et beaucoup de questions se posent sur leur viabilité industrielle, les coûts qu’elles impliquent en infrastructures, les nouvelles contraintes qu’elles imposeraient aux utilisateurs.

Le séminaire aura donc pour objet de présenter les différentes technologies existantes de véhicules électriques et d’examiner les conditions dans lesquelles elles pourraient amener au développement de différents types de véhicules. Ont été conviés à s’exprimer quelques-uns des meilleurs experts français. Ils présenteront et commenteront les derniers développements en matière de véhicules électriques et discuterons sur les usages des véhicules électriques ainsi que la manière dont ils pourront se développer progressivement grâce a des infrastructures adéquates.

Le programme se déroulera sur 2 jours les 17 et 18 novembre 2011 dans les locaux de Ia FIEEC, 11 rue de l’Amiral Hamelin à Paris.

–        Alain Bouscayrol, Professeur à l’Université Lille1, animateur du réseau MEGEVH (Modélisation Energétiques et Gestion d’Energie des Véhicules Hybrides) introduira ces 2 jours par une réflexion sur la manière dont les nouvelles techniques de propulsion répondent aux nouvelles contraintes environnementales ainsi qu’aux besoins des utilisateurs. Faut-il faire des compromis ? Y-aura-t-il différents types de véhicules ? Quels enjeux impliquent-ils ?

–        Florence Lambert, Chef du département de l’électricité et de l’hydrogène pour les transports et Eric Lemaitre du CEA Liten passeront en revue l’existant en matière de véhicule électrique en France proposé par les constructeurs automobile, les types de batteries utilisées, et les perspectives de développements de batteries à court terme selon les 3 critères déterminants :coût, durée de vie et sécurité. Ensuite, Thierry Koskas, Directeur du Programme Véhicule Electrique chez Renault parlera des réalisations du constructeur et de ses ambitions en matière de véhicule électrique.

–        Claude Ricaud, Directeur Innovation Schneider Electric / Power business, Président de la plateforme IRVE Gimelec et par Alain Le Calve, directeur adjoint du Gimelec aborderont les problèmes posés par les infrastructures nécessaires, leur coût et leur déploiement. Ils seront suivis, sur le même thème par Gilles Bernard, Directeur des Projets chez ERDF Distribution qui parlera de l’impact des infrastructures de recherche sur les réseaux publics d’électricité.

–        Olivier Hersent, PDG d’Actility  fera le point sur les nombreux problèmes posés par l’absolue nécessité de l’établissement de normes et de standards (techniques ou non) de la recharge, et leurs implications aux différents niveaux de la chaîne (dont la sécurité) jusqu’à l’utilisateur final.

–        Georges Gallais, président de VU Log, Spin Off de l’INRIA et Olivier Delassus, directeur de PROXIWAY du groupe VEOLIA-TRANSDEV parlerons des différents moyens de transports location, taxi, vélib, autolib et les solutions d’autopartage qui s’offrent aujourd’hui aux usagers. Ils seront suivit de Patrick Le Cœur de la Ville de Paris, Direction de la Voirie et des Déplacements, Agence de la Mobilité – Pôle mobilités électriques-  qui expliquera la mise en œuvre et le déploiement d’Autolib à Paris, ses challenges et ses enjeux dans le cadre des véhicules électriques.

–        Samuel Loyson, Directeur Marketing pour les automobiles connectées chez ORANGE expliquera l’importance d’être toujours connectée pour le véhicule électrique et puis Fawzi Nashashibi, Directeur de recherche à l’INRIA, responsable de l’équipe IMARA abordera les nouveaux concepts de car sharing dans les services publics et la gestion des flottes de véhicules électriques. L’automatisation dans les systèmes de transports intelligents est-elle la prochaine étape permise par les progrès dans la robotique ?

–        La technologie HYbrid4 PSA Peugeot-Citroën repose sur plusieurs innovations intéressantes comme l’association hybride Diesel, le choix d’une architecture hybride parallèle et l’intégration de la propulsion électrique dans un modèle hybride modulaire. La Peugeot 3008 HYbrid4 sera le premier véhicule commercialisé.

–        Gaizka Alberdi de EDF parlera de l’impact du déploiement à grande échelle des transports électriques pour les réseaux et dans l’organisation de la distribution électrique aux particuliers et aux industriels particulièrement dans les périodes de charge. Qu’est-ce que « la recharge intelligente » ?

