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MWC 2010: De la théorie à la pratique du bordel ambiant…

21 février 2010

Le froid et la pluie inhabituels qui ont régné la semaine dernière sur Barcelone pendant le Mobile World Congress sont allés de pair avec l’atmosphère de douche écossaise qui s’est abattu sur le vaste écosystème de la mobilité tout au long de la manifestation.  Les opérateurs, les constructeurs et les développeurs d’applications ont déversé beaucoup de nouveautés, chaque nouvelle annonce allant en général à l’opposé des autres faites précédemment, à un public qui ne savait plus où donner de la tête, cherchant à se raccrocher à quelque grande tendance…

A travers toutes ces annonces, intéressantes pour un grand nombre d’entre elles pour peu qu’on les prenne isolément, ce sont surtout des questions qui surgissent si l’on cherche à trouver un fil conducteur. C’est pourquoi je me suis souvenu du livre de Roland Moreno, inventeur de la carte à puce, invention remarquable qui n’est toujours pas utilisée comme elle le devrait. Je vous conseille de lire les mises à jours du « la Théorie du Bordel Ambiant » sur le site de Roland Moreno, elles s’orientent vers la « Pratique du Bordel Ambiant », sachant qu’il est toujours utile et nécessaire le lier la pratique à la théorie… C’est vraiment d’actualité, et Roland Moreno est un inconditionnel d’Apple qui était absent du Mobile World Congess, mais tellement présent en même temps….

Une guerre des OS, un marché fragmenté…

C’est vers le secteur des OS mobiles et du développement des applications que se sont principalement centrées les annonces, avec différentes approches selon ceux qui les ont proposées. Bien sûr, Apple n’était pas présent à cette manifestation. Son approche totalement verticale et fermée a permis de proposer un produit homogène, très attrayant pour le consommateur même si il est cher, de créer un marché des applications qui s’est développé sur une audience devenue rapidement respectable.

Cependant, les opérateurs haïssent Apple parce qu’il leur rafle les opportunités d’offre de services en allant chercher lui-même le contenu qu’il contrôle et il contrôle aussi lui-même les applications sur l’appareil. De plus, progressivement, l’exclusivité dont disposaient certains opérateurs disparait sous la pression des régulateurs. D’autre part l’utilisation de l’iPhone à mis plus d’un réseau d’opérateur à genoux, ce qui n’était pas vraiment prévu… Avec Apple, les opérateurs ne sont plus totalement maîtres sur ce qu’ils estiment être leur pré carré…

Les opérateurs et les constructeurs de téléphone (dont principalement Motorola) ont donc accueilli très favorablement l’arrivée d’Android, une plateforme à priori libre, ouverte et gratuite dont la démarche est complètement à l’opposée d’Apple. Mais à l’inverse, elle provoque plus de fragmentation dans la mesure où chacun utilise ce noyau Open Source à sa manière et peut ajouter ce qu’il veut. La boutique d’applications mobiles de Google est aussi plutôt perméable.

Dans la foulée, Samsung, sur la base de sa base installée de deuxième constructeur mondial de téléphone annonce son propre OS appelé Bada, dont l’objectif est d’homogénéiser ses propres terminaux. Il est porté par son nouveau téléphone Wave et la future Samsung App store. Les développeurs d’applications vont-ils s’intéresser à Bada comme ils se sont jetés sur l’iPhone OS ? Apple a toujours été innovant dans le logiciel (OS et applications) depuis 30 ans…Samsung n’a guère d’expérience dans ce secteur, un critère qui compte beaucoup.

Motorola quant à lui a en grande partie misé son renouveau sur Android. Son interface appelée Blur a reçu un accueil plutôt favorable dans la mesure où il apporte un assez grand nombre de caractéristiques que l’on trouve sur l’iPhone, notamment en ce qui concerne les réseaux sociaux. Le futur de Motorola dans la téléphonie cellulaire semble s’éclaircir un peu depuis l’arrivée du nouveau co-CEO, Sanjay Jha, chargé de toute l’activité mobilité.

RIM, qui occupe la deuxième place sur le marché des smartphones avec son Blackberry, met de l’eau dans son vin et cherche à conserver son rôle mixte de fournisseur d’une plateforme de données et de fabricant de téléphone. Il offre désormais gratuitement son serveur aux PME, rendant ainsi gratuite la mise en œuvre des services du Blackberry dans les petites entreprises jusqu’à une cinquantaine de terminaux.

