Bouygues Télécom signe avec Axione : Les Réseaux d’Initiative Publique intéressent les opérateurs


La semaine dernière à Angers, Axione annonçait la signature d’un partenariat avec sa maison mère proche parente l’opérateur Bouygues Télécom, qui d’un seul coup gagne accès à 14 Réseaux d’Initiative Publique gérés par Axione, le plus souvent dans des départements et des zones d’assez faible densité urbaine, sur lesquels il pourra présenter ses offres haut débit et très haut débit fixe à destination des entreprises et du grand public. Pierre-Eric Saint-André, Directeur Général d’Axione indique que Axione couvre 10% de la population Française grâce à ses RIP, dans des zones ou en général le RIP est le seul concurrent à l’ancien opérateur historique.

Cet accord intervient alors que la grogne monte sensiblement chez les collectivités territoriales qui se voient reléguées au rôle de « payeur passif » dans leurs nouvelles fonctions d’aménagement du territoire numérique à travers la mise en œuvre des infrastructures et des services numériques sur leur territoire. Cet accord intervient aussi à un moment ou Bouygues Télécom, opérateur sans fil, s’est rendu compte  il y a 3 ans qu’une stratégie basée sur le sans fil uniquement le menait nulle part et se déploie maintenant dans le fixe. Cet accord intervient enfin à un moment où France Télécom, sans vraiment le dire, essaie silencieusement de renouveler dans les zones rurales le « coup » des départements innovants joué dans les années 2004 pour tenter de contrecarrer les effets du 1425 en signant des accords d’exclusivité avec certains départements.

Les RIP, des réseaux ouverts pour les opérateurs

En effet, les collectivités territoriales les plus dynamiques ont depuis plusieurs années financé et mis en place des Réseaux d’Initiatives Publiques, plus d’une centaine, sous forme de réseaux d’infrastructures de fibre optiques pour dégrouper les NRA et depuis peu pour préparer la mise en place du FTTH.  Parce que les collectivités locales ne peuvent pas devenir opérateur et gérer directement ces réseaux, une fois construits ceux-ci doivent être louées à des opérateurs (nationaux ou plus petits) comme réseaux de  « collecte » pour servir de relais de transport des données jusqu’à la boucle locale dans le cas du haut débit ou pour aller jusqu’à l’abonné dans le futur très haut débit fibre.

Mais dans le climat de compétition actuel,  France Télécom dispose d’une infrastructure de réseau bien plus étendue et plus puissante que celle de ses concurrents et joue de cet avantage (en grande partie payé par les contribuables lorsqu’il était opérateur historique) pour affaiblir ses concurrents et s’accrocher sur des positions de monopoles dont il devient inexpugnable. Compte tenu des investissements que représente la mise en place d’une infrastructure de réseau (essentiellement en génie civil), la possession d’une telle infrastructure est un avantage compétitif indiscutable.

Les RIP plutôt mal vus par les opérateurs

Là-dessus intervient le grand emprunt et les quelques milliards qui seront attribués aux opérateurs et aux collectivités dans le cadre du plans numérique consciencieusement mis en place par les ministères et les technocrates parisiens. « On veut bien vous accorder des subventions pour mettre en place ce gigantesque et couteux réseau d’infrastructure numérique », dit-on aux collectivités locales, « mais pour des raisons d’efficacité économique, il vous faut planifier le développement, agir de concert et vous entendre avec les opérateurs qui eux aussi vont investir (mais parfois se font un peu prier). Il faut vous entendre entre communes,  entre régions et départements. »

Dans la pratique, les RIP, construits par les collectivités locales sont assez mal vus par les opérateurs et bon nombre de RIP, construits aux frais des contribuables, ne trouvent pas d’opérateurs clients car ces derniers préfèrent investir à côté des RIP, pour servir des stratégies parfois douteuses de récupération d’aides de l’Etat dans le cadre de ce grand emprunt dont les règles sont appliquées de façon obscures. Au final, les contribuables financent d’un côté les RIP qui sont sous-utilisés et de l’autre, l’Etat (encore le contribuable) finance les opérateurs par le biais du grand emprunt pour les inciter à construire leur propre réseau….  en parallèle des RIP inutilisés. D’un côté les RIP cherchent à assurer une couverture de l’ensemble du territoire alors que les opérateurs vont s’installer dans les zones les plus denses, les plus rentables. C’est une image à peine déformée du résultat de la concurrence par les infrastructures imposée de façon uniforme par la commission Européenne et suivie à la lettre en France.

