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e-Learning 2.0…? Quelle voie entre l’artisanat et l’industrie ?

21 novembre 2010

La conférence e-Learning, organisée par Infopromotions, s’est tenue pendant 2 jours à Paris la semaine dernière. Très ciblée, intense par la qualité des intervenants et des participants et enrichissante par l’étendue des thèmes abordés, elle réunissait une centaine de personnes, tous professionnels de la formation et pour bon nombre d’entre eux pionniers du e-Learning.

Souvent confondu avec la formation à distance, auquel bien sûr il participe, le e-Learning est un secteur qui regorge d’opportunités, même si aujourd’hui il représente un volume d’affaire relativement modeste en France. Le e-Learning est beaucoup plus développé dans les pays anglo-saxons. En Angleterre par exemple, le chiffre d’affaire du e-Learning est déjà 3 fois supérieur à celui de la France…. Ne parlons pas des Etats Unis qui pourtant ne bénéficient pas d’un système règlementaire aussi incitatif qu’en France. En effet, le 1% patronal est estimé en France représenter plus de 8 milliards d’Euros par an et lors d’un article précédent, Michel Diaz, l’animateur de la conférence, nous indiquait que le e-Learning, avec moins de 150 millions d’Euros de Chiffre d’affaire en 2010 ne représente qu’un peu moins de 2% de ce montant…

Directeur associé de Féfaur, une société d’analyse et de conseil dédiée au e-Learning, Michel Diaz est un pionnier de l’utilisation de l’ordinateur dans la formation professionnelle. Il nous explique les grandes tendances du marché et met en évidence quelques  grands éléments de la dynamique de son évolution.

Un marché émergent adressé par une offre plutôt artisanale

L’analyse réalisée par Féfaur montre que le marché Français du e-Learning est encore petit, assez peu structuré et présente les caractéristiques d’un marché émergeant dans la mesure où une assez forte demande se fait sentir et que l’offre est assez récente puisque seulement 37% des sociétés qui opèrent sur ce marché ont été crées avant 1999. « Le marché attire beaucoup de nouveaux acteurs, d’où une situation parfois compliquée pour les acteurs historiques » indique Michel Diaz. La Cegos qui était invitée à parler dans la conférence aux côtés de son client la RATP était gentiment malmenée par l’un des participants comme un dinosaure du présentiel.

La grande majorité des sociétés présentes sur ce marché du e-Learning sont des petites sociétés non côtées de moins de 50 personnes, plutôt familiales, dirigées par leur principal actionnaire, dont le chiffre d’affaire moyen est de 3 à 4 millions d’euros environ. Elles agissent principalement sur le marché des grandes entreprises et souvent localement alors que la plus forte demande, spécialement en e-Learning, émane des PME. Elles sont centrées principalement en l’Ile de France, quelques unes en Rhône Alpes et en Bretagne.

Des ambitions mais peu d’investisseurs…

Les investisseurs ne s’intéressent guère à ce secteur encore très artisanal, essentiellement Franco-Français dont le principal rayon d’action reste la francophonie proche. Deux grands groupes, la Cegos et Demos essaient tant bien que mal de capter la croissance de la demande (+ 30 à 40% par an dans les prochaines années), mais comme la grande majorité des acteurs, se concentrent sur le secteur des grandes entreprises, le marché traditionnel, et restent assez mal armés pour adresser la demande des PME (inférieur à 5000 salariés) « qui tire véritablement le marché» explique Michel Diaz.

« Le rêve des entreprises de e-Learning est d’adresser le marché de l’entreprise et les millions d’utilisateurs individuels. Mais les Français ne sont pas encore habitués à investir dans leur formation. C’est un marché en France qui est soutenu par les entreprises. » Nous reviendrons sur le rôle du 1% patronal et sur le semi échec du DIF, assez peu utilisé. Le fait que la R&D dans les entreprises de e-Learning reste assez faible renforce le caractère artisanal de l’offre, d’autant que très souvent, la R&D est faite par les clients du e-Learning qui développent une grande partie des contenus originaux eux-mêmes, comme le soulignaient Victor N’Guyen de Novartis et son collègue Jean-Pierre Praud de Sanofi Aventis au cours de leurs présentations.

Une segmentation très large

Pour Michel Diaz et pour les participants de cette conférence, le e-Learning regroupe 6 grandes activités : Les contenus sur mesure occupent 44% de l’activité des sociétés du secteur ; les contenus sur étagère pour 26% ; les plate-formes LMS (learning management systems) et les services associés pour 21% ; les outils auteurs et services associés pour 4% ; les classes virtuelles pour 2% et les serious games pour 3%. Les serious games ont connu une forte activité médiatiques au cours des derniers mois, mais Michel Diaz n’y voit guère de débouché, compte tenu du petit nombre de sociétés sur ce segment et les prix assez élevés qu’elles pratiquent.  Il note que la part des contenus sur mesure baisse rapidement, perdant 10% en quelques années, au profit des contenus sur étagères qui intéressent plus particulièrement les PME, ce phénomène étant accentué par la crise qui pousse les entreprises à gérer leurs coûts de façon plus serrée.

