Comment Free-Iliad va changer la téléphonie mobile en France


Le 4ème opérateur mobile est arrivé, l’ARCEP l’a annoncé la semaine dernière. Bien sûr, les trois opérateurs en place ne sont pas très contents de voir arriver un quatrième larron, un indépendant comme on dit,  sur un beau gâteau qu’ils vont devoir partager. Ils utilisent tous les moyens à leur disposition pour  essayer de faire en sorte que la part du gâteau de Free soit la plus petite possible. Free-Iliad a finalement obtenu la possibilité de devenir un opérateur à part entière, disposant de son propre réseau terrestre (pour le haut débit et le très haut débit) et de son réseau mobile. Il lui aura fallu près de 5 ans pour obtenir cette licence mobile qu’il entend utiliser pour agiter un peu le marché où les principaux acteurs dormaient tranquillement sur leurs rentes de situation.

Ne nous trompons pas, Free est un opérateur et non pas un philanthrope. Notre but est de comprendre, à travers les différents éléments dont nous disposons, ce que Free va changer sur le marché de la téléphonie mobile en France et comment. On sait qu’il a quelques antécédents dans le haut débit fixe puisqu’il a été le premier à proposer un forfait triple play en France, ce que beaucoup d’étrangers nous envient.  Certes, tout n’a pas été rose du premier coup, mais le résultat est plutôt positif. Il l’a été aussi pour le bas du bilan de Free.

Le Challenge : une  rupture sur le marché mobile Français

Nous ne nous arrêterons pas sur la profitabilité du marché de la mobilité en France. Elle est connue et reconnue. Ainsi un analyste de la Société Générale précisait récemment que si la facture moyenne par abonné est de €37 euros en France, stable depuis des années, elle est de €25 dans les autres pays d’Europe et de €13 en Angleterre. Lisons donc de plus près le long document de l’ARCEP (PDF de 71 pages) qui accompagnait la décision d’approbation, vendredi dernier.

Le régulateur détaille très précisément ses critères de décision et la notation qu’il a attribuée à la proposition de Free Mobile, sur 9 points. Bien sûr, tous les éléments du business plan de Free Mobile ne sont pas rendus publics et aucun chiffre n’est cité de façon à ne pas donner trop d’armes à la concurrence qui, bien entendu, va essayer de glisser des peaux de bananes sur sa route. Mais on apprend déjà pas mal de choses au delà de la simple orientation donnée par Xavier Niel depuis le début : « couper la facture annuelle de téléphone mobile en deux… » ou « encore diminuer de 1000 euros pas an la facture de téléphone mobile d’un foyer ».  Cherchons à découvrir plus concrètement ce qui va se passer, car contrairement à ce que laissent penser les analystes, il n’y aura certainement pas de guerre des prix en France.

Il y aura probablement un ajustement des prix, hautement souhaitable,  comme ce qui s’est passé sur le DSL. On verra surtout une revitalisation du marché grâce à une nouvelle approche plus créative et mieux adaptée aux besoins du consommateur.  Free indique dans son plan être en mesure d’atteindre 8 millions d’abonnés mobiles d’ici 2020. On mesure l’ampleur du challenge pour Free lorsqu’on sait que Orange France-Télécom indiquait ce mois-ci avoir passé les 25 millions d’abonnés mobiles en France.

Des contraintes techniques

Techniquement, Free Mobile devra respecter un certains nombre de contraintes imposés par l’ARCEP. Ces contraintes se sont appliquées aux autres opérateurs mobiles lorsqu’ils ont obtenu leurs licences. Free Mobile devra couvrir 25% de la population grâce à ses propres stations de bases, dans les 2 ans après la décision d’attribution, c’est-à-dire avant le début 2012. Pour cela, il indique qu’il va construire un certain nombre (non précisé) de stations de bases de façon à couvrir 17 grandes zones urbaines en priorité. Avantage par rapport à ses concurrents, toutes ses stations de base utiliseront la technologie IP (Internet Protocole) en natif, à la norme UMTS W-CDMA 3GPP de la famille IMT 2000 sur les bandes de fréquence 2,1 GHz. Son réseau est donc déjà  quasiment prêt pour le LTE.