–        Pierre Beuzit, Président d’ ALPHEA Hydrogène, Président du CNRT Ineva et Jean-Baptiste Mossa de AIR LIQUIDE aborderont le thème de l’hydrogène et la pile à combustible comme un axe de développement du véhicule propre et Rochdi Trigui, Chercheur à l’IFSTTAR1, co-animateur du réseau MEGEVH abordera le thème de l’hybridation et ses perspectives.

–        Le séminaire s’achevera par une table ronde sur le thème : l’auto-partage est-il un modèle économique rentable ?

Ceux quoi sont intéressés peuvent s’inscrire sur le site de l’Asprom.

Smart Grid et sécurité : La Californie s’inquiète et agit

9 août 2011

Au début de ce mois d’Aout, au Cesar’s Palace à Las Vegas,  se tenait la Back Hat Conférence, le plus grand rassemblement d’experts et de hackers sur le thème de la sécurité des réseaux, des systèmes et des données informatiques. Mike Alperovitch vice Président de McAfee, maintenant filiale de Intel, présentait un rapport de 15 pages indiquant que 72 organisations internationales, des gouvernements, des entreprises et même les Nations Unies et le Comite Olympique International ont depuis plus de 5 ans, subit des intrusions de leurs systèmes informatiques, audacieuses et parfaitement organisées, apparemment d’une même et unique origine, qui ont permis de détourner d’énormes masses de données dont on ne sait pas quelle utilisation en sera faite. Certaines attaques ont été très brèves, quelques semaines, d’autres ont duré plusieurs mois, voire plusieurs années. « Que vont devenir toutes ces données s’interroge le rapporteur. Si même une petite partie d’entre elle est utilisée pour élaborer des produits concurrents ou bien comme informations stratégiques dans des discussions importantes, elles représentent une énorme menace économique… »  Si aucun nom n’a été officiellement cité jusque là, beaucoup d’indices portent les soupçons sur la Chine, pour qui ce genre de pratique d’intelligence économique semble aller de soi.

Une prise en compte au niveau fédéral américain

Peu de temps avant que cette découverte ne soit portée au grand jour, le Smart Grid Virtual Summit organisé à l’initiative de Cisco (qui utilisait Webex pour diffuser les conférences) pendant 2 jours sur le Web  à la fin du mois de juin, réunissait quelques dizaines de spécialistes du sujet pour aborder les nombreux aspects techniques, économiques et sociaux du développement du smart grid, principalement aux Etats Unis. Une demi-journée était entièrement consacrée aux problèmes de securité du smart grid et l’un des intervenants, Larry Karinsky, directeur du Cluster Project Safety mentionnait au cours d’un panel que depuis plusieurs mois, des personnalités dont Vinton Cerf, commissaire de la  Broadband Commission for Digital Development, Bob Lockhart analyste chez Pike Research ou encore Andy Bochman, chargé des problème de sécurité chez IBM et fondateur du blog Smart Grid Security ont dejà lancé des alertes sur la nécessaire prise en compte de la sécurité. Du côte de l‘administration américaine, le président Obama a très clairement indiqué en 2009 que le Smart Grid est vu comme une nouvelle plateforme d’innovation pour les entreprises américaines, mais son développement est très fragmenté car chaque société développe à son niveau des appareils et des technologies qui ne se parlent pas entre elles, comme ce fut le cas dans le monde de l’informatique personnelle. Mais plutôt que de reprendre l’approche de marché qui a prédominé lors de l’arrivée de l’informatique personnelle au grand profit de Microsoft, Obama développe une démarche plus proche de la démarche Européenne qui cherche à créer les normes d’interopérabilité avant même que les produits n’existent. Il a ainsi mis en place une plateforme ouverte de standards de façon à ce que les applications puissent fonctionner partout, plutôt que de développer un système d’exploitation de base.

