Renault se penche sur son programme voiture électrique – Asprom


Organisé par Roland Dubois, président de l’ASPROM, un nouveau cycle de conférence a eu lieu fin  novembre sur le thème de la voiture électrique. Véritable source d’information à usage des responsables et décideurs, cette conférence de 2 jours permet d’une part de s’informer sur des technologies complexes qui impactent ou impacteront notre vie de tous les jours à plus ou moins brève échéance, et d’échanger librement des points de vue avec des professionnels qui ne se cachent pas systématiquement derrière des discours établis.

Au cours de la conférence en effet sont analysés les liens étroits entre les choix politiques, économiques et sociaux et les choix technologies pour comprendre les vrais enjeux que recouvrent ce qu’on appelle généralement « l’innovation » et « le progrès ».

D’énormes investissements en infrastructure  

Au cours de la première journée essentiellement consacrée à la voiture électrique, aux batteries et aux infrastructures à mettre en place en France pour faciliter l’émergence de ce nouveau type de véhicule, une dizaine d’intervenants de haut niveau sont venus brosser un tableau plus précis de ce qu’est la réalité de la voiture électrique aujourd’hui, ce qu’elle sera (et ce qu’elle ne sera peut-être pas) dans les années qui viennent.

Ces interventions ont permis de mettre en évidence des choix politiques effectués en France de façon plus ou moins explicite, en fonction des contraintes liées aux technologies et à leur industrialisation sur une grande échelle, en fonction des exigences économiques et sociales qu’il semblait important de respecter (pour ceux qui ont fait ces choix) et en fonction de l’impact estimé sur les usages. On pouvait comprendre, grâce à plusieurs présentations, que les choix faits en France étaient sensiblement différents de ceux effectués chez certains de nos voisins européens, dont l’Allemagne et l’Italie.

Des choix basés sur l’idée que le consommateur va s’adapter

En premier lieu, le déploiement de la voiture électrique en France nécessitera d’énormes investissements en matière d’infrastructures publiques et privées, certainement aussi importants que ceux que l’on mentionne autour de la fibre optique pour le Très Haut Débit. De la manière dont ces investissements seront menés et exécutés, dépendront le succès ou l’échec des choix effectués.

Aux vues des premières options choisies et des contraintes techniques incontournables pour encore très longtemps, la voiture électrique imposera de nouvelles contraintes d’usage assez fortes qui modifieront complètement et profondément les modes d’utilisation de la voiture telle qu’on la connait aujourd’hui.

De profonds changements dans la manière d’utiliser son automobile

Les responsables gouvernementaux et industriels ont en effet effectué des choix sur la supposition que les conducteurs de ces nouveaux véhicules vont assez facilement adapter et modifier des comportements acquis pendant un siècle de véhicule à moteur à essence, au delà des incitations d’usages ou des incitations financières diverses dont les modalités peuvent aussi constituer un moyen de régulation fort (pendant au moins un temps).

On retrouve ici une fois encore la bonne vieille attitude française dite « de haut en bas »,  menée par des technocrates tout puissant qui semble posséder « la vérité », et dont les choix, effectués dans les hautes sphères techno-politiques éclairées, se préoccupent plus de grandes stratégies politico-économiques que des utilisateurs. En effet, le mode de rechargement des batteries des véhicules tout électrique et le rayon d’action des voitures tout électrique (100km maximum) imposeront au consommateur Français de nouvelles formes d’utilisations radicalement différentes…

Est-il disposé à s’y adapter… ? Personne ne s’en est aujourd’hui sérieusement préoccupé et nous verrons que les véhicules hybrides ou à piles à combustible (hydrogène) ont certainement un avenir dans la mesure où ils permettent de s’affranchir de certains contraintes du véhicule tout électrique en respectant des objectifs de baisse de la pollution et d’alternative aux energies fossiles.

Sortir de la succession d’échecs dans le véhicule électrique

Thierry Koskas, Directeur du programme Véhicule Electrique chez Renault est venu présenter et expliquer la philosophie de l’industriel en la matière sur la base des choix effectués, au niveau national et au niveau de la société. Il a rendu compte des premiers pas du constructeur dans ce secteur et des perspectives futures, avec 4 nouveaux modèles de voiture électrique dont le premier est déjà sortis et qui dont l’apparition va s’échelonner d’ici la fin 2012.

Ce sont la Kangoo ZE, véhicule utilitaire déjà disponible qui dispose d’une autonomie de 170 km maximum, la Fluence ZE à échange de batterie qui sera commercialisé avant la fin de l’année, le véhicule urbain Twizzy ZE à rayon d’action limité, en vente à partir de mars 2012 au prix d’un scooter,  et enfin la future Zoe ZE dont le prix ne devrait pas dépasser 20000 euros en septembre 2012, doté de certaines innovations récentes, avec une batterie amovible ou fixe (un journal a même indiqué que le prix serait inférieur à 15000€)

Une stratégie risquée

Après avoir remarqué que le véhicule électrique a été une succession d’échecs dont Renault espère monter qu’il est possible de sortir, il  rappelait quelques chiffres : « L’engagement global pour Renault et Nissan est de 4 milliards pour l’ensemble des développements des véhicules, y compris les batteries qui sont plus une compétence de Nissan. L’objectif chiffré est d’avoir vendu 1.5 millions de voitures électriques en cumul d’ici 2016 en France et on reste sur cette prévision que d’ici 2020, une voiture sur 10 vendues dans le monde pourrait être électrique. »

La stratégie de Renault ne fait pas l’unanimité, mais il constate que même Volkswagen qui contestait la stratégie de Renault il y a 2 ans est passé au véhicule électrique récemment. Il renforçait son propos en mentionnant sur l’appel d’offre de voiture électrique (des Kangoo) de la Poste récemment remporté par Renault.