Enfin, il  note que les sociétés qui opèrent sur le e-Learning sont assez peu spécialisées avec près de 80% d’entre elles couvrant au moins 2 activités ou plus. « Certains opérateurs ont choisi d’être à la fois fournisseurs de contenus et de technologies… précise Michel Diaz. D’autres pensent qu’un split devrait intervenir dans les prochaines années, chacun se spécialisant dans son cœur de métier… » . A noter que France Télécom,  l’opérateur historique examine ce secteur avec intérêt.

Des LMS usines a gaz…

Les présentations qui ont eu lieu au cours de ces 2 journées ont mis en évidence quelques points significatifs du fonctionnement du marché en France. Victor N’Guyen de Novartis a présenté une remarquable mise en œuvre de e-Learning dans la filiale Française pour la formation à distance et à la demande de quelques 800 visiteurs médicaux, dans l’univers très règlementé des formations médicales.  Il constatait pourtant un manque d’intérêt des autres directions et la faible implication de son service informatique qui voit arriver d’un mauvais oeil de nouvelles perturbations possibles sur ses serveurs. Il a mis en œuvre une plateforme LMS qui répond assez bien à ses besoins, mais est différente de celle choisie par le groupe au niveau mondial, qui fonctionne comme un super CMS (Content Management System) mais répond très pauvrement aux besoins de suivis et de statistiques. Ce sujet du choix de la plateforme de management du e-learning semble crucial et sera évoqué tout au long des deux jours.

Le e-learning rencontre des obstacles au sein même des entreprises

Chez Sanofi Aventis, Jean Pierre Praud pratique le e-Learning depuis près de 10 ans. Il  a mis en place une grille détaillée de réalisation de contenus et a défini les grandes fonctions nécessaires d’une « bonne » plateforme LMS. « La problématique du choix d’une plateforme est complexe, dit-il, et on tombe facilement sur des usines à gaz qui sont aussi peu faciles à mettre en œuvre que les ERP dans une entreprises…» Ca devient un projet informatique à part entière, avec toutes ses dérives possibles, souvent au détriment des objectifs fixés.

A la RATP, Nathalie Le-Jeune expliquait ainsi très clairement les contraintes de la mise en œuvre du e-Learning dans cette institution de 50000 salariés.  Portée par une très petite équipe avec très peu de moyens, elle a du lutter contre différentes forces internes habituées au présentiel faisant obstacle au e-Learning. « Le rôle du e-Learning dit elle, est encore considéré comme du folklore et n’est pas relayé par les managers de proximités qui ne le promeuvent pas. » Partie sur une plate-forme LMS Open Source par manque de moyen, elle constate des lacunes mais réussit à mettre 4 modules de e-Learning en exploitation dont les évaluations à l’usage sont positives. La RATP met  alors en place un projet de mise en place d’une plateforme LMS au niveau de l’entreprise, mais ce projet global échappe un peu au service formation qui n’a pas les compétences techniques pour effectuer les choix informatiques qui risquent de devenir prédominants dans une choix intégré de ce type.

e-Learning sur le point de vente

La mise en œuvre du e-Learning chez Truffaut, dans ses 55 centres de jardinerie intégrée met en évidence le problème du terminal servant à la formation pour les 2600 salariés répartis sur toute la France. Truffaut forme de nombreux travailleurs à plein temps mais son activité fortement saisonnière le conduit à former aussi des saisonniers durant leur activité de vente. Les salariés n’ont pas de poste de travail attitré. Christelle Demay responsable formation et Matthias Rapp, chef de projet formation à la DSI de Truffaut ont travaillé en étroite collaboration sur le projet. Après une première tentative non aboutie en 2002 dans le cadre du déploiement du logiciel ERP de SAP dans la société, le point critique montre que la disponibilité des PC est le facteur le plus important pour l’utilisation du e-Learning.

La DSI et le service formation décident donc de créer des postes de travail dédiés et fermés appelés Formabox,  dont 2 sont mises à disposition par centre. L’opération est un succès avec plus de 700 connexions anonymes en 3 mois sur 35 modules de formation dont 11 ont été crées à l’extérieur. Le journal de l’entreprise est aussi diffusé à côté d’informations diverses aux salariés qui mixent e-Learning le présentiel. Le coût prohibitif des Formabox ( €1000 pièce pour un simple PC fermé) laisse penser que des solution beaucoup moins chères devraient être trouvées avec une approche plus industrielle et l’hébergement interne de la plateforme LMS.