Microsoft crée la surprise

La dessus vient Microsoft qui prend tout le monde à contre pied avec Windows Mobile 7. Grâce à une interface entièrement redessinée et une définition très précise et rigoureuse de la plateforme matérielle sur laquelle cet OS fonctionnera, Microsoft joue la synergie entre les 3 écrans le PC, la TV (avec le Zune et la Xbox) et le mobile… Grace à Internet et les outils d’Azure, les trois sont interconnectés sur le Cloud. Après la récente annonce de Windows 7, l’accord entre Bing et Yahoo, Windows Mobile 7 et le Cloud, les utilisateurs disposeront des mêmes mécanismes de recherche, de synchronisation, de messagerie, d’accès aux réseaux sociaux et de gestion, des mêmes applications de productivité.

Bien tentant pour les entreprises si l’outil mobile n’est plus la charrue qu’était Windows Mobile 6.5. Avec une interface très attractive et plus simple pour le consommateur, des appareils plus puissants, Microsoft aimerait bien faire entrer son téléphone dans l’entreprise, face au Blackberry qui y joue un rôle majeur. A noter, Microsoft s’est allié avec Qualcomm pour définir le cœur de la plateforme mobile. Intel ne fait plus partie du jeu, il s’est allié avec Nokia…

Le torchon brule-t-il entre les 2 ex-alliés… ? Qualcomm est un ennemi intime d’Intel. Microsoft joue le jeu des fabricants et des opérateurs en leur permettant de se différencier et en leur permettant de véhiculer des contenus exclusifs. Il a passé des accords spéciaux (non divulgués) avec deux des principaux vecteurs du succès d’Apple, Orange et AT&T… Mais il faudra attendre la fin de l’année pour en savoir plus.

Nokia segmente son approche OS pour homogénéiser la plateforme… !!

Le numéro un des constructeurs de téléphone annonçait son alliance avec Intel, venu à la rescousse pour renforcer le haut de gamme de la marque. Son développement sur le marché américain reste toutjours un problème majeur pour la compagnie Finlandaise. La pateforme Meego est la réunion de Maemo et de Moblin, un OS linux Mobile développée par Intel. Nokia utilise des composants Open Source dans son OS pour en faire baisser le coût et pour faciliter la mise en place d’outils de développement cross plateforme.

Trois plateformes subsistent chez Nokia, La série 40 pour l’entrée de gamme, Symbian qui représente la majorité de la base installée et Meego. Cette dernière est destinée à supporter la nouvelle stratégie d’intégration de services autour de OVI. Nokia met en place une stratégie de développement de plateforme de services OVI Maps, OVI Mail, OVI Store, OVI Music, OVI Lifestyle, OVI Money comme autant d’infrastructures qui pourront être utilisées par les opérateurs pour se différencier et leur permettra de monétiser du contenu exclusif, local ou autre.

Pour Nokia, avoir rendu gratuit l’accès à la navigation autour de Navteq semble avoir été une décision stratégique clé dans la mesure où OVI Maps servira de base à un système de monétisation de la publicité localisée. « La navigation est au cœur de notre stratégie de services, dit Michael Halbherr, VP OVI expérience chez Nokia. OVI Map nous permet de disposer d’une plateforme indexée très puissante et riche en possibilités. Les opérateurs ne sont pas sur le marché de la navigation, en revanche, ils  profiteront de la plateforme. »

Quel rôle pour les opérateurs sur le marché ?

Tout d’abord, ce salon, à travers le keynote de Eric Schmidt, CEO de Google et surtout dans la session de questions réponses qui l’a suivi, à très clairement posé la question du rôle des opérateurs. Jusqu’où veulent-ils aller… Tout le monde de la mobilité le sait déjà : leur objectif est de maitriser la chaine de valeur du contenu à l’utilisateur final… Jusqu’où peut-on (ou doit-on) les laisser aller? Le débat est maintenant ouvert à l’issue d’un Keynote très visuel où au passage on apprenait que désormais, les téléphones sous Android pourront pleinement accéder aux sites développés en Adobe Flash (ce qui n’est toujours pas le cas sur les iPhones)…

Eric Schmidt a du essuyer une salve de questions plutôt agressives concernant le récent investissement de Google pour fibrer jusqu’à 500000 foyers aux Etats-Unis. En effet, pourquoi donc une société internet, dont la fortune repose sur la publicité sur le Web, se lance-t-elle dans la mise en place d’un réseau d’infrastructure, qui visiblement n’est pas son métier, alors qu’un opérateur (parmi tant d’autres) dont le cœur de métier est de poser et d’opérer des tuyaux, a mis plus 3 ans pour se décider à installer de la fibre dont tout le monde sait depuis des lustres que c’est l’infrastructure dont on a besoin… ?