Un retour sur investissement entre 2,8 et 6

Conscient des risques encourus, mais incapable pour l’instant de les identifier avec précision, Lee Kreva, directeur du projet Smart Grid de San Diego Gas & Electicity précisait: « Le smart grid s’appuie sur les technologies de l’information et nous courons le risque que ça aille très très vite… Nous ne pouvons pas prévoir où ça va aller… »  L’EPRI (Electric Power Research Institute) vient de publier une analyse coût/avantage du développement du smart grid aux Etats Unis. Le coût d’investissement et de développement des technologies nécessaires pour implémenter le smart grid aux Etats Unis serait de 338 à 476 milliards de dollars, pour un retour sur investissement compris entre 1,3 et 2 trillons de dollars. La même estimation réalisée en 2004 prévoyait un coût d’investissement et de développement à 168 milliards de dollars entre 2010 et 2030. Le retour sur investissement n’était pas mentionné à cette époque… mais le rapport citait simplement le coût des pannes et des disfonctionnements du système électrique américain (entre 104 et 164 milliards de dollars par an) ajouté aux 15-25 milliards de dollars supplémentaires dus à la mauvaise qualité de la puissance électrique.

La Californie veut protéger les consommateurs

Mais les consommateurs ne sont guère sensibilisés au smart grid. PG&E, la plus importante compagnie Californienne a déjà installé plus de 7,8 millions de compteurs intelligents et s’est fixé le chiffre de 10 millions d’ici 2012. Kevin Dasso, senior director du smart grid chez PG&E constate : « c’est un concept qu’ils ne comprennent simplement pas, nous sommes donc confrontés à un problème d’éducation à la base. La plupart des consommateurs ne pensent pas à l’électricité qu’ils consomment, sauf peut-être lorsqu’il y a des coupures de courant ou lorsqu’ils reçoivent leur facture d’électricité. » Après avoir requis l’année dernière leur vision du smart grid d’ici 2020 aux trois principales compagnies d’électricité Californiennes, la California Public Utilities Commission a reçu le 1er juillet dernier leurs propositions d’objectifs  et un planning de leurs stratégies pour atteindre les buts fixés. Le « compteur intelligent » peut connaitre la consommation en temps réel, certains compteurs peuvent même parler à des puces dans des « appareils électroménagers intelligents » via les réseaux de télécommunications fixes ou cellulaires. Ces appareils électroménagers peuvent même être contrôlés à distance par un simple téléphone cellulaire via le « smart meter » qu’ulitlise la compagnie d’electricité pour connaitre et contrôler la consommation dans la maison. Non seulement la sécurité sur les réseaux est loin d’être parfaite et certaines données peuvent intéresser les escrocs en tous genres, mais toutes ces données recueillies sur la manière dont consomment les ménages ont une valeur marketing importante. La grande question est de savoir qui possède ces données et qui aura  le droit de les utiliser ?  « Il y a pas mal de soucis au niveau fédéral explique Ernie Hayden, Responsable de la sécurité pour l’énergie chez Verizon, parce qu’on se rend compte que personne ne tient réellement la sécurité électrique sur le smart grid. » Il n’existe en effet aucune instance chargée de ces problèmes au niveau fédéral ou au niveau régional. Les seules qui ont une responsabilité au niveau local dit-il sont les Public Utility Commission

Une première législation sur la sécurité

Le 28 juillet dernier, la CPUC adoptait donc une décision dont le but est de standardiser les dispositions de privauté des données mesurées, et la sécurité des prix et des données d’usages pour les 3 grandes compagnies californiennes, PG&E, Southern California Edison et San Diego Gas & Electricity, ainsi que pour toutes les sociétés qui peuvent avoir accès aux données des consommations électriques des clients de ces sociétés. Cette décision de 171 pages qui avait été déposée en décembre 2009 impose désormais aux compagnes d’électricité de fournir aux consommateurs une mise à jour quotidienne des principales composantes du marché, minute par minute, comportant usage, prix et coûts. Les compagnies ont 90 jours pour faire des propositions afin de se conformer à ces nouvelles règles. Michael Peevey, président de la CPUC indiquait « les règles et les politiques que nous avons adoptées sont les premières dans ce pays et devraient servir de modèle au niveau national. Elles sont conformes aux principes adoptés par le Département Homeland Security et aux décisions 1478 du Sénat. » Les consommateurs auront donc un accès direct aux informations de prix et d’usages. « C’est une trame solide pour établir un équilibre entre la protection de la vie privée des consommateurs et la stimulation d’un nouveau marché pour des tierces parties. » indiquait Mark Ferron, commissaire à la CPUC.