Des modèles de facturation archaïques

Jean Pierre Praud rappelait aussi le manque d’intégrateurs spécialisés dans le secteur de la formation, capable de mettre en place des plateformes LMS, soit à partir d’un logiciel unique ou encore par assemblage de modules et composants développés au sein de l’entreprise ou à l’extérieur. D’autre part, les modèles de facturation de ces plateformes LMS restent archaïque même s’ils se qualifient de SaaS, (software as a service) terme à la mode aujourd’hui.En effet, la plupart des LMS sont facturés à la licence au nombre de « sièges » (à l’utilisateur) avec une facture supplémentaire d’hébergement.  La tentation est aussi forte pour ces LMS de devenir fournisseurs de contenus de formation qui sont vendus à des tarifs souvent assez élevés.

La culture du Web semble s’être arrêtée aux portes du e-Learning. En effet, peu de ces systèmes LMS sont accessibles par un simple browser. Ils demandent en général de télécharger un logiciel dont l’utilisation rebute plus d’un. Y aura-t-il un e-learning 2.0 pour booster ce secteur?  A noter que Fefaur a réalisé une étude détaillée des LMS disponibles sur le marché aujourd’hui.

Qui se souvient de Thomson Multimedia Labs ?

22 mai 2010

Vincent Dureau lors de la présentation de Google TV

Google vient d’annoncer GoogleTV avec un écosystème de partenaires dont Intel , Sony et Adobe.  Etant en France pour quelques semaines, je n’ai pas pu assister à cet évènement majeur  qui va faire grincer quelques dents dont celles de Steve Jobs et de quelques opérateurs… En regardant les présentations de Google I/O, j’ai revu avec plaisir Vincent Dureau, ingénieur Français, ancien de Thomson Multimédia….qui se souvient du TO7 au début des années 80… ? Il faisait partie d’un petit groupe d’ingénieurs géniaux que Thomson avait su recruter dans les années 80 pour tenter de faire la Micro Informatique Française dont André Truong avait été un des premiers pionniers, mais rapidement obligé de vendre son âme à Bull.

Vincent, avec toute l’équipe, s’était installé aux Etats-Unis au milieu des années 80, mais la machine politico-administrative de Thomson n’a pas su leur donner les objectifs amitieux de leurs possibilités.  La Micro Informatique Française alors naissante n’a jamais eu les moyens de s’épanouir et de grandir… (il y a de quoi écrire un livre là-dessus…). Vincent à travaillé toute sa vie sur la Télévision. Il a été l’un des piliers de OpenTV qui devait développer la télévision interactive… et a rejoint Google en 2006 ou il a conduit le projet GoogleTV. La plupart des membres de l’équipe de Thomson Multimédia Labs  sont restés aux Etats-Unis et plusieurs d’entre eux se sont retrouvés dans des aventures passionnantes où ils ont pu mettre en œuvre leurs visions et leurs talents.

Je mentionnerai Patrice Peyret qui  après être parti aux Etats-Unis dans l’équipe Thomson Mutimadia Labs de Los Angeles, s’est retrouvé à la tête de la R&D chez Gemplus où il a dessiné l’une des premières smart card autour d’un processeur RISC, puis a crée une petite société, Integrity Arts qui a développé les prémisses de ce qui est devenu JavaCard, aussitôt racheté par Sun en 1996. Ensuite, il a fondé MobileWay (devenue Mobile 365) une société qui a développé très tôt une solution de commerce mobile et qui a été rachetée par Sybase quelques années plus tard. Enfin, avant d’ouvrir une boutique de Capital Risque en Silicon Valley, il a crée Plastyc, une société de paiement sur le Web autour d’un carte Visa prépayée pour les teenagers…

Un autre membre de cette équipe s’appelle Vincent le Chevalier que j’ai raté au CES de Las Vegas au début 2010 puis revu à Palo Alto peu de temps après où il dirige les développements du projet de eBook Skiff, au sein du groupe de presse Hearst. Après son passage au Thomson Multimédia Labs de Los Angeles, il avait co-fondé la société IDP (Interactive Delta Production) dont il dirigeait l’équipe américaine. IDP était racheté ensuite par Patrick Laffitte, un des fondateurs de MemSoft (une autre perle Française qui s’est réduite dans le vinaigre, mais existe encore aujourd’hui)…  IDP était introduite en bourse et se lançait dans la Télévision Interactive a la fin des années 90,  puis après de multiples aventures se rapprochait de Canal+ Technologies qui devait nous faire la Télévision de demain mais a été finalement revendue à la société Anglaise NDS. Vincent Le Chevalier est  spécialiste de vidéo et  de Télévision.

