Migration des réseaux (FTTH et LTE) et fracture numérique en France


En marge de la manifestation TRIP de l’Avicca qui s’est tenu la semaine dernière à Paris, j’ai interrogé deux des principaux opérateurs alternatifs en France dont l’offre s’oriente vers le grand public. Ce sont des start’up innovantes qui survivent,  coincées entre les gros opérateurs et une régulation qui ne favorise pas les petites sociétés, en adressant un marché croissant en France, celui des zones blanches ou encore de la fracture numérique.

Un accroissement inéluctable de la fracture numérique

Philippe Le Grand est vice président de Nomotech, start’up crée en Normandie il y a 7 ans et Romain Bucelle est  co-fondateur et Directeur de l’ Innovationd’Als@tis , une start’up crée il y a 6 ans à Toulouse. Tous deux pensent que dans les conditions actuelles de la migration des réseaux en France vers des réseaux à très haut débit (FTTH et LTE), les zones blanches vont se maintenir, mais aussi devenir plus importantes jusqu’à atteindre 15 à 20% de la population Française. Effets liés à la manière dont sont réalisés les investissements et effets mécaniques liés à l’augmentation des débits que vont apporter ces nouveaux réseaux qui se déploieront en priorité dans les zones densément peuplées.

Philippe Le Grand, Vice Président de Nomotech

Romain Bucelle, Co-Fondateur et Directeur de l’Innovation d’Als@tis

Le retour du WiFi

Pour eux, le WiFi et les technologies sans fil d’accès à Internet sont une solution simple, peu chère et facile à mettre en oeuvre pour résoudre les problèmes de fracture numérique dans les zones plus faiblement peuplées. Littéralement boycoté par les opérateurs qui ne peuvent pas « verrouiller leurs abonnés », la technologie WiFi est aujourd’hui mature et continue d’évoluer en puissance. Elle est  installée dans les zones blanches pour résoudre des problèmes que ne veulent pas adresser les opérateurs. Ceux-ci ne vont pas dans les zones blanches pour des raisons de rentabilité, d’industrialisation et de repliement sur leurs propres réseaux qu’ils rechignent à partager et qui deviennent une arme de bataille pour empêcher la concurrence.

Concurrence par les réseaux vs concurrence par les services

L’Europe et le régulateur Français l’ARCEP, ont institué la concurrence par les infrastructures, c’est-à-dire que chaque opérateur s’appuie sur son réseau propre pour conquérir des clients. Cette norme provoque donc un surinvestissement dans les zones denses (et profitables) ou chaque opérateur veut avoir son réseau en propre, et elle provoque un non investissement dans les zones dite « non rentables » que les opérateurs délaissent parce qu’ils n’y voient pas de rentabilité rapide en fonction des investissements à réaliser.

D’un point de vue des services, la situation est pire puisque les opérateurs nationaux créent une palette de services qui est disponible uniquement sur leur réseau (accessible par le biais de la box qui permet l’accès chez le particulier). Ces services sont en fait une succession d’offres qui permet à l’opérateur d’augmenter son ARPU (le revenu moyen par utilisateur) mais ne cherche pas réellement à résoudre les vrais besoins des utilisateurs. Il en résulte que l’innovation est dans le communiqué de presse, mais pas souvent sur le terrain…

Mutualisation et réseaux d’initiative publique

Pour tenter de résoudre les problèmes de la concurrence par les infrastructures, posés surtout par Orange France Télécom qui sous ses précédents PDG (Didier Lombard et Thierry Breton) a cherché à reconstituer le monopole qu’elle avait perdu, justement en s’appuyant sur son énorme réseau en place et en le développant discrètement, l’ARCEP a mis en place une régulation obligeant  Orange France Télécom à ouvrir ses réseaux  et de les louer à ses concurrents à des prix raisonnables, pour y faire passer des services.

Mais tout le débat sur la neutralité des réseaux est là… Est-ce qu’un opérateur peut contrôler le type de service qui vient sur son réseau, parce qu’il veut favoriser ses propres services. Est ce que par exemple, les sociétés propriétaires des autoroutes peuvent devenir constructeurs de voitures ou de camion et décider d’empêcher la circulation aux voitures chinoises… ou aux voitures allemandes… ou aux voitures vertes qui ne sont pas achetées chez elles, sur leurs voies, ou leur faire payer un péage plus cher que les autres? Les réseaux de communication sont ils des réseaux d’utilité publique ou bien les communications peuvent-elles être gérées par des sociétés indépendantes qui possèdent des infrastructures qu’elles utilisent comme bon leur semble?

Fibre et montée en débit

Aujourd’hui, les réseaux d’initiative publics, mis en œuvre par des collectivités sont des réseaux publics, c’est-à-dire neutres et ouverts à tous les opérateurs qui veulent les utiliser, chacun y accédant selon une grille tarifaire identique. Mais le législateur empêche les collectivités de devenir directement opérateur, c’est-à-dire de mettre en œuvre un réseau directement capable d’offrir des services (ils ne peuvent constuire que de la fibre noire). Il en résulte que les opérateurs, qui ne veulent pas voir des réseaux collectifs les concurrencer, se font prier pour venir « l’allumer », c’est-à-dire offrir des services sur ces réseaux d’initiative publique, quitte a construire leur propre réseau en parallèle ou laisser mourir les DSP qui ne leur plait pas. Les petits opérateurs alternatifs n’ont en général pas les moyens « d’allumer »  ces réseaux (un investissement lourd)  et doivent se contenter de louer de la bande passante. Tous le problème réside donc dans le catalogue d’offre proposé par les délégataires de réseaux publics…  D’autre part la montée en débit qui consiste à dégrouper les sous-répartiteurs d’Orange France Télécom, se fait en grande partie aux frais des collectivités qui disposent ainsi d’une solution coûteuse, limitée, qui les empêchera de passer à la fibre pour très longtemps et qui permet en grande partie à France Télécom de moderniser son réseau à moindre coût. Mais elle résout un problème immédiat, fortement ressenti par les élus locaux. Orange France Télécom  acquiert ainsi un poids supplémentaire à bon marché dans le jeu de la concurrence par les infrastructures.

Quel rôle pour l’ARCEP ?

Tout ceci pose aussi la question du rôle de l’ARCEP alors que des nouveaux marchés se créent (FTTH et LTE). L’ARCEP est-il un régulateur qui résout les problèmes de concurrence et les disfonctionnement du marché ou bien est-il un organisme qui façonne un nouveau marché en cours de création en imposant la volonté de l’Etat Français fortement jacobin et de l’Europe qui veut crée un marché européen capable de concurrencer le marché américain?  Il en résulte que le marché devient le pré carré de 4 opérateurs qui hurlent déjà qu’il y a trop d’acteurs et veulent intégrer verticalement leurs activités, de l’infrastructure aux contenus et aux services et qui établissent leurs jardins protégés appuyés sur leurs propres réseaux, fermés hermétiquement grâce à la concurrence par les infrastructures. Il en résulte que les services offerts aux utilisateurs sont pauvres et que les taux d’abonnement au FTTH sont très faibles.

La migration vers les NGN, c’est-à-dire la création d’une boucle locale fibre, et l’arrivée du LTE sont encore plus importants que la création du réseau ferré en France au début du siècle ou de l’électrification de la France. Mais les expériences du passé n’ont pas été prises en compte dans cette mutation fondamentale de notre économie…

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