Archive for the ‘Recherche & Développement’ category

Faut-il passer par un incubateur pour créer son entreprise?

29 août 2010

Cet été, j’ai eu l’occasion d’assister à une très intéressante conférence sur la création d’entreprise appelée « The Founders Conference« . Elle s’est déroulée le 17 Aout sur le campus de Microsoft à Mountain View en Californie. Elle était organisée par Alain Raynaud, qui est mon partenaire du Founder Institute à Paris, l’un des incubateurs dont il est question dans les 2 vidéos qui suivent. Nous avons crée en février dernier la version parisienne de cet incubateur née en Californie il y a presque 2 ans maintenant.

Le panel regroupait 4 jeunes créateurs d’entreprises dont 3 expliquent leur expérience dans 3 incubateurs différents : Y Combinator, Tech Stars et le Founder Institute. Le quatrième, le plus jeune qui n’est pas passé par un incubateur et a levé de l’argent directement auprès de capital risqueurs, explique aussi son parcours.

Comment faciliter la création d’entreprises ?

Tout le monde reconnait que la création de nouvelles entreprises est un apport essentiel pour l’économie d’un pays, plus particulièrement lorsqu’il s’agit d’entreprises de technologie. Même aux Etats Unis où les liens entre l’université et les entreprises sont très étroits, l’école n’est pas le lieu idéal où l’on trouvera le support, les outils et l’argent pour créer son entreprise. Or aucun lieu n’existe vraiment pour permettre aux créateurs d’entreprises d’y trouver conseils et support indépendants et pour trouver l’argent dont ils ont besoin. Les banques ne comprennent rien au risque et les Capital Risqueurs sont en crise.

Le concept d’incubateurs où de pépinière existe depuis plusieurs années. Originellement, l’incubateur était une sorte d’hôtel pour des petites entreprises qui y trouvaient un certains nombre de moyens logistiques mutualisés, à la demande, leur évitant d’investir lourdement dans des infrastructures. Progressivement, ils ont évolué pour devenir des centres de services plus larges, et ils se sont impliqués plus directement dans le développement des entreprises qu’ils hébergent.

Le capital risque qui a contribué à financer des entreprises innovantes dans la technologie pendant de nombreuses années connait aujourd’hui une mutation profonde. Les grands succès de l’Informatique (Intel, Microsoft, Google, Amazon, E Bay,  etc…) ont contribué à créer des dizaines milliers de millionnaires en dollars dans le monde entier qui à leur tour décident d’invertir directement leur argent dans des entreprises innovantes plutôt que de passer par des fonds d’investissement. Internet a aussi facilité la création d’entreprises de plus petite taille, souvent virtuelles, utilisant moins de ressources et moins de fonds, et capables de devenir profitable rapidement. L’émergence des business angels est venue combler  un créneau laissé vide par les capital risqueurs dont ceux qui survivent s’orientent vers des projets plus lourds, sur des terrains qu’ils connaissent bien.

L’incubateur, un concept qui évolue rapidement

Le rôle des incubateurs est donc en train de  changer radicalement dans la mesure ils deviennent progressivement le noyau et l’animateur de réseaux de créateurs d’entreprises. Ils aident le créateur à asseoir son projet sur des bases solides, à le mettre en oeuvre, l’aident à lever de l’argent si nécessaire et l’aident ensuite dans les premiers déploiements des produits ou des services à travers leurs réseaux. A l’assistance apportée par les « mentors » et par les responsables de l’incubateur lui-même, s’ajoutent  l’entraide que peuvent s’apporter les jeunes chefs d’entreprises entre eux, renforçant la notion de réseau. L’ouverture à l’international est un atout supplémentaire.

Le débat est maintenant lancé de savoir ce que sont ces incubateurs et ce qu’ils qu’apportent réellement.

Le panel qui réunissait ces 4 créateurs d’entreprises est une première pièce qui apporte quelques détails sur le fonctionnement, les conditions d’entrée et les apports de certains des plus fameux d’entre eux aux Etats Unis.

Pour des raisons de stockage et de facilité de lecture, j’ai découpé le panel en 2 parties, mais l’ensemble n’a quasiment pas été édité pour éviter de gommer l’aspect spontané et direct du débat.

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Qui se souvient de Thomson Multimedia Labs ?

22 mai 2010

Vincent Dureau lors de la présentation de Google TV

Google vient d’annoncer GoogleTV avec un écosystème de partenaires dont Intel , Sony et Adobe.  Etant en France pour quelques semaines, je n’ai pas pu assister à cet évènement majeur  qui va faire grincer quelques dents dont celles de Steve Jobs et de quelques opérateurs… En regardant les présentations de Google I/O, j’ai revu avec plaisir Vincent Dureau, ingénieur Français, ancien de Thomson Multimédia….qui se souvient du TO7 au début des années 80… ? Il faisait partie d’un petit groupe d’ingénieurs géniaux que Thomson avait su recruter dans les années 80 pour tenter de faire la Micro Informatique Française dont André Truong avait été un des premiers pionniers, mais rapidement obligé de vendre son âme à Bull.

