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Telcité connecte les entreprises à leurs datacenters en région parisienne

14 novembre 2011

Pendant que le FTTH parisien fait du sur place, bien que l’ensemble du sous sol soit totalement fibré (via les égouts), car la fibre a du mal a monter dans les immeubles et les appartements de Monsieur tout le monde, Telcité, filiale à 100% de la RATP, continue d’étendre sa toile de fibre noire sur l’ensemble de l’Ile de France pour des connexions fibre destinées aux industriels et aux opérateurs.

La RATP dans la fibre

Crée en 1997 pour gérer un réseau de fibre noire installée dans le réseau du métro et RER parisien, cette société a aujourd’hui déployé 1600 km de fibre non allumée destinée aux entreprises et aux opérateurs fibre sur laquelle ont été disposés 400 points de présence passifs (qui ne sont pas des points de présence Internet). Ce réseau, déjà interconnecté directement avec un certain nombre de réseaux de l’Ile de France, IRISE (géré par le Sipperec et dont Telcité est aussi actionnaire), Sem@for77 (DSP du CG 77 gérée par Covage) Connectic 78 (DSP du CG 78 gérée par Eiffage), est depuis le début du mois d’octobre connecté au réseau de Covage sur le département de l’Essonne (91) qui jusqu’à présent n’a pas de Réseau d’Initiative Publique (RIP).

Opérateur d’opérateur

Telcité est un opérateur de fibre un peu particulier. C’est en effet une société privée qui utilise le réseau de tunnels du métro pour installer de la fibre à bas coût. Dans la mesure où elle développe un réseau de fibre noire et n’offre pas directement de services aux grand public, son offre se rapproche plus des Réseaux d’Initiative Publique  (RIP) mis en place par les collectivités locales et territoriales. Les entités qui gèrent ces réseaux s’appellent opérateurs d’opérateurs car ils proposent aussi des services aux opérateurs grand public (ou à des entreprises publiques ou privées) qui louent ces réseaux de fibre noire accompagnés de certains services spécifiques liés à l’infrastructure. « Nous fournissons en effet les baies et l’énergie électrique. Cela signifie quelques racks par client, mais ça n’est pas de l’hébergement au sens informatique du terme, explique Bertand Lenoir directeur général de Telcité. » Il y a plus d’une centaine de RIP sur le territoire Français aujourd’hui. « Nous sommes en discussion avec toutes les DSP de la région parisienne ajoute-t-il, y compris  avec Sequalum qui est le délégataire de THD Seine. »

Interconnexion avec les RIP de la région parisienne

Pour Bertrand Lenoir, Directeur Général de Telcité, l’avantage de cette nouvelle connexion directe est de permettre aux deux sociétés d’élargir leurs offres respectives en étant capable de proposer une connexion de bout en bout à leurs clients basés à la fois à Paris et en périphérie. « Nous avons réalisé, à coûts partagé avec Covage, une interconnexion fibre directe entre nos deux réseaux qui étaient très proches l’un de l’autre à la gare du RER de Bures sur Yvette. Ce n’est pas vraiment un hasard si ces deux réseaux étaient proches, ajoute-t-il… Nous avons donc posé une bretelle sous la forme d’un câble à 288 fibres pour relier les deux réseaux physiquement et ainsi, nos clients installés à Paris peuvent être en connexion directe par fibre avec des datacenter situés dans la périphérie de Paris.»

Covage couvre le 91 qui n’a pas de réseau départemental

L’offre de Covage est mixte dans la mesure où il offre de la fibre noire, mais aussi offre des services allumés, comme les opérateurs. Sur le 91, Covage couvre en particulier les zones de Saclay et d’Evry, assez fortement industrialisées, il n’y a aujourd’hui pas de réseau départemental sur l’Essonne Covage Networks irrigue une zone où se trouvent plusieurs  Datacenters, le centre de recherche d’Alcatel à Nozay et le poste RTE de Villejust.  Bertrand Lenoir poursuit : «  La solution de bout en bout peut prendre plusieurs formes pour le client : soit nous prenons en charge la totalité de la connexion (ou bien Covage le fait) et le client ne voit qu’un seul fournisseur, soit il a double facturation pour les parties du réseau correspondant à Telcité et à Covage. Dans le cas de la facturation unique, il y a accord spécifique entre Covage et Telcité pour ce client. Chaque client est traité individuellement. » Ce type d’arrangement fonctionne particulièrement bien pour des distances allant de quelques kilomètres  jusqu’à une centaine de kilomètres.

