Smart Grid Une approche à la Française


Partie 1- IBM au coeur des réseaux électriques intelligents

« C’est une histoire qui ne fait que commencer, on est dans les premiers balbutiements et on ne sait pas encore dans le détail où ça va nous mener »  explique Martine Gouriet, Directrice Général de Edelia, filiale technologique de EDF composée de quelques dizaines de personnes. Ancienne de France Télécom ayant participé au développement de la télévision sur IP, elle se retrouve aujourd’hui dans cette start’up d’EDF pour développer des services et conduire des expérimentations autour des Smarts Grids, les réseaux électriques intelligents.

Nous sommes chez IBM, au centre de La Gaude, un ancien centre de recherche d’IBM sur les télécoms, ouvert dans l’arrière pays niçois au début des années 60.  Ce centre est aujourd’hui reconverti en centre de présentation des solutions métiers, attirant près de 100 groupes de visiteurs professionnels chaque mois pour leur faire découvrir les différentes facettes d’IBM comme intégrateur de solutions métiers. L’expérimentation réalisée en Bretagne par EDF avec Edelia s’appuyait sur un dispositif mis en place par IBM pour traiter et analyser les données recueillies.

Ilog, moteur pour les applications métiers de l’électricité et des télécommunications

A noter que Ilog, une ancienne start’up Française racheté par IBM il y a un peu plus d’un an est une pièce importante dans l’offre métier d’IBM. Depuis 1987, elle a développé et mis en oeuvre dans le monde entier un ensemble d’outils basés sur la notion (aujourd’hui oubliée tellement elle est omniprésente) d’intelligence artificielle. Un élément clé de la stratégie d’IBM est en effet la mise en forme et l’intégration au sein de plateformes et de « frameworks » de composants (ou briques) logiciels indifféremment standards, ouverts, spécifiques ou propriétaires, développés au sein d’IBM ou encore chez des partenaires tiers.

Progressivement, ces plateformes et frameworks, très bien adaptés à des « métiers » spécifiques, peuvent se trouver en position de s’imposer comme de véritables infrastructures sous jacentes incontournables. C’est probablement un élément de la démarche d’IBM dans le secteur des réseaux électriques, en  pleine mutation aujourd’hui. IBM a adopté une démarche identique pour la gestion des « métiers » des télécommunications autour de briques de basses articulées en plateformes flexibles, ouvertes, modulaires et adaptables.

Intégrer des ensembles standardisés et normés

Pascal Bécache, Directeur du secteur Utilities et Communications chez IBM France expliquait au cours d’une téléconférence : « Il est vrai qu’il y aura besoins de standardisation et de normalisation pour permettre d’échanger des données entre les compteurs, les appareils électriques, les postes de transformation, etc… Vous avez entendu récemment le Ministre Borlo dire que Linky connaissait des problèmes parce que sa standardisation n’était pas bien au point et que les fabricants de compteurs dont la culture est très propriétaires avaient tendance à la freiner. »

« Nous ne sommes pas intéressés à mettre en place des standards purement IBM… pas du tout. Nous sommes favorables a des standards d’interopérabilité le plus ouvert possibles pour une raison simple, c’est que les logiciels et les services que nous vendons doivent pouvoir embrasser le maximum de technologies. Le long de la chaine…il  y a beaucoup de technologies différentes et qui n’ont rien à voir avec nous, que nous devons intégrer. Nous pourrons les intégrer d’autant plus facilement qu’elles seront normées et standardisées. Nos briques de bases et nos consultants sont donc intéressés à être le plus ouvert possible. » C’est grâce à une forte normalisation et un haut niveau de standardisation qu’IBM pourra aider un maximum de projets à se développer plus rapidement et de façon sécurisée.

Une infrastructure informatique de gestion « métier» qui peut devenir incontournable

Cependant, à travers cette démarche ouverte et normalisée, IBM offre l’ensemble des éléments qui permettent au réseau électrique de devenir intelligent et de tirer partie de cette intelligence. Cette couche structurante peut devenir indispensable et essentielle une fois mise en place dès le moment où elle est adoptée par un grand nombre de distributeurs et d’utilisateurs sur le marché. « Nous restons modeste, répond Pascal Bécache, même si on en avait envie, IBM ne suffira pas a couvrir l’ensemble des besoins du nombre de pays et de sociétés qui vont s’équiper dans les 30 années qui viennent. » La démarche d’IBM pourrait ainsi s’inspirer de celle de Bill Gates qui à la fin du siècle dernier, a réussi à imposer le PC sous Windows comme une « infrastructure » incontournable pendant des années. Il n’est là plus question d’un système d’exploitation mais d’un système de gestion…

« Il y aura concurrence, ajoute-t-il, et émulation entre un nombre limité d’acteurs du marché parce que le système demande des technologies complexes et des investissements importants. Mais je ne vois pas du tout une hégémonie de tel ou tel acteur sur les infrastructures. »  A noter que IBM n’a pas été retenue pour le projet d’expérimentation autour des compteurs intelligents Linky mené par ERDF prévoyant d’équiper 300000 foyers à Tours et à Lyon. C’est un intégrateur Français, Atos, dirigé par un ancien PDG de France Télécom et ancien Ministre des Finances qui a « emporté » le projet de plateforme de récolte et d’analyse des données…

Différentes approches de régulation

La France, comme beaucoup de pays dans le monde, après être passé par un opérateur monopolistique, a décidé de créer un marché plus concurrentiel sous l’impulsion des directives de la Communauté Européenne. A l’inverse, les Etats-Unis, dont le marché était ouvert et concurrentiel, a décidé de mieux contrôler son marché. Il en résulte la mise en place d’une politique de régulation dans tous les pays, appuyée sur des approches assez différentes. En France, la CRE (Commission de Régulation de l’Energie) est le régulateur qui à l’instar de l’ARCEP dans les télécoms contrôle les acteurs et le marché. Petite différence cependant…Là où l’ARCEP n’intervient ni dans les technologies ni dans les prix de détail et se contente de réguler les prix de gros, la CRE est beaucoup plus directive en matière de technologie puisqu’elle définie un grand nombre de normes techniques (souvent sous couvert de sécurité) et elle fixe les prix à la consommation…

Il semble donc que la concurrence ne soit pas gérée au même niveau ni de la même manière entre les 2 organismes et on peut déjà constater que si l’ARCEP dispose d’une certaine indépendance vis-à-vis du gouvernement, c’est beaucoup moins le cas avec la CRE.  Il est important de noter ces différences dans la mesure où les 2 secteurs, l’énergie et les télécoms entament leur convergence… et que les deux organismes dans leurs objectifs cherchent à préserver l’intérêt des consommateurs…(au moins dans le discours).

Nous y reviendrons car le jeu des acteurs existants pèse lourdement dans la balance et les difficultés de mise en place de la Loi Nome (Nouvelle Organisation du Marché de l’Electricité) montrent que le poids de l’opérateur historique reste  fondamental.

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