Un modèle de développement

Le modèle californien est clair, d’un côté, on assure une certaine protection de la vie privée des consommateurs et la sécurité des données, mais de l’autre, on donne les moyens au marché de se développer plus rapidement en suscitant un foisonnement de sociétés tierces qui pourront apporter leur technologies et leur savoir faire sur le marché pour y développer nouveaux produits et nouveaux services. L’attitude du consommateur semble à priori beaucoup plus considérée en Californie qu’en France puisqu’il pourra plus librement choisir les technologies, les produits et des services qui se présenteront pour peu qu’ils respectent les termes de la décision sur la securité des données et la vie privé. Rappelons que ces technologies doivent aussi s’incorporer dans la plateforme d’interopérabilité définie par les instances nationales. Toute enfreinte, dont les conditions sont définies dans la décision de la CPUC, sera portée devant la commission qui devient maintenant l’agence responsable de la sécurité sur le smart grid, au niveau de l’Etat de Californie. Ce problème n’est pas encore vraiment adressé dans les 25 autres états qui ont commencé à mettre en oeuvre des politiques actives de déploiement de compteurs intelligents pour les foyers, les entreprises et des zones urbaines entières. Plusieurs problèmes ont déjà surgis dans cette nouvelle « bulle » silencieuse.

Les problèmes sont nombreux

En 2009 à Seattle, la société IOActive, société de consulting dans la securité, a montré qu’il était possible d’injecter des virus dans un smart meter générique de type AMI (Advanced Metering Infrastructure), virus donnant à un hacker le contrôle d’une partie ou de la totalité du smart grid, lui permettant de couper instantanément l’électricité dans des zones urbaines entières, ou bien plus spécifquement, de couper tous les téléviseurs connectés à un moment donné ou encore de s’attaquer à des secteurs critiques, industriels ou de l’administration en coupant l’électricité. Certains compteurs intelligents mis sur le marché disposent, selon les brochures marketing, d’un système d’encryption sophistiqué. Il s’agit en fait d’un simple mot de passe d’authentification. Les atteintes à la vie privée sont aussi une preoccupation montante au sein des Etats qui jusqu’à présent se sont plutôt occupé de définir des plans de développement. « Aujourd’hui explique Ernie Hayden de Verizon, tous les constructeurs, les fabricants de matériels et les grands distributeurs d’électricité disent qu’ils sont très concernés par la sécurité et la vie privée des consommateurs, mais personne n’est là pour le constater , le vérifier et le faire respecter! »

Smart Grid : le Projet Linky d’ERDF

24 avril 2011

Dernier volet de ce compte rendu de la conférence Asprom qui s’est tenue au début du mois d’avril, le Projet Linky est présenté ici par Jean-Marie BERNARD, directeur technique Linky chez ERDF. Il resitue le contexte juridique et réglementaire au niveau européen puis au niveau Français pour indiquer les grandes étapes de l’expérimentation/évaluation Linky en cours et les développements futurs. L’objectif est donc d’attendre 95% du parc équipé de Linky d’ici 2018.

Le régulateur a indiqué le cahier des charges fonctionnel du compteur Linky au cours de deux communications en 2007 après une concertation qui a été faite en 2007 Une deuxième concertation avec les acteurs a au lieu à la fin 2009. Les enjeux sont l’ouverture des marchés, la qualité des services, la performance du distributeur (réduire le nombre de déplacements qui s’élève à environ 7 millions pas ans). Il y aura donc une nouvelle infrastructure de communication pour gérer de nouvelles informations qui viennent des compteurs, etc…

Qu’est-ce qu’est Linky ?

C’est un compteur et un système. C’est en fait une extrapolation du compteur bleu électronique auquel on ajouté un moyen de communication basé sur du CPL, il dispose d’une horloge et comporte un logiciel évolué qui gère 2 grilles tarifaires : l’une pour la facturation de l’énergie et l’autre pour son transport et sa distribution. Il y a la possibilité de gérer de la pointe mobile et des courbes de charge. Enfin, il est doté d’un interrupteur qui vérifiera la puissance contractuelle. Les données entre le compteur et le reste du monde par la communication CPL sont chiffrées. L’architecture est à 3 niveaux, ce qui est important pour les problématiques de déploiement.