Pour les Plans de Reprise d’Activité

En effet, le client peut allumer lui-même sa propre fibre sans avoir besoin de dispositifs de regénération du signal pour atteindre sa destination. Un client parisien peut donc se connecter directement avec un Datacenter dans la région parisienne grâce une liaison fibre privée qui ne passera pas par Internet, offrant ainsi des conditions de sécurité accrues. Ce même client peut aussi mettre en place un Point of Presence (pop) qui lui permette de gérer cet accès fibre spécifique de façon séparé de ses accès Internet. Cette situation est donc tout à fait avantageuse pour des sociétés, petites ou grandes, qui doivent mettre en place un Plan de Reprise d’Activité (PRA), c’est-à-dire un dispositif qui permet une remise en route rapide des activités à partir des données sauvegardées, en cas de catastrophe naturelle, d’accident, de crise majeure ou de piratage.

Liaisons intersites

La stratégie de Telcité est donc d’offrir des accès très haute débits sur des liaisons intersites ou encore des services d’infrastructure de télécommunications aux opérateurs. « Nous ne sommes pas en concurrence avec les opérateurs car nous n’offrons pas d’accès Internet au grand public poursuit Bertrand Lenoir. Même si les opérateurs peuvent aussi offrir des services aux entreprises, ils proposent souvent des services à valeur ajoutée dans leur offre. En général, ils louent des morceaux de notre fibre noire pour y ajouter des services de voix, de données, de multimédia, d’accès à Internet, etc..».  La capacité en termes de bande passante de Telcité est aujourd’hui quasi illimité et dépend des technologies d’allumages, en perpétuelle évolution. Une simple fibre noire (de type G652) peut aujourd’hui offrir une bande passante au delà de 100 Gbps selon les équipements auxquels elle est associée et selon la distance sur laquelle le signal doit être acheminé.

Connecté à une quinzaine de datacenter en Ile de France

Aujourd’hui, Telcité, grâce a ses partenariats, est connecté à une petite quinzaine de datacenters sur Paris et en région parisienne et il a environ une centaine de clients, banques, ministères et grandes entreprises. Telcité ne propose pas de tarifs catalogue, mais le coût le plus important est celui de l’investissement à réaliser pour se connecter au réseau de fibre (entre 10 et 20000 €) selon l’éloignement du Pop. Ensuite, le coût mensuel d’une liaison fibre noire sur une dizaine de kilomètre est inferieur à 850€ par mois, le client ayant la charge de ses équipements de transmission et de leur maintenance.

Concurrence par les infrastructures…?

« Nous pensons que le marché de l’interconnexion inter-site est en pleine évolution conclue Bertrand Lenoir, et aujourd’hui, les prix et les conditions deviennent abordables pour des entreprises plus petites grâce à la mutualisation des infrastructures. La concurrence par les infrastructures n’a plus aucun sens. La mutualisation est devenue indispensable, surtout lorsqu’on parle de distribution. ».

Pourquoi la fibre n’intéresse pas les français ?

9 mars 2011

Décidément, le bon sens n’est pas toujours là où l’on croit….