Serait-ce un pur hasard que Google, dont l’activité repose sur la libre circulation d’un plus grand nombre de flux variés, fixes ou mobiles, sur Internet, craigne que ceux qui possèdent des infrastructures n’en restreignent l’utilisation et la portée pour préserver le principal mécanisme de leur monopole. Le principal grief des opérateurs (anciens monopoles d’état devenus monopoles privés) contre Google est en fait de voir celui-ci échapper à leur pouvoir, bien que son business soit entièrement et principalement basé sur les réseaux dont ils ont à assurer la plus grosse partie des investissements et du support. Non seulement ils n’ont guère de prise sur Google, mais en plus ce dernier rafle la quasi-totalité du marché de la publicité sur Internet, sur lequel ils aimeraient bien mettre la main. C’est un monopole contre un autre disent certains… Mais Google est-il véritablement un monopole qui verrouille le consommateur comme les opérateurs le font avec leur réseau d’accès… ?

Eric Schmidt semble avoir une idée assez claire sur la manières dont les opérateurs peuvent investir dans les réseaux et bénéficier d’un retour sur investissement à travers certains services d’infrastructure autre que le simple fait de posséder des tuyaux qui transportent des données. "Le marché est assez grand et il y a de la place pour tout le monde", dit-il, affirmant que Android équipe plus de 60000 téléphones vendus chaque jours. Il répondait indirectement aux remarques de Vittorio Colao, CEO de Vodafone qui très clairement en appelait à ses collegues opérateurs du monde entier pour bâtir (verrouiller) un business modèle autour les services mobiles avant que Google ne le fasse.

Les réseaux tiendront-ils la charge ? Une certaine opacité de gestion… !

Il est évident que les opérateurs (plus particulièrement les opérateurs historiques)  jouent un jeu dangereux avec la manière dont ils gèrent la bande passante et la capacité de leurs réseaux en investissant juste ce qu’il faut pour offrir juste en dessous de la demande prévue, maintenant ainsi la pression sur les prix, les consommateurs, les offreurs de services, etc…. En effet, ils partent du principe qu’une « saine » gestion de la rareté de la bande passante (aussi bien dans le fixe que dans le mobile) est un point clé de leur pouvoir. Ils misent sur l’esprit de corps des opérateurs et les oligopoles de fait (bien que surveillé de prêt en Europe et un peu plus aux Etats-Unis) pour éviter de se voir déborder par un concurrent inattendu.

Seule la France, grâce à un régulateur obstiné, a réussi à desserrer un peu l’étau. Seulement, Apple leur a offert une carotte sur laquelle ils se sont jetés, sans voir le bâton qui allait leur tomber sur le nez. L’iPhone a tout simplement fait exploser les réseaux qui n’étaient pas prêts de supporter une telle demande de données. Aux Etats-Unis, le phénomène est apparu clairement à propos de la couverture et de nombreuses défaillances dans les zones urbaines autour du réseau AT&T qui a été assez bête de faire une campagne publicitaire, plutôt ridicule, provoquant même une vive réaction de son principal concurrent Verizon.

En France, tous les opérateurs sentent passer le vent du boulet, mais rien ne filtre sur les incidents, les utilisateurs Français étant plus intéressés par le moral interne de l’entreprise France Télécom que par leur difficultés d’accéder à Internet avec leur iPhone. Les réseaux cellulaires sont à bout de souffle pour ce qui concerne les données et les nouveaux smartphones qui ont été annoncés à MWC 2010 ne vont certainement pas arranger les choses.

La migration vers le LTE n’est pas encore engagée malgré quelques expérimentations, mais il semble que le premier usage du LTE sera centré sur « les données », alors même que les combinés LTE sont encore très loin d’être prêt. On verra donc des clés ou des boitiers LTE bien avant de voir des téléphones LTE… D’ores et déjà, on voi apparaitre des clés duales, compatible 2G, 3G et LTE. Samsung, Huawei et Alcatel sont les fournisseurs de ces clés.

Plusieurs sociétés vues à la conférence, proposent des solutions d’attente aux opérateurs, basées sur des solutions sans fil point à point dans les fréquences hautes (à base de WiMax pour certains) qui viennent soulager les réseaux des opérateurs dans les zones fortement sollicitées. La santé des réseaux cellulaires est une affaire publique, elle concerne la vie quotidienne de tous. Il serait souhaitable que les opérateurs communiquent plus et mieux sur les incidents qu’ils rencontrent et les remèdes qu’ils y apportent.

Pour le bien du consommateur ?

Eric Schmidt terminait son intervention sur cette note positive : « Le scénario le plus probable aujourd’hui est que le nombre de plateforme se multiplie, je ne sais pas combien de temps cela va durer avant que le marché ne se concentre sur un plus petit nombre de plateformes », mais il précisait :  « La compétition telle que nous la voyons maintenant avec beaucoup d’acteurs sur le marché bénéficie très très largement à l’utilisateur final. » Faut-il le croire sur parole ? Cette année apportera certainement des éclaircissements sur la question.