On en reparlera probablement de ces trois là. .

L’iPad, pavé dans la mare des éditeurs…ou bouée de sauvetage ?

2 février 2010

Les éditeurs de livres  vont-ils se tirer une balle dans le pied comme l’ont déjà fait les éditeurs de musique il y a quelques années en essayant de renforcer les mesures de contrôle de vente de la musique en ligne afin de garder leur monopole de la distribution et augmenter leurs marges ?  En effet, suite à un différent qui existait depuis un certain temps entre Amazon et quelques éditeurs de livres dont Macmillan, la boutique en ligne a décidé de retirer de son catalogue tous les ebooks de cet éditeurs. N’oublions pas que Amazon vend aussi 15% des livres papiers vendus aux Etats-Unis.

Les éditeurs ont parfaitement utilisé la situation de concurrence crée par Apple

Après pas mal de réactions dans la presse et un week end de réflexion, Amazon a décidé de se plier à la volonté des éditeurs et a remis en vente les livres de Macmillan, au prix que ce dernier souhaitait, avec un nouveau contrat.  Les éditeurs ont ainsi parfaitement utilisé la situation de concurrence crée par Apple avec son iPad.

En effet, alors que Amazon proposait un contrat 50/50 aux éditeurs pour assurer la distribution des ebooks via son Kindle, Apple a négocié un accord à 30/70, 30 pour Apple et 70 pour les éditeurs.  On remarquera que ça n’est pas suite à un savant calcul économique sur le prix des livres que Amazon a décidé de remonter les tarifs des e-books et de changer ses contrats avec les éditeurs, mais c’est pour continuer de vendre des lecteurs Kindle, face à l’iPad qui arrive. Les mécanismes du marché de la distribution des livres sont donc en train d’échapper aux éditeurs, même s’ils ont pu imposer leur loi, pour le moment.

Amazon vendait les e-books à des tarifs qui ne convenaient pas aux Editeurs, soit à peu près 9 dollars, alors que Apple, en fin stratège, a accepté un prix de 12 à 15 dollars, c’est-à-dire supérieur au prix d’un livre papier au format poche vendu de façon traditionnelle par les réseaux de distribution, et à peine moins cher qu’un livre broché à couverture cartonnée, considérée comme la vache à lait des éditeurs. Aujourd’hui donc, les éditeurs semblent avoir réussi à imposer à Apple et à Amazon des conditions identiques, c’est-à-dire un contrat 30/50 et des prix de livres autour de 15 dollars. Le marché du marché du ebook est donc à priori sous contrôle… Grande victoire ? Ou victoire à la Pyrrhus ?

Le papier, c’est la culture… !?

Bon nombres de questions, et leurs réponses, se trouvent dans le modèle de l’édition et la distribution des livres et des magazines papier…et dans la manière dont fonctionne le marché.  Ne connaissant pas le secteur de l’édition de livre sur le bout des doigts, je m’arrêterai à celui de la presse, que je connais un peu mieux. Je crois savoir que les mécanismes économiques de base sont sensiblement les mêmes, quelques caractéristiques spécifiques  apparaissant à travers divers mécanismes de fonctionnement du marché.

Commençons par une anecdote personnelle. Lorsque je suis devenu journaliste dans le premier groupe de presse informatique Français de l’époque, il y a quelques temps déjà, le micro-ordinateur était encore considéré comme un outil qui ne servait à rien, juste bon à amuser les geeks…

Le rédacteur en chef de l’époque, brillant ingénieur, fin homme de plume et doté d’un humour assez caustique,  voyait tous les jeunes embauchés (à l’époque, la presse embauchait ferme…). Il nous expliquait : « la principale activité du journaliste est de remplir des pages », ce qui nous remplissait de fierté, mais nous déchantions rapidement lorsqu’il nous demandait ce qui à notre avis intéressait le lecteur.

Beaucoup de mes collègues répondaient avec juste raison qu’il s’intéressait à la qualité de nos articles, des scoops, des enquêtes, du style, etc, etc… Il répliquait, non sans sourire : « En fait, ils sont intéressés par les petites annonces d’emploi et par la bande dessiné, vos articles viennent après. »  La bande dessinée était célèbre et a fait rigoler des générations d’informaticiens. Il ajoutait que Le journal vivait et faisait vivre quasiment l’ensemble du groupe grâce aux petites annonces d’emploi qui occupaient, à la période du Sicob, la moitié d’un journal atteignant les 100 pages. Donc plus il y avait de pages de petites annonces, plus on avait le droit de remplir des pages « de rédaction » parce que le chiffre d’affaire avait été très "gras".