Marine Le Pen arrive en tête des sondages, poussée par des gens dont on n’imaginait guère qu’il puissent s’y intéresser, et les récents chiffres de l’ARCEP sur la mise en œuvre de la fibre à la maison en France montre qu’on est loin des objectifs prévus. Alors qu’on (pardon, le plan Besson) prévoyait 4 millions de prises en 2012, on apprend qu’au début 2011, on vient juste de passer le million de foyers connectables. Au train ou ça va, on aura tout juste 4 millions de prises fibres dans les foyers en 2015… ! Elle est encore loin la France du très haut débit..  Mais ce qui est plus incompréhensible, c’est que ce million de prises installées n’intéresse personne puisqu’il y a à peine 115000 abonnés, c’est-à-dire des gens qui utilisent réellement cette fibre…Un gros 10% d’abonnés… Comme disait ma grand-mère, on marche sur la tête…

Un taux d’abonnés de 10%…

Normalement, mon immeuble devrait être fibrable puisque j’habite à Paris et que le sous sol de Paris est truffé de fibre…Mais je n’ai rien vu venir, car l’ai raté la dernière assemblée générale du Syndic et apparemment personne n’avait mis la fibre à l’ordre du jour…J’ai fait la remarque au syndic, mais il s’en fiche parce que ce sont des travaux dont il doit assurer le bon déroulement mais qui ne lui rapportent rien, puisqu’à priori ils sont gratuits et que les prestations du syndic sont basées sur les factures des travaux réalisés… Des accords secrets avec certains opérateurs… ? Allons nous ne sommes pas une république bannanière… ! (au moins pas encore…) et nos opérateurs n’ont pas cette « capacité d’adaptation » dont ils font preuve dans des territoires éloignés.

La fibre n’est pas une priorité pour les syndics

J’ai donc fait un peu de lobbying dans l’immeuble, tout le monde semble d’accord, vu le nombre de réseaux WiFi qui apparait sur le panneau des réseaux sans fil de mon ordinateur. En tous cas, on utilise internet dans l’immeuble. Il faudra donc attendre la prochaine réunion de copropriété… Mais avant cela, il faudra se prononcer sur l’opérateur d’immeuble. Voila encore une discussion qui promet car le syndic, qui joue souvent le rôle de conseiller technique sur la plupart des décisions à prendre dans un immeuble, va vouloir y mettre son grain…Et il est très facile de semer le doute chez la grand-mère du 6ème qui de toute façon s’en fiche, ou le papy du 1er qui a le câble depuis des siècles. Il s’en dit très content et ne comprend pas pourquoi il faut mettre de la fibre, alors que Numéricable lui a proposé un abonnement très haut débit sans aucun travaux supplémentaires, et que plusieurs appartements de l’immeuble sont déjà câblés, dont le couple du 2ème dont les gamins jouent tous les soirs avec la Wii justement sur du « très » haut débit (il est monté plusieurs fois pour leur dire de faire moins de bruit). Cette histoire de 2 fibres ou 4 fibres dans l’immeuble, c’est quoi ?… « faisons de la sorte que ça fasse le moins de travaux possible, avec 4 fibres, ca fera encore un gros câble qui va encore tout enlaidir… Free ne peut rien faire comme tout le monde…  »

La fibre, à peine mieux que l’ADSL..!

Beaucoup de gens m’ont posé la question de savoir quels seraient les avantages de la fibre. « Est-ce que ça sera plus cher… ?… Oui chez France Télécom… Ah bon ? Mais Free le met au même prix que l’ADSL…. Bon j’aime pas bien Free, c’est des geeks…. Alors quel sera l’avantage ? Bon, c’est que tu pourras uploader beaucoup plus rapidement ?….Bof, moi je télécharge plutôt, je mets quelques photos, mais pas de vidéo… ! » Chez France Télécom, allez leur poser la question… La plupart du temps, l’argument avancé est : « Oh oui, la fibre c’est bien, mais ça ne vous apportera pas beaucoup plus que l’ADSL… vous savez en France, on a le meilleur ADSL en Europe… ça marche très bien »…