CPL versus radio

Le courant porteur en ligne (CPL) a été choisi en s’appuyant, entre autres, sur des expériences effectuées en Californie où il y a en moyenne 7 compteurs par transformateur. En France on est à 50 compteurs par concentrateur (poste de transformation) voir 75 ou 100. Le CPL est donc plus intéressant financièrement lorsqu’il y a une grande concentration. Mais il élude largement la question des avantages respectifs des technologies radio face à la technologie CPL, il semble que les aspects financiers aient été prédominants dans ce choix alors même que CPL est encore assez mal connu sur des courants de moyenne tension et sur des réseaux assez hétérogènes de qualité varié, ce qui est le cas du réseau d’ERDF.

Il précise donc que l’utilisation du CPL à haute dose sur des réseaux de distribution moyenne fréquence est loin d’être courant. Le choix fait a donc été de rester calé sur la topologie du réseau électrique et de ne pas construire un réseau parallèle, même si chaque compteur peut légalement recevoir un dispositif radio (pour le GPRS, le WiFi ou le Zigbee). La technologie CPL permet cependant de limiter les pertes dites « techniques » sur le réseau en optimisant l’équilibrage des phases.

35 millions de compteurs à déployer en 5 ans

Fonctionnant dans la pure lignée directe d’une démarche « top down » à la française, ERDF a néamoins imposé un certain niveau d’interopérabilité parmi les 3 constructeurs de compteurs et les constructeurs de concentrateurs retenus, « véritable innovation dans le domaine du comptage électrique »… précise Jean Marie Bernard… L’innovation vient donc des hautes sphères d’ingénieurs bureaucrates qui la modélisent avec délectation…  « Mais le vrai challenge restant est de déployer 35 millions de compteurs en 5 ans…et 500000 concentrateurs…. Tous étant équipés de capteurs et d’actionneurs qui permettent éventuellement d’agir automatiquement en cas de panne sur le réseau..  »  Le smart grid se développera donc à partir d’une mise à jour de l’infrastructure en place.

Retours d’expériences..  on reste sur sa faim

« On commence a avoir des retours d’expérience » précise Jean-Marie Bernard. « L’expérimentation a porté sur 300000 compteurs en grande partie pour tester les processus de déploiement et de pause, c’est une expérience sur les équilibres économiques plus que sur les détails techniques. On peut maitriser la technique avec le déploiement de quelques milliers de compteurs seulement »…. Le seul problème est qu’ERDF ne parle d’aucune des équations économiques en présence, ni les différents choix possibles qui s’offraient, ni de la manière dont ont été effectués les choix… !

Jean Marie Bernard se limite à partager quelques constatations ponctuelles :  « On a posé 100% des concentrateurs et 85% des compteurs sont posés poursuit-il (problématique des portes fermées). Ca se passe plutôt bien, les temps de pose que nous avions estimés sont respectés. L’expérimentation confirme donc les hypothèses de ce point de vue. Actuellement 150000 index sont remontés tous les jours, car on stresse le système, ce chiffre croit tous les jours.  9 compteurs sur 10 communiquent mais il y a encore des bugs. Ca se corrige progressivement. Dans le CPL, le signal émis n’est pas très fort, il faut répéter le signal (mais parfois il y a des blancs ou des lignes trop longues sans répéteur et ça coince…) 107000 compteurs sont aujourd’hui ouvert à la chaine complète pour l’automatisation, comprenant la  facturation.  Pour l’industrie, 50% du cout du projet est le coût de pose des compteurs.»

Des questions sur l’accès aux informations, par les particuliers et des tiers de service

Quelle est maintenant la suite, sachant que selon ERDF, l’expérimentation arrive à son terme. « L’elément suivant est la décision des pouvoirs publics sur les suites à donner explique Jean Marie Bernard. La phase suivante est donc d’atteindre 95% du parc déployé en 2018, conformément à la directive européenne. » Parmi les questions posées à l’issue de sa présentation, la principale est celle de l’accès à l’information… « Les informations issues du compteur appartiennent aux clients, indique Olivier Hersent en réponse à une question, et les fournisseurs, selon les règles du marché, doivent restituer d’une certaine manière l’information aux tièrces parties… » Beaucoup de discussions ont lieu sur ce sujet chaud qui devrait être définie par la CRE, car de la manière dont ERDF redonnera les informations qu’il a collectées dépendent un certains nombres de services innovant basés sur les données de consommation électrique.. L’arrivé d’Internet dans le monde de l’énérgie est une opportunité pour développer un nouveau secteur industriel, dont Olivier Hersent de Actility est un des premiers représentants en France.