270000 foyers angevins en haut débit

Pierre-Eric Saint-André, Directeur Général de Axione rendait donc officiel, en présence de Christophe Bechu, jeune Président du Conseil Général du Maine et Loire, cet accord qui pourrait marquer un tournant dans le paysage du haut débit et très haut débit rural. En effet, dit-il, « les 14 RIP gérés par Axione offrent ainsi au dégroupage 700 NRA (nœuds de raccordement d’abonnés, encore appelé répartiteur) à Bouygues Télécom ce qui représente une population de près de 1.25 millions de lignes réparties sur 4500 communes situées dans des zones souvent peu peuplées » (où France Télécom règne en maitre ndlr..).

Dans le Maine et Loire, en accédant au réseau Melis@, un RIP dont Axione est délégataire, Bouygues pourra ainsi dégrouper près de 90 NRA et proposer ses offres haut débit à plus de 270000 foyers angevins. Aujourd’hui, Melis@ est utilisé principalement par 24 opérateurs qui proposent des accès au grand public ou aux entreprises ainsi que des offres de services spécifiques. Mais SFR et Free utilisent aussi Melis@ en partie pour étendre leur offre à certains zones de l’Anjou. Pierre Eric Saint André précise que cet accord montre « la confiance des opérateurs nationaux à l’égard de ceux qui gèrent les RIP ». Il explique que « cet accord conforte le rôle des collectivités dans la mis en œuvre du plan très haut débit français dans le cadre d’une politique d’investissements publics/privés.»

Quelles économies d’échelle ?

Olivier Roussat, Directeur Général de Bouygues, s’abstenait cependant de préciser les termes du contrat signé avec Axione, plus particulièrement les conditions techniques et le prix payé par Bouygues Télécom pour se connecter à ces 14 RIP.  Il semble que ce détail ait de l’importance puisqu’il indiquait cependant que l’accord permettait à l’opérateur de réaliser d’importantes économies  d’échelle, plus particulièrement dans la manière dont était effectuée l’interconnexion…Il serait intéressant d’avoir des explications là-dessus, l’avenir des RIP pourrait s’éclaircir. Cette approche d’économie d’échelle pourrait-elle intéresser les opérateurs sollicités par les RIP sur les territoires ?

Le SDTAN doit s’ajuster au SCoRAN…

Christophe Béchu, Président du Conseil Général d’Anjou indiquait que son département travaillait activement sur son SDTAN (Schema Directeur Territorial d’Amenagement Numérique)  pour accélerer le développement économique de son territoire. « Si Melis@, partenariat public privé, a reçu 14.5 millions d’Euros d’aides du département et d’autres subventions dit-il, l’affaire n’est pas pour autant réglée car il y a encore du chemin à parcourir, les débits sont encore insuffisant dans certains endroits et il faut penser au très haut débit pour ce département placé 5ème en France pour ses activités agricoles ». « Notre SDTAN, poursuit-il,  doit s’ajuster avec la stratégie de cohérence régionale pour l’aménagement numérique (SCoRAN) sachant que Melis@ est déjà interconnecté avec le RIP de la Sarthe (Sartel, un autre RIP d’Axione) et que nous travaillons aussi avec la Vendée ».

France Télécom sabote les plans des départements

Il précisait cependant que les délibérations sur le SDTAN étaient sensiblement retardée dans la mesure où les intentions d’investissement de l’opérateur historique étaient affirmées à Angers, Cholet et Saumur, mais loin d’être gravées dans le marbre. Il précisait « la décision est légérement retardée pour éviter que France Télécom ne prenne avantage de nos décisions à nos dépends »…

Il semble que cette attitude de France Télécom, qui bloque les décisions et a déjà saccagé pas mal d’initiatives dans les départements, contribue assez fortement à la grogne des élus. L’une des principales revendications des élus est de voir publiées une fois pour toutes les intentions des opérateurs en réponse à l’AMII (Appel à Manifestation d’Intention d’Investissements) lancé par l’Etat et de ne pas en permettre les modifications au gré de l’élaboration des SDTAN sous prétexte de SCoRAN.

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5 commentaires sur “Bouygues Télécom signe avec Axione : Les Réseaux d’Initiative Publique intéressent les opérateurs”

  1. Julien Says:

    Bonsoir,

    Juste une petite correction : Bouygues Télécom n’est pas la maison mère d’Axione. Axione est une filiale d’ETDE, ETDE étant le pôle Energies et Services de Bouygues Construction.

    Cordialement,
    Julien

  2. vitrier Says:

    Mention spéciale pour votre article.
    D’une manière générale votre blog Web est très intéressant et on y apprend une multitude de choses.
    Un grand merci de partager aussi souvent que possible avec la totalité des internautes.


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