Et Billaut continue  de ramer

Enfin, très peu de promotion de la fibre chez les opérateurs. Trouver une offre de fibre chez un opérateur, c’est chercher une aiguille dans une botte de foin. Il y a plein de choses, mais pas ce que vous cherchez vraiment. Et puis notre cher gouvernement a un plan fibre.. mais on n’en entend pas beaucoup parler…et le père Billaut continue de râler en essayant de monter sa coopérative pour mettre le très haut débit dans les villages, parce que dans les campagnes, on a aussi besoin du très haut débit… L’ex opérateur national fait donc ce qu’il veut et continue de trainer la patte quand il veut car il est en position dominante dans les zones rurales et dans beaucoup de zones peu denses où il continue d’installer sa propre fibre, sans le faire trop savoir, et s’opposer insidieusement aux réseaux d’initiative publics.

On perd la guerre après avoir gagné une bataille

Et pourquoi donc finalement l’ARCEP reparle-t-il de la séparation fonctionnelle pour France Télécom? Mais elle pourrait être géographique maintenant…En bref, après avoir fait un effort considérable pour brillamment se mettre au haut débit, on pense que le très haut débit est déjà gagné… mais on est tout simplement en train de perdre la guerre après avoir gagné une bataille.

Completel entre dans le cloud et fait le point sur ses ambitions

2 mars 2011

Le Cloud mérite bien son nom. Il provoque en effet de nouveaux modes de communication aussi légers que ce qu’il signifie. L’entrée dans le Cloud est une nouvelle manière pour les entreprises de donner un petit verni marketing au goût du jour à des activités qui fondamentalement ne changent pas beaucoup et restent généralement floues dans une opacité savamment cultivée, comme il est de mise dans le monde des télécoms. C’est donc un moyen facile de dire qu’on innove sans le faire vraiment. Nous verrons que ceci a une certaine importance chez Completel.

C’est Eric Denoyer, nouveau PDG du groupe Numéricable qui présentait les résultats de Completel. Depuis 2004 Numéricable est détenu par Ypso dirigée par Patrick Drahi que l’on dit être le John Malone Français (moins médiatique cependant). Yspo est une holding financée par Altice, opérateur Luxembourgeois où Patrick Drahi est actionnaire, le fond Anglais Cinven et le fond Américain Carlyle. Completel racheté par Ypso à la fin 2007 pour une valeur d’environ 700 millions d’Euros, est restée depuis comme une entitée séparée. « Celle-ci n’a pas les mêmes activités que Numéricable, car Completel est dédié aux activités BtoB » précise Eric Denoyer, entendez : en direction des entreprises et des collectivités locales, le secteur public représentant 30 à 40% du Chiffre d’affaire de Completel.

Des frontières assez floues entre Completel et Numéricable

Pourtant, dans la réalité, les frontières entre les 2 entreprises semblent très floues, les uns et les autres partageant les infrastructures et les services. Il est en effet impossible de connaitre l’étendue du réseau de fibre de Completel (encore moins sa localisation) et comment il se différencie ou complémente celui de Numéricable. A noter qu’Eric Denoyer est en même temps PDG de Numéricable, de Completel et de Sequalum (la DSP 92). L’une des difficultés de la mise en place de la DSP 92 fut en effet certaines insinuations de la part d’élus de l’opposition dans le département affirmant que Numéricable profitait des subsides de l’Etat pour mettre à jour et étendre son réseau de fibre sur le département. D’aucuns voient dans ce mode de gestion une volonté des investisseurs de Numéricable de se garder la possibilité de revendre par appartements, le moment venu, lorsque la reprise sera effective. C’est aussi ce qui peut expliquer que pour la première fois, Completel communique de façon séparée de Numéricable.

