Très Haut Débit : La grogne entre le doute et l’impasse… !


Faut-il remettre en cause la concurrence par les infrastructures pour la fibre ?

Le Forum des Décideurs, organisé par Serge Pilicer, s’est tenu, au Conseil Economique et Social la semaine dernière. Il a contribué à faire émerger  un certain nombre de problèmes de fonds qui empêchent la mise en œuvre rapide du Très Haut Débit en France, alors que tout est là. Paris est entièrement fibré (voire sur-fibré), un assez grand nombre de DSP sont en route en France,  mais le nombre d’appartements connectés à la fibre stagne alors que nombre de pays européens (ne parlons pas de la Russie ou du Japon) sont en train de basculer dans une nouvelle économie du Très Haut Débit.  Après un constat pas très reluisant de l’état des lieux (voir l’article précédent), passons à une tentative d’analyse des mécanismes qui semblent conduire à cette situation bloquée qui apparemment s’éternise.

« En Auvergne, on ne peut pas passer au très haut débit » (René Souchon)

René Souchon, Président de la Région Auvergne avait déjà mentionné le problème il y a 9 mois lors du congrès RuralTIC à Aurillac. Aujourd’hui, son discours est un peu plus véhément et  il s’en prend à l’ARCEP dont il juge la réglementation un handicap pour les zones rurales. « Les ayatollahs de la concurrence ne sont jamais allés sur le terrain affirme-t-il. La concurrence par les infrastructures, imposée par la commission européenne et reprise comme doctrine par l’ARCEP, ça ne marche pas. Notre stratégie est  issue de la stratégie que nous avons mise en place pour le haut débit dès 2008 et dont la mise en œuvre vient de recevoir un prix à Bruxelles. Ce plan THD Auvergne est articulé autour d’un plan directeur dont l’objet est de faire de la desserte fibre autour des Zones d’activités, il y en a 87 en Auvergne. Nous prévoyons de faire des cercles de 20 à 25 km autour de chaque zone pour de la montée en débit (c’est-à-dire 80 à 90% à 8 Mbps). Mais dans ces zones, il n’y a pas de concurrence possible, il n’y a pas de modèle économique pour les zones rurales et l’ARCEP ne permet pas la montée en débit… On est donc bloqué, on ne peut pas passer au très haut débit alors qu’on est prêt depuis la fin 2009. »

Voila un discours qui ravira l’opérateur historique qui a passé en 2008 le premier PPP pour les NRA Zone d’ombre en Auvergne et travaille en active coopération avec le conseil régional. Malin, Bruno Janet, conseiller spécial du PDG de France Télécom et directeur des relations avec les collectivités locales, voit là une opportunité pour conforter  l’emprise de l’opérateur historique sur ce vaste territoire de zone 3. Il cherche à pratiquer la péréquation à sa manière, avec des opérations d’infrastructure de grande envergure qui peuvent être cofinancées par de l’argent public.  « Depuis le chemin de fer, il n’y a jamais eu une telle opportunité pour développer les territoires ruraux ajoute René Souchon. Nous avons déjà réussi à inverser une tendance avec un flux positif de gens qui s’installent en Auvergne. Il faut arrêter de penser l’arrivée du THD à partir d’une vision qui ne dépasse pas le boulevard périphérique. Il est dommage de ne pas donner toutes ses chances à l’espace rurale au moment ou les gens commencent à en reconnaitre les vertus.»

« Les opérateurs surinvestissent dans des zones denses où la prise installée coûte 150 euros » (Roland Courteille)

