Smart Grid, une approche à la Française


Partie 2-  L’effacement pour réduire les consommations de pointe

En France, si la préoccupation d’un réseau électrique intelligent est dans les esprits des responsables du gouvernement et des grands acteurs de l’énergie depuis pas mal de temps, l’affaire soulève encore peu d’intérêt dans la presse et dans le grand public qui n’y comprennent pas grand choses et peinent à identifier les  enjeux économiques et sociétaux qui se cachent derrière, soigneusement cachés par un langage délibérément technique ou politique ou encore masqués par des dogmes qui cadrent les discours.  Les responsables d’EDF habitués à prendre des décisions en fonction des directives gouvernementales et malgré la pression de la privatisation en cours ne s’inquiètent guère d’établir rapidement une communication bilatérale avec les consommateurs, de leur expliquer soigneusement les vrais problèmes et de recueillir leurs avis dans le détail.

Internet… à petit dose

Internet n’a pas changé grand-chose et l’approche réseau d’EDF en ce qui concerne la communication qui reste  plutôt du type Web 0.5 (communication dans un seul sens, de haut en bas) plutôt que Web 2.0… (consommateurs pro-actifs). La démarche reste très proche de la démarche des grands projets du siècle dernier, menée pour et par des grands technocrates décideurs qui s’appuient sur une certaine vision du bien public. Celle-ci est élaborée en petit comité au sein des grands corps techniques de l’Etat pour qui la préservation des intérêts français passe par la mise en place de grands blocs à tendance monopolistiques sous l’influence directe ou indirecte de l’Etat.

Le nucléaire, poste sensible

L’information qu’ils diffusent est aussi très « travaillée ». Il est vrai que le poste « nucléaire » reste à très haute sensibilité dans la mesure où la France est le pays qui produit l’électricité la moins cher d’Europe, avec peu de contraintes de production. Le principal souci d’un opérateur d’électricité est d’ajuster sa production aux pointes de demande, à moindre coût financier et désormais à moindre coût écologique. Il n’en reste pas moins que le coefficient de disponibilité (le KD) qui mesure la facilité de mise en œuvre immédiate de la capacité de production française reste très bas (autour de 78%). Cet état semble être le résultat, selon quelques voix intérieures à la maison, du peu de maintenance des équipements avant la période d’entrée en bourse de la société ?

Où vont les profits du nucléaire?

Il ne faut pas perdre de vue qu’EDF est le plus gros producteur électrique au monde (Chine mise à part) avec plus de 80 centrales nucléaires alors qu’il y en a une petite centaine aux Etats-Unis, possédées par plusieurs  sociétés indépendantes. Grâce au nucléaire, le coût de production d’électricité est extrêmement bas et elle ne produit que très peu de CO2.

Le résultat n’est pourtant pas toujours forcément très favorable au consommateur en France puisque nos prix d’électricité ont augmenté 2 fois cette année, pour des raisons peu claires dans la mesure où le coût de production est le moins cher d’Europe… ? Investissements à venir ? Prix « d’équilibre » sur le marché ? Objectifs de baisse de consommation ? D’autre part, les acquisitions de EDF à l’étranger lui permettent de travailler avec ces marges encore plus importantes puisqu’il a ses coûts de productions très bas et vend l’électricité encore plus chère. Mais pourquoi les prix, fixés par le gouvernement sont-ils si élevés et où partent donc les profits…? Il est peu probable que cette question simple ne trouve réponse aussi simplement…

L’effacement pour réduire les problèmes de pointe de consommation

Au Grenelle de l’environnement, le gouvernement a fixé un objectif de réduction de 38% de la consommation des logements d’ici 2020 ce qui réduirait la consommation de 240 KWh/m² à 150 KWh/m². Pour y parvenir, entre en jeu la notion d’effacement. Pour comprendre ce que signifie l’effacement, il est recommandé de lire le rapport de deux députés, Serge Poignan et Bruno Sido, intitulé « Gestion de la pointe Electrique », publié en début d’année à la demande de Jean Louis Borloo pour préparer la nouvelle loi Nome (Nouvelle Organisation du Marché Electrique) en cours de discussion.

Le rapport, développé par le groupe de travail explique : « La pointe journalière se caractérise par une hausse importante de la consommation pendant quelques heures. La réponse à ce phénomène  nécessite de solliciter des moyens de pointe, qui peuvent démarrer  (ndlr: plus ou moins) rapidement. Dans une certaine mesure, ceci reste vrai même lorsque le niveau global de la consommation est faible. » Il existe aussi des pointes locales liées à la capacité du réseau et des pointes saisonnières, par exemple en hiver où une consommation de pointe peut s’échelonner sur plusieurs jours.

Généraliser les dispositifs d’effacement en France

Le rapport poursuit : « Pour renforcer la sécurité d’approvisionnement à moyen et long terme lors des pointes de consommation d’électricité, il est nécessaire de maîtriser la croissance de demande à la pointe selon trois axes: la maîtrise globale de la demande; la maîtrise des usages contribuant à la croissance de la pointe; le développement des effacements de consommation.»

L’une des recommandations du rapport est « Favoriser l’équipement de chauffages électriques et des climatiseurs neufs par des dispositifs permettant de les couper durant une durée pré-déterminée sur un signal émis par le gestionnaire du réseau de distribution (GRD). Rendre progressivement ces dispositifs obligatoires pour les chauffages et les climatiseurs neufs  de son chauffage électrique ». Plus loin on trouve : « le consommateur devra être informé de la coupure et avoir la possibilité de rétablir la consigne initiale.il pourrait être envisagé qu’en dehors des situations d’urgence, ce dispositif soit exploitable par  des fournisseurs ou des agrégateurs d’effacement. » Des incitations d’effacement par le tarif sont aussi proposées mais elles ne semblent pas pleinement efficaces aujourd’hui.

Le rapport mentionne différentes pratiques d’effacement, notament en Californie qui consite à augmenter la température de 1 à 3 °C des climatiseurs. L’effacement dans le secteur tertiare pourrait etre de 3 GW, dans le secteur résidentiel d’une dizaine de GW, dans le secteur industriel de même. Le rapport propose enfin de mettre en place une véritable activité de service de l’effacement,  c’est à dire des sociétés ou des agrégateurs qui proposeront aux distributeurs de mettre en place et de gérer différents mécanismes d’effacement chez les particuliers, le tertiaire ou dans l’industrie gace à la mise en place d’une tarification de la rémunération de l’effacement à travers de nouvelles grilles tarifaires.  Le rapport envisage même de mettre en place un standard de l’effacement…! Nous verrons prochainement comment les consommateurs réagissent à l’effacement.

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