Forte croissance des activités B to B

L’essentiel de la communication de Thierry Podolak, le DG de Completel était orientée vers l’entrée de la compagnie dans cette nouvelle activité appelée le Cloud, alors que l’activité BtoB a été fortement croissante au cours de 2010. « L’activité BtoB (c’est-à-dire Completel) représente 1/3 du CA de Numéricable, c’est-à-dire 465 millions d’Euros après consolidation du chiffre d’affaire de Altitude Telecom, rachetée à la fin de l’année dernière. La croissance est de 22% depuis 2002 et les prévisions sont d’atteindre 500 millions d’Euros en 2011, à périmètre égal. « Notre modèle de développement est de déployer un réseau de fibre optique capillaire en France » indiquait Eric Denoyer en introduction, mais les détails s’arrêtaient là… Pas de chiffres de prévision d’investissement ou de stratégie de déploiement… « Nous sommes dans 65 villes en France » ajoutait Thierry Podolak… !

Des rachats de sociétés depuis 2 ans

L’essentiel de la présentation a été d’expliquer le renforcement des activités de Completel, initialement opérateur de fibre, dans les services grâce à l’acquisition en 2009 de B3G, société spécialisée dans l’IP Centrex (externalisation de la voix sur IP pour les entreprises) puis de Altitude Telecom en 2010 pour ses activités d’IP VPN (réseaux privés virtuels sur IP) et d’hébergement de données. Thierry Podolak présentait la vision de Completel dans le monde des données en entreprises appuyée sur cette nouvelle approche « Cloud ». « Nous permettons aux entreprises d’innover en utilisant Internet et les réseaux sociaux dans les entreprises, de dynamiser les échanges et le partage d’information, de s’organiser autour de l’informatique pour une plus grande efficacité de leurs métiers, de s’adapter aux environnement externes en toute sécurité et enfin de maitriser leurs budget » expliquait-il.

Datacenters et réseaux haut débit

Au centre de tout ça, la mise en œuvre d’un « cœur de réseau » (dont on ne connait pas l’étendue ni la portée) à 100 Gigabits par seconde et le déploiement progressif de DataCenters dont les 3 premiers sont installés à Lyon, Aubervilliers et à Val de Reuil en Normandie. Ces DataCenters seront la base de l’offre de services Cloud de Completel qui doit propulser la compagnie en compétition directe avec France Télécom et SFR. « Nous disposons du réseau et des services ajoutait Eric Denoyer, nous ne sommes pas un intégrateur et nous offrons une offre provenant de chez nous de bout en bout. » Le DataCenter d’Aubervilliers sera donc agrandi de 700 m² pour être équipé pour recevoir 250 baies supplémentaires.

Centré sur un marché rentable et moins concurrentiel.

A l’heure où le pays a du mal à s’engager dans une politique de fibre optique pour tous, Completel renforce sa position sur le créneau des entreprises, dont les évolutions sont plutôt moins rapides et les besoins moins innovants que dans le secteur des usages privés et des données mobiles qui dirigent la croissance exponentielle du trafic des données sur les réseaux. La mise en place d’une offre maison intégrée : réseau + services permet donc à l’opérateur d’améliorer sa rentabilité grâce à des prix « entreprises » sensiblement plus élevés que les prix grand public, accompagnés de services de sécurité et de maintenance rentables, au prix d’investissements relativement modestes comparés aux investissements supportés par les opérateurs classiques puisqu’il ne s’aventure pas dans les zones rurales ni dans la mobilité. Il se centre donc sur un marché moins concurrentiel que celui des télécommunications grand public où n’agissent pas encore directement les opérateurs dit « over the top ».

Journées Trip de l’Avicca : Quel très haut débit pour la France ?

1 novembre 2010

Les journées TRIP de l’Avicca qui se sont déroulées à la fin du mois d’octobre ont été l’occasion de faire le point sur la manière dont les RIP (Réseaux d’Initiative Public) et les collectivités locales participent à la mise en place du très haut débit en France. Yves Rome, Président de l’Avicca et Président du Conseil Général de l’Oise accueillait Michel Mercier, Ministre de l’aménagement du Territoire. Voici en trois vidéos l’essentiel de son message au Ministre sur l’état des lieux et ses commentaires sur la situation.