Pour voir la présentation de jean Marie Bernard

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France Télécom et l’Internet des objets vus du côté Smart Grid

19 avril 2011

La conférence ASPROM du début de mois d’avril à Paris permettait à un assez grand nombre d’acteurs de s’exprimer sur la Convergence Energie-Télécommunication. Après le point de vue de EdF et la vision de Olivier Hersent CEO de la start’up Actility, la présentation de France Télécom mérite qu’on s’y arrête, surtout après l’annonce d’accords (encore très flous pour le grand public) entre France Télécom et Deutsche Telekom sur le sujet du M2M, une autre dénomination de l’Internet des Objets. Le smart grid fait entièrement partie de l’Internet des Objets comme l’expliquait Olivier Hersent, et France Télécom ne peut pas ne pas être présent sur ce créneau des télécommunications dont le but est de rendre les objets intelligents et de les interconnecter sur Internet.

Un quart des abonnés en France sera des machines connectées d’ici 2015

Pour Hugues Severac, Directeur de la stratégie M2M chez France Télécom, le smart grid n’est pas  un marché où l’opérateur s’adresse à l’utilisateur final, mais à des opérateurs qui eux, s’adressent au client final. Il faut donc que l’opérateur télécom comprenne comment l’utilisateur final fonctionne, ce dont il a besoin et comment ceci est compatible avec le métier et le business modèle de France Télécom… « et comment France Télécom peut offrir une infrastructure qui réponde à ces besoins, dans la mesure ou un plus grand nombre de machines deviennent connectées. En 2015, un quart des abonnés seront des machines… dont les voitures électriques » C’est donc par le biais du Machine to Machine que France Télécom aborde le sujet du smart grid. Les réseaux intelligents vont apparaitre avec l’entrée en jeu de nouvelles sources d’énergie et surtout le véhicule électrique qui a lui seul consomme ce que consomme une maison. Tout ceci nécessitera un certain contrôle sur le réseau lui-même parce que localement, il faudra optimiser la consommation et il faudra interagir entre la production et les consommateurs.

France Télécom veut jouer un rôle important dans le smart grid

France Télécom se voit un rôle à jouer dans 3 activités de ce marché : l’automatisation du réseau de distribution (l’exploitant actuellement ne pilote pas son réseau, il ne sait pas avec précision ce qu’il s’y passe) ; le smart metering et la demand response (c’est-à-dire la capacité de mesurer la sonsommation instantanément et d’envoyer des ordres d’action chez les clients).  Reste le véhicule électrique qui semble être un secteur à part pour France Télécom puisque chaque véhicule disposera d’une puce radio qui le rend accessible par la voie hertzienne, téléphonie mobile ou WiFi. « Reste la partie IT précise Hugues Severac, c’est-à-dire l’ensemble du back office qui permet de gérer tout le système dans lequel France Télécom a une valeur ajoutée connue ».

Where is the money ?

Il poursuit : « McKinsey dit que pour les Etats Unis, sur 130 milliards d’économies possible en énergie, il y a 43 milliards qui viendront de l’optimisation du réseau de distribution (ndlr…mais le réseau de distribution américain est dans un piètre état), ensuite il faut éviter des surcapacités, et d’autres économies viendront de la diminution de la consommation…  Le smart metering parait jouer un rôle assez mineur…. On s’étonne de ne pas voir de travaux approfondis sur le smart metering. » Coté infrastructure, il précise que c’est le règne du CPL dans la plupart des pays européens, il y a le mobile ou les réseaux maillés à base de wifi et de zig bee. Il estime enfin la taille du marché à  13 millions de carte en Europe… !

Le bon vieux business modèle de France Télécom

Quel rôle France Télécom peut-il jouer dans le dispositif de smart grid ? Quel serait alors son business modèle… On se rend compte que France Télécom applique tout simplement le business modèle qu’il utilise dans les télécommunications pour l’appliquer  au smart grid… pas d’innovation, pas de créativité, réplication pure et simple d’un modèle obsolète vieux d’un siècle qui s’est mal adapté au numérique. Hugues Severac précise. « Pour la mise en place des infrastructures.. On pense qu’il faut une approche flexible qui sépare l’urbain du pré urbain et du rural.. » Ca devrait rappeler quelque chose du côté de la fracture numérique aux collectivités locales…  Il indique aussi qu’il faudrait séparer la couche réseau de la couche de service, « On veut des engagements sur les SLA, sur les les niveaux de services ». Pour lui, les problématiques importantes à aborder sont celle de  la sécurite, de l’hétérogénéité des réseaux, de l’authentification, de la bande passante et bien sur de minimisation des coûts. Il aborde la necessité d’avoir une vision sur la densité de population…pour le choix des réseaux et le choix des technologies, « c’est notre capacité à faire de l’ingénierie télécom.. On sait bien faire… ».

