La TMP (Télévision Mobile Personnelle) vivra-t-elle?… Une histoire de réseaux…


Lors d’une réunion intitulée « Telecoms 2010 », initiée par Premier Cercle, une partie du microcosme des télécoms et de la téléphonie mobile était réunis, venus écouter quelques leaders expliquer comment 2010 allait être un renouveau pour les télécommunications et les différentes formes de convergence dans cette atmosphère de…reprise.

Vincent Grivet, Directeur de la Télévision Mobile chez TDF participait à une table ronde centrée sur les nouveaux usages dans cette ambiance de convergence généralisée des services de télécommunications ou télévisuels fixes  et mobiles. Son propos était de traiter de l’avenir de la TMP, souvenez-vous, la Télévision Mobile Personnelle. En effet, plus de 4 ans après les premières expérimentations, alors que la technologie est parfaitement maitrisée, la TMP n’est toujours pas arrivée. Mais pourtant, avec un iPhone ou n’importe quel autre smartphone, je peux regarder la TV… sous certaines conditions. Que se passe-t-il donc ?  La version des faits de Vincent Grivet ne manque pas d’intérêt.

Démarré dans la douleur

« La TMP a démarré dans la douleur, c’est une réalité » précise-t-il. Inutile donc d’essayer de jouer la langue de bois, les faits sont là, la TMP n’a pas encore commencé. Il rappelle cependant que le grand frère de la TMP, la TNT (la Télévision Numérique Terrestre)  ne s’est pas faite toute seule non plus et que beaucoup, lorsqu’ont été crée les 18 chaines de la TNT, pensaient qu’elles allaient disparaitre rapidement. « Elles sont toujours là et florissantes » ajoute-t-il.  « Il faut rester calme et humble dans le domaine de la technologie et des média ». Mais quel sera donc l’avenir des 16 chaines annoncées pour la TMP ?

Les Français utilisent la Télévision Mobile des opérateurs

Plutôt que d’entrer dans le détail des circonvolutions du microcosme de la TMP, Vincent Grivet met en place les éléments du paradoxe en indiquant  que la Télévision Mobile est un usage qui s’est fortement et rapidement ancré dans la vie quotidienne des français. « Certains doutaient il y a 2 ans que les Français s’intéressent à la télévision mobile…Orange, qui publie des chiffres légèrement supérieurs à ceux de Médiametrie, montre un certain  avantage par rapport a ses deux concurrents. Il annonce en effet 3 millions d’utilisateurs réguliers et actifs de sa télévision mobile à la fin de 2009, soit 10% de sa base d’abonnées et probablement entre 1/3 et la moitié de ses clients 3G. »  Premier élément donc de ce tableau : la télévision est un usage qui s’est réellement et rapidement développé puisque les chiffres affichés par Orange France Télécom étaient de la moitié il y a un an. Orange annonce que les utilisateurs de sa télévision sur mobile sont à plus de 5 minutes par jour, un chiffre qui augmente rapidement. Dans certains pays étrangers, le temps d’utilisation quotidien dépasse maintenant les 30 minutes par jour. Les consommateurs sont donc intéressés par la télévision sur mobile pour peu qu’ils puissent disposer des solutions qui leur conviennent.

Le trafic des réseaux mobiles multiplié par 150 dans les 10 prochaines années

« Orange, poursuit Vincent Grivet, a admis l’année dernière que 40% de leur trafic de données sur leur réseau mobile était de la vidéo. Donc 10% des clients représente 40% de l’usage. » Il poursuit, en tant que membre de TDF, que les réseaux de broadcast (de diffusion) sont éminemment pertinents pour distribuer de manière massive ces contenus comme ils l’ont fait depuis 40 ans avec les réseaux de télévision classique car ils combinent la possibilité de porter un grand nombre de mega octets à un grand nombre d’utilisateur au même moment. Le réseau de broadcast diffère d’un réseau unicast dans la mesure où il envoie le même signal à tout le monde. Il est donc mieux adapté à des contenus de type télévisuels. TDF a élaboré un modèle de  simulation croissance du trafic des réseaux qui semble se confirmer au fur et à mesure de l’évolution. Sur ces bases il estime raisonnablement que le trafic des réseaux mobiles dans les 10 prochaines années allait augmenter d’un facteur 150 environ. « On va commencer à parler de pétabytes, c’est-à-dire de millions de gigabytes, précise-t-il. Un opérateur européen de taille médiane  avec 20 millions d’abonnés avait en 2009 un trafic moyen de 3 pétabytes environ. Dans 10 ans il en aura entre 200 et 300 petabytes… ».

Les investissements devront décupler pour suivre la demande de TV sur les mobiles

Vincent Grivet fait alors un rapide calcul sachant que ce même opérateur médian dispose sur un territoire comme la France de 15000 sites (des stations de cellule). Selon lui, la charge moyenne supportée par chaque site est aujourd’hui inférieur à 1 mégaoctets et dans les 8 à 10 prochaines années cette charge approchera les 70 mégaoctets, ce qui représente un saut énorme. Financièrement parlant, cet opérateur dépense aujourd’hui environ €100 millions pour améliorer son réseau de façon à lui permettre de supporter la charge (tant bien que mal)… Il estime que dans 10 ans, il devra dépenser  €1 milliard par an si l’on inclue les améliorations nécessitées par le 3G et le LTE à venir. « La TV sur mobile représente une grosse moitié de la charge supportée par les réseaux » ajoute-t-il… Le poids de la télévision sur les réseaux mobiles est donc énorme.

Les réseaux de broadcast, une opportunité…. !