L’approche de Roland Courteille, Directeur du Syndicat de Communes  Manche Numérique conduit à des remarques identiques pour des raisons différentes dans la mesure où la réflexion de la Manche autour du haut débit date de 1995. « Aujourd’hui, grâce à la DSP et 1200 km de fibre en collecte, la Manche est dégroupée à 96% et couverte à 100% en 3 mégabits minimum, précise Roland Courteille, soit par du DSL soit par du WiFiMax (un mix WiMax et WiFi) sur 220 point hauts» La DSP, attribuée à Manche Télécom (LD collectivités-SFR) en 2004 a été étendue à la fibre à la maison pour 26000 prises à St Lô et Cherbourg. «  Mais alors que nous avons déjà installé 4000 prises fibre chez l’habitant à St Lô, poursuit-il,  on se rend compte qu’on est parti pour essuyer les plâtres.  En effet, les travaux en cours dans les diverses instances cherchent à favoriser les investissements privés pour le stimuler et l’optimiser partout où il est susceptible d’être rentable. Alors que le territoire a été divisé en 3 zones, seules les modalités d’interventions dans les zones très denses ont été déterminées. Le premier effet de ce zonage est de mobiliser les opérateurs sur ces zones, avec des prix de référence à la baisse, c’est-à-dire que les 3 grands opérateurs concentrent leurs actions là où les prises sont les moins chères à réaliser et où elles peuvent rapporter le plus. Le coût d’investissement dans une zone dense est d’environ 150 euros la prise. D’autre part, les opérateurs privilégies le co-investissement de façon à éviter toute forme de négociation d’égal a égal avec les collectivités, les conduisant à des réseaux dont ils peuvent « organiser » la mutualisation..  (ndlr…un peu comme aux Etats-Unis). »

Favoriser la concurrence par les usages et les contenus… plutôt que par les infrastructures (Roland Courteille)

Donc la combinaison de la concurrence par les infrastructures, du contrôle de la montée en débit et du zonage de la France en 3 zones laisse les territoires ruraux dans l’alternative suivante : ou bien tomber entre les mains de l’opérateur historique qui occupe le terrain depuis longtemps, bénéficie du génie civil en place et ne rencontre aucune concurrence, il redevient donc un partenaire incontournable pour la collectivité, ou bien de voir son infrastructure de collecte et d’accès, mise en oeuvre avec l’argent des contribuables rester  inutilisée par des opérateurs qui préfèrent créer leurs propres réseaux dans les seules zones qui les intéressent. Même le THD 92 rencontre quelque part ce type de problème puisque Bouygues vient jouer les trouble fête en se proposant de louer de la fibre noire à Sequalum alors qu’aucun des autres opérateurs ne l’a fait jusqu’à présent.

En effet, Roland Courteille  explique que la modélisation faite par Manche numérique pour son plan de 26000 prises fibres dans cette zone moyennement dense était un prix de vente de la fibre aux opérateurs à €300 la prise, sachant que le coût moyen réel est de €450 la prise (en partie grâce à la collecte issue de la DSP pour le haut débit). Il basait ce modèle sur la possibilité de « vendre »  la plaque (en général un quartier de 1000 prises) à 2 opérateurs en moyenne sur cette base, les deux opérateurs entrant donc en concurrence pour atteindre le maximum de pénétration en abonnés sur cette plaque.  « On se rend compte que le mécanisme est faussé et que les opérateurs préfèrent surinvestir dans les zones qui les intéressent et que la puissance publique doit aussi surinvestir pour atteindre ses objectifs dans les zones rurales… » En fait un vrai gâchis en investissements redondants alors que les finances publiques sont en crise.

Roland Courteille termine en indiquant  « Ou bien on renforce la polarisation sur les grandes villes et on laisse les zones rurales à leur triste sort ou bien on a la volonté d’un meilleur équilibre mais il faut agir différemment au niveau de l’intervention publique… Il faut favoriser la concurrence par les usages et par les contenus plutôt que par les infrastructures». Certains, nous le verront dans un prochain article, pensent que la mutualisation (pour ne pas dire nationalisation) de la boucle locale fibre ou la séparation fonctionnelle sont aujourd’hui les seules issues possibles, L’Australie vient de montrer la voie.

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2 commentaires sur “Très Haut Débit : La grogne entre le doute et l’impasse… !”

  1. David Cêtre Says:

    Peut-être qu’il faudrait imposer aux opérateurs de fibrer 1 foyer en zone rurale pour 10 foyers en zone urbaine… (ratio à discuter).

  2. cambon françois julien Says:

    je viens de lire sur le web que 99,2 % des manchois ont accès a l’adsl ?pourtant je n’ai ni haut débit, ni télévision…pas dégroupé quoi! seul mon voisin(mon fils) est chez orange peut en bénéficier!
    je veux bien passer pour un imbécile, mais qu’on m’explique!
    FrançoisJulien Cambon 35 le bourg 50430 Vesly


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