Vincent, avec toute l’équipe, s’était installé aux Etats-Unis au milieu des années 80, mais la machine politico-administrative de Thomson n’a pas su leur donner les objectifs amitieux de leurs possibilités.  La Micro Informatique Française alors naissante n’a jamais eu les moyens de s’épanouir et de grandir… (il y a de quoi écrire un livre là-dessus…). Vincent à travaillé toute sa vie sur la Télévision. Il a été l’un des piliers de OpenTV qui devait développer la télévision interactive… et a rejoint Google en 2006 ou il a conduit le projet GoogleTV. La plupart des membres de l’équipe de Thomson Multimédia Labs  sont restés aux Etats-Unis et plusieurs d’entre eux se sont retrouvés dans des aventures passionnantes où ils ont pu mettre en œuvre leurs visions et leurs talents.

Je mentionnerai Patrice Peyret qui  après être parti aux Etats-Unis dans l’équipe Thomson Mutimadia Labs de Los Angeles, s’est retrouvé à la tête de la R&D chez Gemplus où il a dessiné l’une des premières smart card autour d’un processeur RISC, puis a crée une petite société, Integrity Arts qui a développé les prémisses de ce qui est devenu JavaCard, aussitôt racheté par Sun en 1996. Ensuite, il a fondé MobileWay (devenue Mobile 365) une société qui a développé très tôt une solution de commerce mobile et qui a été rachetée par Sybase quelques années plus tard. Enfin, avant d’ouvrir une boutique de Capital Risque en Silicon Valley, il a crée Plastyc, une société de paiement sur le Web autour d’un carte Visa prépayée pour les teenagers…

Un autre membre de cette équipe s’appelle Vincent le Chevalier que j’ai raté au CES de Las Vegas au début 2010 puis revu à Palo Alto peu de temps après où il dirige les développements du projet de eBook Skiff, au sein du groupe de presse Hearst. Après son passage au Thomson Multimédia Labs de Los Angeles, il avait co-fondé la société IDP (Interactive Delta Production) dont il dirigeait l’équipe américaine. IDP était racheté ensuite par Patrick Laffitte, un des fondateurs de MemSoft (une autre perle Française qui s’est réduite dans le vinaigre, mais existe encore aujourd’hui)…  IDP était introduite en bourse et se lançait dans la Télévision Interactive a la fin des années 90,  puis après de multiples aventures se rapprochait de Canal+ Technologies qui devait nous faire la Télévision de demain mais a été finalement revendue à la société Anglaise NDS. Vincent Le Chevalier est  spécialiste de vidéo et  de Télévision.

On en reparlera probablement de ces trois là. .

Qui tire les ficelles…?

20 août 2009

hook-photo.marionetteLe groupe américain Free Press vient de lancer un nouveau site appelé Astroturf dont le but est de mettre en évidence les liens entre les multiples organismes US dits « d’information » autour du secteur des télécoms – média et les grands opérateurs du secteur qui les financent pour faire passer leurs messages dans l’opinion publique et appuyer leur programmes auprès de Washington. En effet, les grands opérateurs et cablo-opérateurs ont embauché plus de 500 lobbystes qui, jour après jours, élaborent des rapports et diffusent des informations auprès des journalistes, des bloggeurs, des députés, sénateurs et élus locaux sous le couvert d’un grand nombre d’organismes et groupes prétendus nés de la base ou soi-disant indépendants dont ils financent le fonctionnement de façon généralement cachée.

Un site pour mettre à jour les financements occultes

Timothy Carr de Free Press explique : « Les faux organismes soit disant nés de la base dépensent d’importantes ressources pour désinformer le public et promouvoir les plans des sociétés qui paient leurs factures. Nous avons besoin de transparence, d’honnêteté et de responsabilité…. Les opérateurs de cable et de telephone doivent arrêter de biaiser les faits et de se cacher derrière ces groupes astroturf … » Le site fait appel à ses lecteurs pour poster des informations sur ces groupes. Il cite quelques uns d’entre eux tel FreedomWorks, Americans for Prosperity, NetCompetition et the Heartland Institute, tous financés en sous-main par des opérateurs.
Parmi les informations fournies par FreePress sur son site, on trouve un « money trail » qui recense l’argent dépensé par les opérateurs dans des actions auprès des lobbyistes pour faire passer leurs idées à Washington.