Aujourd’hui, les réseaux mobiles plient sous la pression des utilisateurs de smartphones, principalement parce que les opérateurs mobiles offrent des bouquets de télévision mobiles, qu’ils considèrent comme un moyen de se différencier et d’augmenter l’ARPU (le revenu moyen par utilisateur) grâce à des offres premium et des exclusivités sur les contenus. Il suffit de chercher à regarder sur son mobile le tournoi de tennis qui se déroule à Roland Garros en ce moment pour rapidement toucher du doigt les enjeux entre les différents acteurs de ce secteur, opérateurs mobiles, fournisseurs de contenus, chaines de télévision etc…

Les opérateurs, simultanément confrontés à des investissements sur les réseaux fixes et sur les réseaux mobiles cherchent à palier au plus pressé et au plus économique, mais ils devront de toute manière améliorer leurs réseaux. D’autre part un certain maintient de la rareté de la bande passante évite que cette dernière ne se dévalue trop vite, permettant de perpétrer les rentes de situation, ce qui explique la réticence des opérateurs a voir un nouveau réseau se constuire, principalement pour canaliser la vidéo qu’ils utilisent pour capter et verrouiller leurs abonnés.

Une réduction des coûts d’un facteur 10 ou 15

Pour Vincent Grivet : « Le broadcast est une  réelle opportunité pour les contenus télévisés dans la mesure où les gens reçoivent le même contenu en même temps. » Pour la vidéo à la demande ou la catch up TV, 80% des minutes consommées se portent sur un nombre limité de contenus (qui peuvent  changer dans le temps) mais qui à un moment donné, peuvent être broadcastés. (Match de football, tennis etc…) . « Pour donner quelques ordres de grandeur de cette d économie poursuit-il,  on pense que assez rapidement les opérateurs mobiles pourraient décharger la moitié de leur trafic vidéo sur des réseaux de broadcast ce qui fait environ 30% de leur trafic data global. »  Il mentionne plusieurs centaines de millions d’euros d’économies par an…  « Un  abonné dans les conditions de coût des réseaux 3G (qui ne sont pas vraiment optimisés), coute 60 euros par mois à l’opérateur s’il regarde 10 minutes de TV sur son mobile par jour. Si dans 5 ans, l’utilisateur passe à 30 minutes de TV sur mobile par jour, sachant que la productivité des réseaux aura été améliorée par le 3G et le LTE, il coutera 10 euros. Mais sur un réseau de broadcast, on peut  diviser aujourd’hui comme dans 10 ans ces coûts par un facteur entre 10 et 15… on revient à des coûts qui ne s’expriment plus en euros par mois mais plutôt en centimes d’euros par mois comme c’est le cas dans la TNT ». Il est certain que la distribution de la TNT à presque 60 millions de Français ne coûte pas 10 euros par foyers, car dans ces conditions elle n’aurait jamais vu le jour.

Le verrou est le « go to market »… TDF veut débloquer la situation

Vincent Grivet ajoute que la qualité des flux télévisuels obtenus dans le broadcast est bien meilleure et plus stable. « Le broadcast est associé à la qualité HD, ce qui n’est pas le cas de l’Unicast » L’agenda de la TMP a été fixé et semble se dérouler normalement puisqu’à la fin du mois de mars, le CSA a donné l’autorisation d’émettre à 16 chaines de TMP, après un long processus de sélection qui a commencé en mars 2007. Après avoir examiné les dossiers d’exploitation dans le détail, le CSA donnera son accord définitif le 7 juin prochain. Mais le processus aurait pu s’arrêter là  car pour l’instant il n’y a pas encore vraiment de réseau…Le mois dernier pourtant, TDF a été choisi par le gouvernement pour être l’épine dorsale de ce nouveau réseau auquel il espère encore que des opérateurs viendront s’associer. TDF allié avec Omer Telecom (qui en France possède Virgin Mobile, Tele2 Mobile, Breizh Mobile et Casino Mobile), annonçait que 50% de la population française serait couverte d’ici la fin de 2011 dans 2500 communes comprenant 80 des plus grandes villes de France. Virgin Mobile (un MVNO de Orange qui dispose de 1.7 millions d’abonnés en France) aurait une exclusivité sur le réseau pendant 6 mois avant de l’ouvrir à d’autres, s’ils veulent bien venir… L’investissement annoncé par TDF pour cette tranche est de €15 millions ce qui semble dérisoire par rapport aux sommes englouties par les opérateurs dans leurs réseaux mobiles saturés… Le coût de l’abonnement serait de quelques euros par mois pour l’abonné.

Un problème de terminaux…

« Les opérateurs ont décidé que la TMP n’était pas une technologie sur laquelle ils voulaient s’engager et investir » conclue Vincent Grivet. Il reste maintenant à faciliter l’apparition de terminaux compatibles DVB-H, ce qui pose un autre problème dans la mesure où les opérateurs verrouillent en grande partie ce marché par le phénomène de la subvention et qu’ils préfèrent bien sur favoriser leur propres chaînes TV. En effet, il faut disposer d’un téléphone qui dispose d’une puce spéciale DVB-H capable de recevoir le signal TV, ce qui augmente légèrement le coût de l’appareil. Mais si il apparait que si la TMP commence à attirer des clients,  les fabricants de téléphone vont rapidement développer de nouveaux terminaux compatibles DVB-H à des prix proche des anciens. TDF annonce que son réseau deviendrait  rentable avec 1 million d’abonnés… Vincent Grivet concluait : «Aujourd’hui aux Etats-Unis  grâce à un dispositif d’extension très simple, l’iPhone peut déjà accéder au système de TMP américain équivalent appelé Flo, dont la technologie provient de Qualcomm et qui a reçu le support des opérateurs américains. » A noter enfin que les autorités Espagnoles ont récemment  décidé, comme d’autres pays en Europe, d’arrêter tous les projets ibériques de DVB-H  et se proposent déjà de redistribuer les fréquences…

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