1-Un nouveau rôle pour les collectivités locales : construire la boucle locale fibre

Pour Yves Rome, les collectivités locales se sont vu attribuées une nouvelle tâche dont elles n’étaient pas en charge, ni préparées pour: celle de construire la nouvelle boucle locale fibre. Mais pour lui, les conditions dans lesquelles cette prise en charge s’effectue ressemblent beaucoup à une prise en charge de la souffrance numérique dans les territoires les plus défavorisés. En effet, à la lumière du plan National Très haut débit annoncé par le gouvernement en début d’année, aucun mécanisme de financement pérenne n’est réellement mis en place pour assurer la mise en œuvre de cette infrastructure fondamentale et stratégique pour les territoires. La fracture numérique qui existe entre les zones densément peuplées (148 villes) où les opérateurs concentrent leurs efforts et les autres zones où les opérateurs ne veulent pas investir, conduit les collectivités locales à prendre en charge le très haut débit à des coûts très élevés. « Pour le haut débit, dit il, (c’est-à-dire l’ADSL), le financement du 1% restant qui n’avait pas le haut débit en France a couté environ 1 milliards d’Euros aux collectivités.» Les opérateurs se réservent en effet la part du gâteau la plus simple et la plus facile à atteindre….L’addition sera bien plus lourde, et plus longue à digérer pour la fibre….

2- Comment passer du cuivre à la fibre…sans toucher au cuivre…

Yves Rome pense qu’il est possible de passer du cuivre à la fibre sans subventionnement public, à condition de suivre d’autres voies. « La politique choisie par le gouvernement a été de ne pas toucher à la boucle de cuivre de France Télécom » dit-il, ce qui a pour conséquence de couper la France en deux. L’état ne prenant pas en charge la transition vers la boucle locale fibre, il faut trouver l’argent pour la financer. Yves Rome pense que la solution est de taxer les opérateurs pour les inciter à construire dans les zones moins densément peuplées, plutôt que d’instituer une taxe qui frappera un peu plus les consommateurs. Il vient en opposition avec les recommandations de l’ARCEP et les conclusions du rapport Maurey, récemment remis au Premier Ministre. Pour lui, « portés par une logique de rentabilité, les opérateurs écrèment le territoire… et bien, que les collectivités qui sont portées par une logique d’aménagement du territoire aient elles aussi la possibilité d’écrémer, dans leur propre logique… ».

3- Fracture numérique, bureaucratie et dividende numérique… un tableau plutôt sombre.

Mais la mise en œuvre d’une quelconque politique s’appuyant peu ou prou sur les collectivités locales doit avant tout passer par un déblocage bureaucratique. « Plus de 2 ans après la loi qui permet aux collectivités de connaitre les infrastructures existantes (enfouies) sur leur territoire, le mécanisme est bloqué au niveau des préfectures… » Il n’est donc pas possible pour une collectivité de faire des plans d’infrastructures si elle ne peut pas connaitre les infrastructures déjà existantes, que ce soit des fourreaux libres ou pas… Elles restent à la merci des opérateurs qui ont le pouvoir de couler les DSP… A qui profitent ces lenteurs et ces blocages bureaucratiques…?  Tout conduit à une fracture numérique encore plus large et plus profonde que celle que nous avons connu pour le haut débit… Enfin, le sort du dividende numérique semble être réglé, mis aux oubliettes…mais en fait, rien n’est prévu de façon claire et précise sur la manière dont il sera employé, dans les départements dans les territoires. Il n’y a aujourd’hui « aucune obligation ou incitation à utiliser la bande des fréquence 700 dans les territoires peu denses défavorisés ». Ces bandes de fréquences seront attribuées aux opérateurs et on voit bien dans leur comportement sur la fibre sur quels territoires ils préfèrent se porter en priorité…  Il y aura donc encore des zones grises pour le mobile qui viendront s’ajouter à la fractures numérique provoquée par la fibre. Yves Rome conclue cependant par une note optimiste en indiquant que les collectivités sont prêtes à relever le défit…

Une visite guidée de THD Seine, le plus grand projet FTTH en Europe

9 octobre 2010

Le CREDO, (Centre d’Etudes et de Réflexion pour le Développement de l’Optique) est une association de professionnels du secteur de la fibre optique et du très haut débit. Cette association organise régulièrement les « jeudis de la fibre », invitant des acteurs du secteur à présenter leurs réflexions, leurs actions et les grandes tendances du secteur.