De la fibre pour 87500 foyers américains…

Ainsi, Comcast aurait dépensé $45 million en aides diverses auprès des lobbyistes, un montant qui aurait permis de fournir du haut débit à 150000 foyers. Verizon aurait dépensé plus de $70 millions de dollars, montant qui aurait pu être dépensé à déployer la technologie FIOS permettant à 87500 nouveaux foyers américains de recevoir le très haut débit par la fibre. AT&T, dont le chiffre d’affaire annuel dépasse les 100 milliards de dollars, a dépensé plus de $73 millions, ce qui aurait pu apporter 730000 iPhones à des étudiants. Les $24 millions de dollars dépensés par Time Warner auprès des lobbyistes aurait pu être utilisés à aider 100000 foyers à bas revenus pour accéder au haut débit….Répertoriées par « the office of public records » du Senat Américain, les fonds officiellement dépensés auprès des lobbyistes durant le 1er semestre de cette année sont de $12 millions par AT&T auprès de 92 lobbyistes, de $9 millions par Comcast pour 100 lobbyistes, $13.4 millions par Verizon pour 194 lobbyistes, $560.000 pour 28 lobbyistes par la US Telecom Association, $9.6 millions par la NCTA pour 102 lobbyistes et $2.4 millions par Time Warner pour ses 34 lobbyistes.

La consolidation facilite le contrôle d’Internet

Free Press est un groupe crée en 2002 par Robert McChesney, John Nichols et Josh Silver. Il regroupe aujourd’hui un demi-million de membres actifs qui financent l’association et une trentaine de personnes à plein temps. Son but est, à travers des actions de communication et de formations, de promouvoir une réforme du secteur des télécom et des média vers une plus grande transparence, une plus grande diversification et indépendance. Elle veut éviter la consolidation de cette industrie dont le résultat sera une prise de contrôle d’Internet avant que le public ne puisse dire quoique ce soit. Dans sa profession de foi, on peut lire : « Notre système de media n’a pas été crée par “la main invisible” du marché libre et ouvert. Il est le résultat de politiques mises en place par le congrès et la FCC (Federal Communications Commission) à Washington. La « dérégulation » n’existe pas. Nous aurons toujours des règles (essayez simplement de créer votre propre station de radio sans licence et regarder combien de temps la FCC met à réagir…). Est-ce que les lois et les règles bénéficient au public ou bien bénéficient-elles simplement aux grandes sociétés qui ont les moyens de se payer des lobbyistes à des prix exorbitants… »
En France, chacun sait que les lobbyistes n’existent pas, que la transparence est parfaite et qu’il y a tellement d’acteurs sur le marché que la concurrence s’exerce dans un climat de discussion claire et ouverte… Nos élus peuvent serainement légiférer pour les intérêts de leurs électeurs, Christine Albanel  et Frederic Mitterand le confirmeront !! Et puis nos opérateurs ont de tels problèmes financiers durant cette crise qu’ils préfèrent se centrer sur des investissements réduisant la fracture numérique.!!

Apple veut-il reinventer le PC ?

29 juillet 2009

Ipod TouchAprès l’iPod qui a rapidement pris le leadership sur un marché du MP3 jugé mature, et l’iPhone qui en deux ans à eu un sérieux impact sur le marché de la téléphonie mobile, Apple préparerait un nouveau « coup », destiné cette fois au marché encore mal défini des netbooks, tablettes PC, ultraportable… nés de la convergence fixe-mobile, voix-données,  et des loisirs numériques. Le site AppleInsider n’hésite pas à dire qu’Apple prépare quelque chose d’aussi important que ce que fut le Newton au début des années 90, le succès en plus.

Une nouvelle forme de netbook

L’information parue la semaine dernière dans le site Apple Insider était immédiatement reprise par la presse grand public : « Apple prépare un nouvel iPod Touch plus grand et plus puissant avec un micro, appareil photo, etc…. » En fait l’information n’est pas vraiment nouvelle puisque AppleInsider parle régulièrement de ce projet depuis 2007. En fin d’année dernière, quelques jours après Noel, le site américain Tech Crunch mentionnait cette rumeur, précisant que des prototypes dotés d’un écran 9 pouces (rappelez vous l’écran du premier Macintoch… !) circulaient chez des constructeurs asiatiques et que l’annonce pouvait être raisonnablement attendue vers l’automne 2009. Pour anticiper et apprécier l’annonce de ce nouveau matériel, (généralement accompagné d’un service) essayons de mieux comprendre le fonctionnement de Steve Jobs dans ses deux précédentes annonces. J’ajoute aussi quelques enseignements recueillis au cours de plusieurs interviews réalisées auprès de gens qui ont travaillé directement avec lui, assez récemment sur la préparation de l’iPhone et dans des temps beaucoup plus anciens lorsqu’il préparait le Macintosh.