Il terminait : « Le modèle du journal, c’est de vendre du papier, c’est le papier qui rapporte. » Vendre du  papier, et accessoirement de l’information, était à la base du modèle de ce journal comme beaucoup d’autres. Inutile de vous dire l’impact d’internet sur le modèle économique et rédactionel du journal qui a du remplacer les petites annonces (envolées sur Internet que les nouveaux propriétaires du groupe avaient sous-estimé pour ne pas investir) par la publicité, déjà fortement attirée par la TV et qui plus tard est partie chez Google… !

Voila une des raisons de l’agonie de la presse depuis une quinzaine d’années. « Mais c’est bien sûr,  c’est Internet le grand satan qui tue les journaux, qui tue les livres, qui tue la musique, qui tue la télévision, qui tue le cinéma… et allons y…  qui tue l’information et la culture.. »  Beaucoup des détracteurs d’Internet, sans le dire, laissent insidieusement  penser que le papier est à la base de la culture et que si le papier disparait (et avec lui le modèle de l’édition et de la distribution qui l’accompagne), la culture disparait aussi!

Internet, les grands et les petits… une bataille de monopoles

Aujourd’hui, tout le monde râle après Google, en position de monopole sur le marché de la publicité qui jusqu’à présent régentait le papier et la télévision. Mais Google est face à d’autres monopoles de la culture qui ne disent pas leur nom. Et tous ces monopoles, plutôt que de développer la culture ouverte, de la prendre dans le grand public, de développer une information indépendante, se sont développés sur le dos du grand public en se concentrant, en contrôlant les réseaux de distribution de la culture, en promouvant une culture de masse imposée par le haut, chère, canalisée et bien organisée pour le maintient en place de ce statu quo basé sur un vieux modèle élitiste qui aujourd’hui s’effrite inexorablement.

Les monpôles du papier s’agitent

Au Etats-Unis, on parle des 6 gros éditeurs de livre (dont Macmillan), qui contrôlent le marché. L’essentiel du chiffre d’affaire Français de l’édition est réalisé par moins de 10 éditeurs (Hachette, Editis, France Loisir, Atlas, Gallimard, La Martinière-Le Seuil, Média Participations, Albin Michel, Lefebvre Sarrut) qui font plus des ¾ du chiffre d’affaire de l’édition en France. Ils ont construit leur monopole (leur oligopole) sur le papier et contrôlent la distribution.  Ce marché semble ne pas avoir vraiment subit les effets de la crise puisqu’il continue de croître, selon les analystes.

La réalité du conflit qui agitait le petit monde de l’édition depuis un moment portait sur le prix de vente de $9,99 imposé par Amazon et contesté par les éditeurs américains et Français, unis une fois n’est pas coutume,  dans un même combat. Arnaud Noury, le PDG de Hachette le confirme dans une interview accordée à Challenges : « L’éditeur peut aussi garder le fichier numérique et permettre le téléchargement à chaque transaction. C’est ce que nous faisons avec la Fnac par exemple: le client en ligne est redirigé vers notre plateforme quand il achète un ouvrage. De cette façon, nous conservons le contrôle des œuvres. Aux Etats-Unis, nous assistons à une guerre des prix qui dévalorise le livre. Certains bradent des nouveautés au format numérique à 9,99 dollars! Wall Mart a réagi en proposant à son tour des livres au format papier à 8,99 dollars. Ce n’est pas tenable. »

Le numérique doit-il être moins cher ?

Quant à Virginie Clayssens, qui travaille sur les modèles du livre numérique pour Editis, elle précise : « Le numérique doit-il être moins cher ? Ce n’est pas parce qu’il n’y a pas d’entrepôts et de camion, qu’il ne faille pas stocker, acheminer. Ce n’est pas le même prix, bien sûr, mais s’il y a un grand nombre de ventes. La perception de l’utilisateur est de dire que ça ne peut pas être aussi cher. La perception de l’éditeur est de voir le risque que demain on ne puisse plus rémunérer les auteurs, voir ne plus faire de livres…» Elle oublie de mentionner qu’il n’y a plus de papier non plus, ni d’imprimerie et pratiquement plus de marketing. Je voudrais bien savoir ce qu’en pensent les auteurs qui voient leurs livres publiés à quelques milliers d’exemplaires puis disparaitre à tout jamais dans les « Editions épuisées ».

Noury conclue : « C’est tout l’écosystème du livre qui serait bouleversé et les auteurs seront les premiers à souffrir. Il faut restaurer un partenariat entre les éditeurs et les libraires. » Virginie Clayssens, dans son blogue précise que la loi Lang protège les prix du livre alors que le prix des livres est libre aux Etats-Unis. C’est donc pour cette raison que les prix des livres sont plus élevés en France qu’aux Etats-Unis.  La loi, elle protège qui… au fait ?