Relier plus de 820000 foyers à la fibre en 6 ans

Jeudi dernier, le CREDO recevait donc Marc Duchesne, Directeur de projet  chez Sequalum, délégataire du projet FTTH THD Seine. Il s’assure de la mise en œuvre de THD Seine dans les meilleures conditions.  Au cours d’une présentation assez longue, mais très détaillée et précise, Marc Duchesne a expliqué les détails techniques et moins techniques de ce projet qui au jour d’aujourd’hui, reste le plus vaste projet de fibre jusqu’à la maison en Europe. Initié en 2004 par Nicolas Sarkozy, alors Président du CG 92, le contrat a été signé en 2006 par le Conseil Général des Hauts de Seine et attribué à Sequalum sous forme d’une DSP (Délégation de Service Public) qui est une concession de service public d’une durée de 25 ans. Sequalum est  un opérateur d’opérateur, crée de toutes pièces par Numéricable (80%), Eiffage (15%) et LD Collectivités (5%), qui a remporté la concession de service public pour une durée de 25 ans. Après de multiples péripéties qui ont considérablement retardé le début des travaux (nombreuses contestations des opérateurs concurrents, validation par la Commission Européenne, contestations politiques diverses, etc…) ce projet gigantesque et innovant a commencé de sortir de terre au début de cette année. Il représente une approche nouvelle du financement, du montage juridique et de la mise en place d’une infrastructure publique stratégique que constitue un réseau de fibre optique ramifiant les 820000 foyers du département.

Les réseaux publics sont ouverts et neutres

Citons Patrick Devedjan, Président du CG 92 après l’aval de la commission européenne : « J’ai rencontré deux fois la commissaire européenne en charge de la concurrence, Madame Neelie Kroe,  pour défendre ce projet et permettre un financement public partiel pour l’équipement des zones non rentables comme les zones concentrant pavillons et immeubles de petite taille, soit 47% de la superficie du département…Les collectivités savent désormais comment avancer dans ce domaine dans le respect de la concurrence… ll s’agira d’une infrastructure de réseau neutre, ouverte à l’ensemble des opérateurs. »  Encore Faudra-t-il que les opérateurs s’y intéressent car sur le territoire du 92, il semble que les opérateurs en place continuent de développer leurs propres réseaux, pour finalement entrer en concurrence avec l’opérateur public… Voici une approche intéressante de la manière dont les opérateurs confondent monopole et efficacité économique et ce qu’il en découle sur leur vision de l’ouverture et de la neutralité des réseaux.

1- La DSP THD Seine située dans un contexte international

L’intervention de Marc Duchesne porte sur l’explication de la DSP en se tenant à ce qu’il y a dans la convention, c’est à dire, les obligations du délégataire, les échéances, l’offre de service et l’approche choisie pour le déploiement. Bon nombre de questions restent à poser, mais Marc Duchesne a précisé qu’il n’était pas de son ressort d’y répondre car elles portent sur des éléments dont il n’a ni la responsabilité ni la maitrise.  Pour  rendre la présentation plus facile d’accès, nous l’avons scindé en plusieurs parties.

Un nombre croissant de réseaux de fibre municipaux ou publics sont maintenant en œuvre ou en cours de déploiement dans le monde.  L’Asie est partiellement passée sous silence car l’importance des réseaux public  y est moindre. La DSP THD Seine est une DSP concessive dont l’objectif est de construire  en 6 ans 827900 prises fibre reliées à un réseau de fibre noire. Cela  signifie que les opérateurs de services et les fournisseurs d’accès pourront venir s’y raccorder. Le budget total de la construction de ce réseau est de € 420 millions  avec un financement du CG 92 à hauteur de €59 millions. . .