Une préparation minutieuse et sans compromis

C’est lui et seulement lui qui donne le feu vert pour le lancement du produit, lorsqu’il juge que la compagnie et le produit sont prêts. L’iPhone, par exemple, fut mis en gestation dès 2001 un fois qu’il a été convaincu qu’Apple devait se lancer dans la téléphonie. Mais il ne s’en est occupé sérieusement qu’à partir de 2005, lorsque l’iPod était sur les rails. A ce moment là, le produit est devenu le sien. Le concept du produit a alors été longuement travaillé, appuyé sur ses propres visions et croyances personnelles (le téléphone sans clavier par exemple pour l’iPhone, un design innovant, des fonctionnalités nouvelles) qui conditionnent fortement le produit et pour lesquelles il n’admet aucune divergence, aucun compromis. On sait qu’il est très « religieux » sur tout ce qui touche à l’interface utilisateur, sur la manière dont l’utilisateur accède au contenu multimédia (musique, vidéo, voix), sur l’importance de faire des produits de grande consommation, etc….

Apple continue d’évoluer dans un monde qui lui est propre

Là viennent s’ajouter des innovations commerciales, de service ou marketing fortement liées à l’image d’Apple et à sa stratégie à moyen terme (si vraiment il y en a une). Apple est aujourd’hui une société de produits grand public de haut de gamme. Ces innovations sont d’autant plus intransigeantes et radicales qu’Apple est redevenue une société qui réussi, mais continue d’évoluer dans un monde assez fermé qui lui est propre, isolement qui lui a couté très cher il y a quinze ans. Cependant cet isolement relatif lui permet de se positionner de façon innovante. La culture du secret contribue (de façon très économique pour Apple) à entretenir les spéculations et l’intérêt du grand public jusqu’à l’annonce. Steve Jobs n’hésite pas non plus à micro-manager le projet parce que la survie de l’entreprise en dépend…C’est un signe de l’importance et de la portée du projet. Rien d’autre ne compte pour lui et il décide des moindres détails.

Une mécanique bien rôdée

Une fois son accord obtenu le premier produit /service est rapidement annoncé. Mais l’histoire ne s’arrête pas ici et comme on l’a vu avec l’iPod et l’iPhone, le produit et les services associés sont déclinés, améliorés, enrichis selon un agenda bien calculé et bien organisé. Les responsables d’Apple ont montré qu’ils étaient capables d’organiser cette mécanique avec assez peu de failles. L’ambition de Steve Jobs est de faire des produits de grande consommation qui changent la manière dont les gens accèdent aux contenus et se divertissent. Avec l’iPhone, il était confronté pour la première fois à la téléphonie et à la communication, il abordera bientôt la convergence. Je ferai le point là dessus demain.

Intel reorganise sa recherche

19 juin 2009

Intel image research day Depuis 7 ans, tous les ans, le Research@Intel Day est l’occasion pour le numéro un des micro-processeurs de dévoiler certaines recherches et projets développés dans ses laboratoires de recherche. Cette année, installé dans les locaux du Computer History Museum de Mountain View pour une trop courte demi-journée, Intel dévoilait une quarantaine de projets issus de 10 de ses laboratoires, dont plusieurs en Europe. (Intel a une quinzaine de d’unités de recherche en Europe, mais aucune en France). Il mentionnait aussi l’ouverture récente du Intel Visual Computing Institute en partenariat avec l’Université de Saarland en Allemagne. Ce nouveau laboratoire, doté de $12 millions a pour mission d’accélérer l’innovation dans le gaphique réaliste et dans les nouvelle experience d’immersion 3D connectées (3D Internet).

Cinq grands pôles de R&D

Justin Rattner, Senior Intel Fellow et patron du Corporate Technology Group qui regroupe un bon millier de chercheurs dans le monde,  annonçait à l’ouverture de cette journée un changement de nom pour cette structure qui s’appelle désomais Intel Labs. Il indiquait aussi une restructuration des activités autour de 5 grands pôles, « microprocessing/programming », « circuits and systems » déjà existants auxquels sont ajoutés  « integrated platforms », « future technologies » et le « Intel China Labs » qui devient une unité en soi. Toujours centrés autour de la R&D sur les micro processeurs, coeur de métier de la compagnie, les Intel Labs vont renforcer leurs activités sur la mobilité, les outils Internet et enfin sur le Green IT regroupant économies d’énérgies et développement durable. Justin Rattner recentrait enfin légèrement le mission statement de la R&D qui devient «  Pour alimenter la croissance d’Intel, nous délivrons des ruptures technologiques qui apportent les bénéfices de la révolution numérique en cours à tout le monde. » On remarquera une volonté de  rapprocher les projets de recherche de  l’utilisateur final. Cette  impression sera confirmée aux vues de la visite des projets dont beaucoup se rapprochaient de produits fins faisant entrer des technologies colaboratives, à la maison, au bureau ou en mobilité.