Google Chrome OS : repenser la notion de système d’exploitation

8 juillet 2009

photo Google OSGoogle, en annonçant son futur système d’exploitation Chrome OS jette un nouveau pavé dans la marre des opérateurs téléphoniques, des fabricants de téléphones cellulaires, des fabricants de PC et bien sur de son vieil ennemi du nord ouest des Etats-Unis, Microsoft. En novembre 2007, Google annonçait Android, un nouveau système d’exploitation pour smartphone qui aujourd’hui grimpe très lentement au hit parade des systèmes d’exploitation pour mobile, mais pas suffisamment pour commencer d’inquiéter les poids lourds du secteur, iPhone, Blackberry, Symbian et Windows Mobile 6.5. Depuis quelques mois, tout le monde pensait que le système Android serait étendus à la nouvelle génération montante de PC portables « légers et communicants » appelés les Netbooks. Ce sont des appareils ultra léger, capables de tenir dans le sac d’une femme. Ils  sont cependant capables d’exécuter toutes les activités courantes d’un PC et d’accéder à Internet à peu près n’importe où, soit par le réseau téléphonique (grâce à une clé USB vendue par un opérateur) ou par un réseau WiFi. Compte tenu de l’importance des tâches de communication mobiles dans ces appareils, beaucoup de gens pensaient qu’Android allait progressivement s’élargir pour les équiper…

Partir des utilisations Internet

Mais aujourd’hui, Google présente une nouvelle approche assez sensiblement différente de la tendance qui a conduit la mise en place des systèmes d’exploitation depuis que Microsoft existe. « Il y a 9 mois, Google annonçait Google Chrome Browser »: précisaient hier soir Sundar Pichai, VP Product Management et Linus Upson, Engineering Director dans le blog de Google. « Il atteint déjà 30 millions d’utilisateurs… Aujourd’hui, nous annonçons Chrome OS, un nouveau projet qui est une extension naturelle de Chrome. C’est notre tentative de repenser ce qu’un OS doit être. » En effet, Microsoft avait conquis Internet avec son browser MS Explorer en s’appuyant sur Windows qui dominait déjà largement le secteur des PC. Rappelons que le rôle de Windows a été d’homogénéiser la plateforme PC autour des logiciels de productivité et de réseau. Le PC a ensuite a servi de tremplin à Internet vers le grand public et déclenché de nouvelles évolutions de la plateforme, évolutions dont Windows n’était plus forcément au centre. Google compte-t-il opérer de façon quasiment inverse en partant de son browser Chrome, très bien adapté aux tâches effectuées dans un environnement Internet (y compris le social computing) pour élaborer un nouvel OS qui collerait mieux à l’évolutions probable du PC dans la convergence fixe et mobile, disons « le Netbook » et à l’arrivée du Cloud Computing ? Cette démarche n’est pas vraiment neuve, mais portée par Google, elle risque d’avoir un certain impact. En France, le système JoliCloud, en cours de développement par Tariq Krim, le fondateur de Netvibes, procède de cette analyse. Plusieurs constructeurs de Netbooks dont Asus ont amorcé des démarches de ce type. Les rumeurs concernant un "Netbook" à la façon Apple,  rapprochant le MacBook et l’iPhone pourraient aussi se confirmer à l’automne.

Un système léger, collaboratif et sécurisé

Pratiquement, le système Google Chrome OS sera mis en Open Source et apparaitra sur les premiers Netbooks vers la fin 2010. Il mettra la machine en route en quelques secondes et non pas après plusieurs longues minutes d’attente. Son interface sera aussi transparente que possible et particulièrement adaptée aux tâches que nous sommes désormais habitués a réaliser sur le Web : disons chercher et regarder les news, des photos, des vidéos, accéder à facebook pour partager des documents, des photos, des informations ou encore à Twitter, recevoir des mail, parler en voix sur IP, partager des applications, présenter et partager des données stockées ailleurs, travailler à plusieurs sur les même données en temps réel, etc…. Une différence importante est que les aspects « collaboratif » sont abordé à la manière de monsieur tout le monde. Finies les applications conçues selon une vision de l’entreprise qui date du siècle dernier et handicapée par les lourdeurs de l’héritage Windows. Les aspects de sécurité, un gros problème de Windows depuis très longtemps, seront complètement revus à la base… Il y a effectivement besoin d’une vraie architecture sous-jacente, bien adaptée aux particularités d’Internet et du Web. Ce sera l’un des gros challenges de cette aventure. Techniquement, Chrome OS fonctionnera sur les processeurs de type X86 et ARM et sera construit sur un noyau Linux. Google annonce avoir déjà des discussions avec des fabricants de Netbooks. Dans le blog de Google, il est précisé que certains recoupements et superpositions auront lieux avec Android… On n’en attendait pas moins.


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