Un oligopole de l’édition est aussi aisé pour les gouvernements démocratiques d’exercer un contrôle discret, mais très efficace sur ce qui est mis sur le marché, au nom de l’ordre public ou d’autres raisons particulières… Avec le numérique, Internet et les lecteurs de ebook,  l’édition et la distribution d’un livre est à la porté d’un individu muni d’un ordinateur de  500 euros. Il  peut écrire un livre, un roman, un pamphlet,  le mettre en page et mettre son œuvre dans une librairie numérique en ligne (celle d’Amazon, la iBookStore d’Apple ou pourquoi pas chez Google…). Le rôle des éditeurs est donc sérieusement remis en question. Enfin il ne faut pas oublier que Apple est surtout occupé par Amazon, Google  et quelques autres pour s’imposer sur un marché de terminaux que certains ont déjà estimé fort juteux. Il n’est pas prêt à se battre pour le livre et les éditeurs. Il vient de montrer qu’il savait les utiliser.

L’iPad d’Apple… Un PC du troisième type ?… ou un Ipod Touch sous stéroïdes ?

27 janvier 2010

Steve Jobs présentant l'iPad à San Francisco

Steve Jobs vient de lancer son très attendu iPad, dont il affirme être une nouvelle catégorie de produit à l’intersection de la technologie et de l’art libéral… ? «un appareil magique et révolutionnaire » à un prix de 499 dollars qui semble défier les lois de l’économie…  Effet marketing réussi pour un appareil qui ne sera pas disponible avant au moins 2 mois aux Etats-Unis, peut-être plus tard ailleurs. L’iPad dont les premiers détails techniques ont été dévoilés semble en effet bien alléchant. Il apparait en effet offrir une réponse claire, simple et facile à toutes les difficultés d’utilisation, les incohérences et les tracasseries auxquelles le PC sous Windows  et les bons vieux téléphones mobiles classiques nous ont soumis depuis des années… des décennies. La mobilité numérique intégrale est elle devenue possible grâce à l’iPad… Un appareil magique… ? Une troisième voie ? Un peu tôt pour le dire aujourd’hui.

Un appareil complet pour les données mobiles

L’une des vraies nouveautés intéressante de cette annonce appartient à AT&T.  Merci à Apple d’avoir gentiment mais fermement conseillé à l’opérateur d’innover un peu (la menace Verizon peut-être…). En effet, AT&T annonce des accès à la demande, sans contrat, aux données mobiles 3G. Jusqu’à présent aux Etats-Unis et dans bien d’autres pays, l’accès aux données mobiles par une clé USB est proposé pour une soixantaine de dollars par mois, la quantité de données téléchargeable est plafonné (1 Giga octets en général) et il faut un contrat de 1an ou 2 ans.

Depuis un certain temps, les utilisateurs occasionnels réclamaient pour les données 3G, la mise en place d’une offre prépayée comme cela existe pour la voix, permettant de payer à la consommation, sans abonnement contractuel. Apple et AT&T proposent donc pour l’iPad un accès (avec une micro SIM Card) aux données 3G pour 14,95 dollars par mois, sans contrat, avec un plafond de 250 Mo de données téléchargées par mois, ou de 29,99 dollars par mois sans plafonnement.  D’autres part, cet « abonnement » au mois le mois donne gratuitement accès aux hot spots Wifi de l’opérateur (sans préciser lesquels)… Steve Jobs indiquait être en train de négocier de tels contrats à l’étranger… L’impact en France sera certainement significatif compte tenu de la compétition qui existe entre les opérateurs. Free a déjà indiqué qu’il offrirait des abonnements à bas prix pour les données 3G en prépayé, sans contrat. Il donne aussi un accès gratuit aux hotspot WiFi de tous les utilisateurs d’une FreeBox dégroupée en France, soit un peu plus de 2 millions de hotspots.

Lacunes et imprécisions ?

Contrairement à l’iPhone, l’iPad ne sera pas bloqué, verrouillé à  un opérateur, ce qui laisse penser qu’il ne sera pas sponsorisé. Il est clair que la pratique des opérateurs de sponsoriser une partie de l’appareil doit s’arrêter. Elle leur permet d’accumuler des bénéfices supplémentaires sans contrepartie de service pour les utilisateurs. Free en France devrait montrer une façon dont cela peut se faire en proposant des plans de financement différents à l’utilisateur.

Mais faudra-t-il tout de même acheter un iPhone ou un smartphone si l’on veut un téléphone mobile ?  En effet aucune fonction de téléphonie autre que par Internet ne semble apparaitre sur l’iPad… Pas possible d’appeler ou d’être appélé par le réseau 3G.  Seule la voix sur IP semble possible pour l’instant.  Rien n’a été précisé pour l’instant  sur une éventuelle combinaison entre l’abonnement de l’iPhone et l’abonnement de l’iPad. Faut-il les 2, ou bien l’abonnement de l’un pourra-t-il fonctionner sur l’autre ?