Les 3 piliers de la stratégie véhicule électrique de Renault

Thierry Koskas précise les 3 piliers de la stratégie du constructeur.

– Un véhicule écologique, comparaison faite de bout en bout par rapport à un véhicule thermique

– Un véhicule économique à l’achat  et ensuite à l’usage compte tenu du prix du loyer des batteries et de l’électricité pour la recharge. Il précisait en réponse à une question : « La facture du Client qui fait qui fait environ 1000 km par mois sera autour de 100 € si l’on compte un loyer de la batterie de 75 à 80 € par mois et 15 à 20 euros d’électricité par mois pour la recharge. Si le conducteur fait moins de 3 km par jour, un véhicule électrique n’a aucun intérêt, en revanche au delà de 12 à 15000 km par an, il apparait alors un vrai intérêt économique sur le véhicule thermique.. » Il précisait aussi qu’il y aura besoin des aides d’incitations pendant au moins 5 ans pour atteindre des économies d’échelle.

-Le véhicule électrique n’est pas compatible avec la totalité des usages, mais seulement avec certains d’entre eux par exemple, la deuxième voiture ou la voiture urbaine.

Renault développera la fabrication de batteries, d’origine Nissan, dans son usine de Flins à partir de 2014.

L’infrastructure nécessaire : la recharge….

« Renault, explique Thierry Koksas, a pris une approche assez différente de certains autres constructeurs en France ». Il favorise la mise en place d’une « wall box », une prise dédiée chez l’usager (dans les immeubles ou les parkings)  qui permet de charger plus vite que sur une prise domestique (dont l’utilisation sera fortement régulée).

Dans la rue, grâce à un système propriétaire développé par Renault, différent de la technologie utilisée par les autres véhicules qui s’appuient sur une technologie japonaise, Renault veut donner la possibilité de faire de la recharge standard ou accélérée sur la même prise (n’importe quel type de charge entre 3 et 43 KW, en monophasé ou triphasé en courant alternatif alors que les recharges rapides se font en général sur du courant continu). « Aujourd’hui il y a un certain nombre de bornes en Europe. Il y en aura 15000 à fin 2011 et il y a déjà 10000 bornes inscrites dans le système Tom Tom, mais il faut trouver le moyen de donner plus largement et plus simplement les indications aux clients pour en développer l’usage. »

Renault compte fortement inciter ses clients à faire installer une wall box chez eux ( le Wall box de Renault offre 3KW alors qu’une prise domestique offrira seulement 2KW). « Cela fait partie de notre politique commerciale » ajoute-t-il. Le prix de la Wall Box devra rester bas (500€ plutôt que 800, installation comprise).

…….. et l’échange des batteries dans des stations

Renault  a aussi développé un programme d’échange des batteries (qui seront louées) en s’appuyant sur la société israélienne Betterplace ( déjà installée au Danemark et en Australie). BetterPlace a été crée sur  l’idée de « faire le plein » d’électricité en remplaçant la batterie, louée, grâce à un système automatique opérant dans des stations dédiées. « Ca fonctionne bien sur un territoire réduit… » explique Thierry Koskas.

Les stations d’échanges de batteries  dont le coût de mise en œuvre est d’environ 1 million d’Euros la station, permettent de changer une batterie «  en 3 minutes » tout en restant dans la voiture… Ces stations remplaceraient les stations d’essence que l’on connait, permettant aux utilisateurs d’un véhicule électrique d’accroître son rayon d’action en changeant ses batteries « déchargées » et récupérant des batteries « pleines »…

On imagine les coûts d’investissements pour faire circuler largement sur tout le territoire des véhicules électriques dont le rayon d’action est de 100 km… On verra (dans une intervention de Christophe Lefebvre du CEA-LITEN) que les ruptures technologiques qui amélioreront la puissance, la taille et la durée de charge des batteries ne sont raisonnablement pas attendues avant au moins 20 ou 30 ans…  L’autoroute du Sud ne connaitra plus les embouteillages aux péages les jours de grands départs en vacances, mais ils seront dans les stations de remplacement des batteries… qui devront être disposées au moins tous les 30 ou 40 km et de façon plus dense en ville… Le coût de remplacement de la batterie sera-t-il compris dans la location? La pari fait par Renault sur la voiture electrique est donc ambitieux…

Ci-dessous la video intégrale de la présentation de Thierry Koskas où il aborde aussi les aspects de sécurité et les avantages compétitifs de Renault grâce à son approche. La fin de la video est consacrée aux questions réponses.

Explore posts in the same categories: energie, Mobilité, Usages et services, voiture electrique

Étiquettes : , ,

You can comment below, or link to this permanent URL from your own site.

2 commentaires sur “Renault se penche sur son programme voiture électrique – Asprom”

  1. Amandine Says:

    Tout cela est bien gentil mais comment trouver autant de ressources electriques pour recharger toutes ces voitures électriques! Faut il construire encore plus de centrale nucléaire ?!


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s


%d blogueurs aiment cette page :