2-     Les obligations de la DSP THD Seine et les définitions du vocabulaire de référence.

Les notions de prise raccordable et de prise raccordé ont une signification précise. Ces deux notions ont chacune leur définition qui a une signification et des conséquences techniques spécifiques dans les obligations du délégataire de la DSP. Ces notions ont une grande importance car elles sont utilisées de façon plus ou moins adéquate dans les communiqués de presse des opérateurs ou dans les communications des hommes politiques. Les engagements du Délégataire, dans les 6 ans après le début des travaux, est de réaliser 827900 prises raccordables et 573000 prises raccordées. Il ne faut pas oublier que le réseau construit est un réseau « passif » (fibre noire) ce qui signifie qu’il ne peut pas fonctionner en tant que tel et qu’il doit être « allumé », par les fournisseurs d’accès ou de services. Ceux-ci effectueront les raccordements jusqu’aux abonnés en les raccordant aux réseaux dont ils loueront l’accès à des tarifs fixés et publiés, selon les principes d’ouverture et de neutralité. La notion d’abonné n’apparait pas dans la DSP car elle dépend des opérateurs d’accès ou de services.

Dans le temps, Sequalum a 2 grands jalons à respecter, c’est-à-dire 2 obligations en termes de dates. 3 ans après le début des travaux, Sequalum devra avoir livré 126900 prises raccordées et 423800 prises raccordables. Il devra aussi avoir connecté à la fibre un certain nombre de bâtiments publics (Collèges, Lycées,  HLM, Mairies etc..).  6 ans après le début des travaux, la totalité des obligations fixées par la DSP devra avoir été livrée.  On notera que la DSP n’est pas un contrat d’affermage, où les liens entre le délégataire et le délégant s’exercent de manière différente.

3-     Horizontal et vertical, l’architecture et la technique de déploiement du réseau.

Comment s’organise l’ensemble de l’architecture entre les NRO (Noeuds de Raccordement Optiques), les SRO1 (Sous Répartiteurs Optiques Niveau 1), les SRO 2 et les PM (points de mutualisation)? Entre le NRO et le PM, le déploiement est dit horizontal. Au delà du PM jusqu’à la prise chez le particulier (PTO), il s’agit de déploiement vertical. Emprise, poches et colonnes sont des termes à connaitre qui ont une signification précise.  Pour le dimensionnement du réseau, on apprend qu’il faut en moyenne 2 NRO par commune, sachant que chaque NRO ouvre sur 13 à 18000 prises raccordables.  Une même fibre va du NRO jusqu’à l’abonné pour les entreprises et chez les opérateurs qui choisissent de faire du point à point.

L’intervention de Sequalum va jusqu’au bout de la ligne, c’est-à-dire jusque chez le particulier, mais c’est l’opérateur commercial qui assure la relation avec l’utilisateur et règle les problèmes posés, en rapport avec Sequalum.  Sequalum est opérateur d’immeuble. Il a choisit de dissocier la construction du vertical et de l’horizontal. Il y a en principe 4 fibres dans le déploiement vertical en conformité avec la décision de l’ARCEP. Mais pour faire face aux réalités du terrain, ne va-t-on pas revenir à un modèle 2 fibres par colonne… ?

Les travaux dans chaque commune démarrent après la réalisation d’un APS (Avant Projet Sommaire). Il y aura donc 36 APS pour couvrir les 36 communes du 92 qui permettrons de définir la manière dont les NRO, SRO 1 et 2 et PM se positionnent et comment le délégataire va réutiliser ou non des infrastructures existantes (les fourreaux en place) ou utiliser du génie civil à venir ou en cours de réalisation pour enfouir de la fibre…(travaux de voirie, d’electricité, etc..)

4-     Le catalogue de service et quelques chiffres clé.

Le catalogue de service est l’ensemble des services et les tarifs qui seront proposés aux différents opérateurs sur l’ensemble du réseau dès qu’il sera opérationnel.