Quelques autres pièces manquantes

Demi–téléphone, Ordinateur (iWork est un concurrent de MS Office), Web book, Tablette à dessiner, lecteur de livres électroniques, lecteur de vidéo et d’audio sont apparemment  réunis unis dans l’iPad par une interface homogène, riche et extensible grâce à de nouvelles applications (sous certaines conditions bien sûr) à laquelle, Steve Jobs l’affirme, 75 millions de gens sont déjà familiers.  Steve Jobs précise aussi que toutes les applications de l’iPhone pourront fonctionner sur iPad, ce qui va probablement renforcer  l’engouement des développeurs d’applications dans le monde Apple. Toutes les applications seront disponibles sur AppStore et pas de nouvelle interface à apprendre. En revanche, tout comme l’iPhone, iPad n’est pas multitâche. Un handicap face à Android qu’il faudra combler très vite.

Il lui manque cependant quelques pièces importantes comme une vidéo caméra, alors que la pratique de la vidéo-conférence commence à atteindre le grand public. Il n’a pas non plus de capacité de stockage externe sur mémoire flash, ce qui limite sa capacité de stockage de musique, livres, magazines ou vidéo à emporter avec soi sur une ile déserte. Il ne peut pas lire Adobe Flash ce qui limite l’expérience sur le Web dans la mesure où beaucoup de sites sont écrits en Flash. De même, la batterie n’est pas remplaçable, ce qui en limite considérablement l’autonomie et la souplesse d’utilisation en situation de mobilité.  La batterie n’a qu’une durée de vie de 10 heures, alors que beaucoup des eBook readers présentés aux CES offrent une autonomie de lecture d’une semaine.

Un clavier Dock station pour l'iPad

Un e-book reader et ++

Tout le monde à CES attendait les lecteurs de eBooks, mais les lecteurs de eBook attendaient Apple….  Avec l’iPad, Steve Jobs annonçait iBooks, une application gratuite pour l’iPad disponible uniquement aux Etats-Unis, qui installée sur l’iPad, permet d’acheter et de lire les livres qui sont présentés dans l’iBookstore, une nouvelle librairie en ligne équivalent de l’AppStore pour les applications et de iTune pour les contenus vidéo et musicaux.  Donc, pas de technologie e-Ink sous jacente ce qui explique la relative faible autonomie de l’iPad. Mais d’ores et déjà, Apple confirme une tendance sensible au CES laissant supposer que les utilisateurs préfèrent un appareil multifonctions plutôt qu’un appareil entièrement dédié à la lecture. Et il propose en plus la couleur qui ne sera pas disponible avant au moins 8 à 9 mois sur les lecteurs de eBooks classiques…

Peu d’éléments  sont aujourd’hui connus sur la nature et le style de cette librairie en ligne qui vient marcher directement sur les plates bandes de Amazon et de Barnes & Nobles, fournisseurs du Kindle et du Nook. On sait déjà que le format de lecture est conforme au format ouvert ePub, alors que le format de Amazon est propriétaire. Mais rien n’est encore précisé sur le format PDF. Rien non plus n’est clair  sur l’interopérabilité qui permettrait au propriétaire d’un iPad de lire du PDF téléchargé sur le Web ou des livres et documents au format ePub achetés dans une autre librairie en ligne (Amazon par exemple…).  Enfin Apple utilise-t-il un DRM, et si oui lequel? Les prix des livres dans iBookstore  semblent identiques, voire un peu plus chers que ceux d’Amazon et de Barnes et Nobles contre qui certains éditeurs s’étaient élevés parce qu’ils pratiquaient des prix trop bas.

Cinq éditeurs sont déjà associés à l’iBookstore d’Apple :  Penguin, Harper Collins, Simon & Schuster, MacMillan et Hachette. Question presse, il semble que le New York Times, appelé sur scène lors de la présentation de Steve Jobs, soit un partenaire à des conditions et à des tarifs pour l’utilisateur qui ne sont pas encore divulgués. Les détails des partenariats passés avec les éditeurs de journaux et magazines sont attendus avec impatience. Il faut donc s’attendre à quelques surprises du coté de l’iBookstore.