Développer des services sur l’infrastructure…

L’objectif de France Télécom est donc de s’appuyer sur son infrastructure pour faciliter le développement de services à valeur ajoutée. Mais France Télécom envisage donc bien s’octroyer la part du lion parmi les services les plus profitables et laisser les restes à quelques petites sociétés périphériques qui développeront des services et viendront utiliser l’infrastructure. L’une des questions que se pose France Télécom est de savoir s’il faut disposer de 2 réseaux, l’un qui distribue l’électricité et l’autre qui contrôle. « Construire des réseaux qui doivent durer 20 ans est un pari audacieux sur l’avenir, parce que dans les télécommunications, l’obsolescence s’applique au bout 18 mois à 2 ans… ! Internet était inconnu dans le monde il y a 15 ans. Voyez la manière dont l’iPhone a transformé la téléphonie… ajoute-t-il »  Mais ces nouveaux usages n’ont pas été le fait des opérateurs trop appliqués à faire de la rétention sur leurs réseaux…

Comment gérer le client ? Les sempiternelles box…

L’une des préoccupations de France Télécom est le client… à qui les producteurs l’éléctricité et les gestionnaires de réseaux électriques commencent à apporter une certaine importance. « Comment faire participer les clients dans la maison? demande Hugues Severac. » Il explique alors que le marché du Home Automation n’a pas encore démarré, bien qu’il soit médiatique depuis des décenies, parce que le marché n’existe pas. Il y aurait en réalité 4 marchés côte à côte, l’énergie dans la maison, la sécurité de la maison, la domotique et le contrôle de certains appareils et enfin la santé. Il explique que le comportement du consommateur a évolué d’un mode passif à un un mode actif et se dirige maintenant vers un mode participatif..

Le dernier point est celui des box qui contrôlent les appareils dans la maison, dont l’énergie.. « On verra sur le marché de la maison la mise en place d’une logique d’écosystème. Les opérateurs vont proposer une infrastructure basée sur du hardware permettant de contrôler les appareils et de se connecter aux systèmes d’information. Sur ces boites seront marketés un ensemble de services vendus directement ou par le biais des opérateurs. »  (Il reproduit ici le modèle telco actuel des accès internet.. mais où est donc l’innovation ?). France Télécom se retrouverait donc dans la même logique de transporteur de service et fournisseur de services qu’il pratique sur Internet actuellement.

Ecoutez la présentation de Hugues Severac

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Actility : Quand l’énergie découvre le logiciel au sein du smart grid

16 avril 2011

Lors de la conférence « Convergence Energie Télécom » de l’ASPROM qui s’est déroulée à Paris au début du mois d’avril, l’une des présentations les plus remarquables était faite par Olivier Hersent, CEO de la société star’tup Actility. Pour ceux qui connaissent le monde des télécoms, Olivier Hersent n’est pas un inconnu. Il fut en effet le créateur de Netcentrex en 1996, une start’up Française issue de France Télécom. Olivier Hersent avec Netcentrex a été un pionnier dans la voix sur IP, et il revendait sa société à la société américaine Comverse en 2006 alors que le secteur des télécoms était en pleine consolidation.

Depuis, Olivier Hersent s’est penché sur le secteur de l’énergie et du smart grid, apportant ses compétences en télécommunication et en software et a crée la société Actility. Invité à la conférence de l’ASPROM, il explique en détail la problématique du smart grid, de l’arrivée des voitures électriques et de la difficile entré du logiciel dans ces systèmes pour gérer la mutualisation de l’infrastructure électrique afin d’atteindre une utilisation optimale dans un marché ouvert à la concurrence. On retrouve les incontournables problèmes de standard, de la manière de les faire arriver (pour ne pas dire les imposer) et de les faire évoluer… Les industriels Français sont-ils prêts à ça ?

Actility veut faire au smart grid ce que l’iPhone fait aux télécoms

Que fait Actility ? Pas facile à expliquer parce que la société intervient au niveau d’une couche système dans le smart grid qui n’existe pas vraiment encore (une sorte de système d’exploitation) et qu’il s’agit de mettre en place… Rappelant les lois qui s’imposent dans les télécommunications et qui conduisent à la mutualisation des infrastructures, Olivier Hersent précise que cette problématique de la mutualisation concerne la plupart des infrastructures, c’est-à-dire non seulement les smart grids mais aussi les réseaux de gaz, d’eau, les immeubles, etc…

Après avoir abordé certains aspects mal connus du grand public sur la gestion de la production d’électricité en fonction des variations de la demande, il précise que la voiture électrique dont tout le monde parle, est un vrai casse tête du point de vue de la gestion de l’énergie dans la mesure où elle rend plus complexe les prévisions de consommation, mais aussi et surtout demande des capacités locales de puissance très importantes «  En effet, lorsque 3 véhicules électriques arriveront dans le garage d’un immeuble et se connecteront chacun à une prise électrique pour se recharger, ils feront sauter les plombs de l’immeuble parce qu’ils dépassent les limites normales de flux de consommation. »

La voiture électrique posera d’énorme problèmes de contrôle du réseau électrique

 Imaginez que dans un même immeuble, tout le monde fasse fonctionner en même temps sa machine à laver, le sêche linge, le fer à repasser, le four électrique, le four à micro onde, la télé...  « Déjà, dans les tours d’immeubles à la défense, des systèmes de contrôle evitent que le chauffage et l’air conditionnée démarre en même temps que lorsque les salariés arrivent et mettent leur ordinateur en route..

Rendez-vous compte quel serait l’effet de l’arrivée d’une cinquantaine de Prius electriques se connectant dans le garage de l’immeuble en même temps le matin… »« Les voitures électriques posent donc un double problème pour les réseaux électriques, ajoute-t-il celui de leur mobilité et celui de la puissance…. En effet, on peut penser qu’un médecin équipé d’une voiture electrique aura une priorité pour faire recharger sa voiture plus vite, ce qui demande plus de puissance électrique… D’autres personnes pourront avoir ce type de droit, il faut pouvoir les identifier et gérer ces priorités au niveau global, grâce à un système de roaming, parce que ces gens se déplacent avec leur voiture et ont besoin de la recharger tous les jours… »  Il précise enfin que la voiture electrique deviendra un réel problème d’ici l’année prochaine puisque légalement, les garages d’immeuble devront comporter une prise pour voiture électrique.

Nécessité de faire émerger des standards

Le but de Actility est de travailler au niveau de la couche logiciel système des systèmes machine to machine. « Il y a des millions d’objets connectables, mais il n’y a pas encore de standards de niveau système clairement définis et appliqués explique-t-il. L’ETSI a mis en place un comité M2M et travaille actuellement sur la définition d’une couche système standard pour interagir avec les objets…. Le but d’Actility est de travailler sur les premières implémentations logicielles de ces standards afin de communiquer avec ses objets et agir sur leur comportement principalement sur la manière dont ils consomment l’énergie électrique… Il faut normaliser la couche où toutes les applications machine to machine viendront se connecter, plus particulièrement dans le secteur du smart grid où par exemple, il est important de savoir qui a le droit d’accéder au compteur et qui peut agir dessus, comment sont gérées les communications, etc.. ? »

Internet des objets et consommation electrique

Aujourd’hui, les Etats Unis poussent fortement à la convergence des protocoles sur IP et l’architecture REST (Post,Get, Put,Delete…) pour gérer l’interactivité et les communications sur le smart grid. D’autre part, le système de télécommunications sans fil Zigbee est désormais quasi standard depuis que la version 2.0 a reçu une stack IP.. D’autres profils sont en train d’émerger autour des box qui apparaissent maintenant incontournables pour le smart Grid, mais qui devront être capable de regrouper et de mutualiser les accès à différentes infrastructures. Olivier Hersent parle de la mise en place d’un « Things Park Store », comme existent aujourd’hui les AppStore… Un programme ambitieux… La vision d’Olivier Hersent sera-t-elle comprise et suivie par les industriels et les investisseurs Français?

Ecoutez la présentation de Olivier Hersent, CEO de Actility