700 grammes, un écran 9,7 pouces, un clavier séparé

700 grammes, un écran 9,7 pouces

Prix aux Etats-Unis et ce qu’ils pourraient être en Europe…

prix en dollars 16 Gig Octets 32 Giga Octets 64 Giga Octets
iPad Wifi 499 dollars 599 dollars 699 dollars
iPad WiFi + 3G 629 dollars 729 dollars 829 dollars

Prix équivalents HT en Euros au cours d’aujourd’hui à 1,40 dollars pour 1 euros. Il y a hélas fort à parier que Apple ne pratiquera pas ce taux de change…

prix calculés en € 16 Gig Octets 32 Giga Octets 64 Giga Octets
iPad Wifi 355 €uros 427 €uros 498 €uros
iPad WiFi + 3G 448 €uros 520 €uros 591 €uros

Des e-Books, en attendant la tablette d’Apple

22 janvier 2010

Le eReader Skiff de Hearst

L’attente ne durera plus longtemps et malgré le peu d’information qui ont pu filtrer du blackout sauvage imposé par Steve Jobs, la future tablette d’Apple a déjà crée l’évènement. Apple a déjà réussi sa campagne de publicité sans débourser un dollars.  Aujourd’hui, il n’est encore guère possible de savoir si cette tablette sera orientée TV, un remake basé sur le faible succès de l’Apple TV (Apple ne réussit donc pas tout ?),  ou bien orienté vers le livre électronique, un lecteur de e-Books. Quelques rumeurs du Wall Street Journal basées sur un accord possible entre Apple et l’éditeur de livres HarperCollins et des démarches d’Apple auprès des éditeurs de livre américains et européens flatés et alléchés  feraient plutôt pencher la balance vers le lecteur de eBooks. Mais il semble aussi que Apple a aussi entamé des négociations assez précises avec des canaux de télévisions pour la licence de droits de contenus numériques.  Les rumeurs et les fuites arrivent tous les jours…  Il se trouve aussi que la TV numérique et les lecteurs de eBooks ont été les deux centres d’intérêt les plus actifs au CES.

Petit retour au CES sur les ebooks

Au CES, la visite des innombrables sociétés ayant présenté un lecteur de e-Book m’a permis de lever un certain nombre de points importants sur l’avenir de ces appareils, sans pour autant obtenir de réponse à toutes les questions. Peu d’appareils n’étaient réellement disponibles, ce qui semble confirmer la présence imminente d’Apple sur ce segment et une certaine immaturité technologique, des appareils répondant a des besoins segmentés de façon très variée, le tout partiellement voilé par une impressionnante abondance d’annonces marketing.  Détail intéressant, j’ai rencontré beaucoup de Français dans ce secteur, que ce soit Michaël Dahan, co-fondateur de la société Française Bookeen, Sebastien Trolez, Senior Product Manager du QUE de Plastic Logic ou encore Vincent le Chevalier, Senior VP Platform Development chez Skiff.  Les deux aspects principaux à regarder dans les annonces qui seront faites, aussi bien chez Apple que chez ses concurrents potentiels au cours des prochains mois… et il y en aura… sont l’interface utilisateur et le modèle de distribution du contenu. Apple nous a déjà montré qu’il était imbattable dans l’interface (essayez de comparer un iPhone avec un téléphone Android… sérieusement). Pour le modèle de distribution, c’est plus discutable dans la mesure ou iTunes a probablement fait évoluer beaucoup de choses dans la distribution de la musique, mais suscite tout de même un certain nombre de questions , aussi bien du côté des producteurs que des consommateurs. Inutile cependant d’élaborer sur le business modèle avant la semaine prochaine…La presse voit là une bouée de sauvetage… La naïveté de certains relais d’information m’a toujours étonnée…

Interface : deux exemples…

Pour l’interface, merci à Jean Louis Gassée, rencontré hier à Palo Alto après son retour de France où il a commencé de lever son fond de capital risque appelée Ares Venture. Intéressé par la tablette d’Apple, il m’a en effet indiqué un concept fort avancé qui n’était pas présentée à CES, développé par une équipe basée en suède. Rêvons un peu… Berg est un consultant en Design industriel basé à Londres. Bonnier est une petite équipe de recherche et développement basée en Suède qui a developpé ce prototype appelé Mag+. La vidéo qui suit est en Anglais…mais elle parle d’elle même. C’est une étude conceptuelle sur ce que pourrait être la lecture de livre ou de magazines avec l’un de ces appareils.

La video suivante est une illustration de ce que pourrait apporter un eBook dans la lecture d’un magazine, Sports Illustrated en l’occurence. . . On voit quel rôle peuvent jouer  la photo, les vidéos et la publicité pour enrichir l’expérience utilisateur. Aucune approche du mode de distribution du contenu pour l’instant.

Ne parlons pas technique non plus pour l’instant, car si à CES, plusieurs sociétés montraient des écrans capable d’afficher un livre ou un texte lisible (encre electronique) avec des couleurs, rien n’est encore commercialisable aujourd’hui.  La tablette sauvera-t-elle la presse…? Peut-on compter sur Steve Jobs…?  Il faudra attendre encore un peu pour le savoir…


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