Dans les 18 prochains mois, Free Mobile récupérera aussi des portions du spectre dans les fréquences 900 MHz qui lui seront rétrocédées par les 3 autres opérateurs. Cette mesure d’égalité est imposée par l’ARCEP qui a donné le droit aux autres opérateurs de réutiliser leurs fréquences 900 MHZ, de meilleure capacité de couverture, pour leur réseau UMTS. Free utilisera ces fréquences plus particulièrement dans les zones rurales et participera donc activement à la lutte contre la fracture numérique.  Free indique que tout son réseau installé utilisera le logiciel HSPA qui permet le transport des données à 28 mégabits par seconde (en descente). Une fois les 25% de la population couverts, Free aura le droit de signer un accord de roaming avec un operateur 2G existant qui lui permettra de couvrir tout le territoire Français.

Une nouvelle approche du consommateur

Free compte bouleverser le marché du Mobile avec des prix bas et les données mobiles, en général illimitées, à 28 mbps, pour tous ses abonnements (ou presque) y compris les prépayés. A cela  s’ajouteront  un certain nombre de caractéristiques qui vont changer la donne du point de vue des utilisateurs. En effet, Free indique vouloir proposer une offre inférieure à 20 euros par mois pour trois heures d’appel vocal  et les données illimitées. Free Mobile explique que selon une enquête réalisée par un organisme indépendant, environ 4 millions de personnes de plus de 15 ans en France  n’ont pas accès à un téléphone cellulaire, souvent pour des questions de prix ou d’inaccessibilité. Ce sont principalement les gens à faible revenu,  les jeunes, et les personnes âgées. Le taux de pénétration en France est pourtant près de 91%…

C’est pour cette raison que l’offre de Free Mobile sera plus simple à comprendre et à gérer pour le consommateur que les offres actuelles des opérateurs. En effet, celles-ci comportent toutes des exceptions, des adjonctions, de nombreux cas et mécanismes particuliers, la plupart du temps mentionnés en codicille dans les contrats, que le consommateur ne comprend pas, n’y fait plus attention, et se retrouve avec des factures qui explosent. Free précise qu’il mettra en place des d’outils simples permettant à l’utilisateur de comprendre sa facture et de mieux connaitre et contrôler sa consommation.

Le terminal sera payé à part, l’utilisateur garde le contrôle

L’une des innovations importante  de Free Mobile porte sur le terminal. En effet, celui-ci ne sera pas sponsorisé par Free, mais vendu à son prix coûtant et financé séparément.  En effet, lorsqu’un opérateur sponsorise un terminal (comme c’est le cas le plus souvent aujourd’hui), la différence entre le vrai coût du terminal et le prix promotionnel proposé à l’utilisateur est en réalité payée dans la facture d’accès au service grâce à un contrat de 2 ans. Au bout de 2 ans, lorsque le consommateur a remboursé la somme avancée par l’opérateur, celui-ci ne baisse pas pour autant sa facture mensuelle… Il en résulte que l’abonné offre un surprofit à l’opérateur au-delà des 2 ans du contrat. Free Mobile précise donc que le prix de ses abonnements mobiles sera plus faible puisqu’ils ne comprendront pas le remboursement de la partie du terminal sponsorisée par l’opérateur.

Pour Free Mobile, le terminal sera payé séparément par l’utilisateur, à son choix en une fois ou sur un plan mensuel adapté qui apparaitra séparément sur sa facture mensuelle. Lorsque le terminal sera payé par l’utilisateur, sa facture mensuelle sera donc uniquement celle de l’accès. Cette disposition aura probablement des conséquences importantes. D’une part le coût de l’accès mobile sera diminué et l’utilisateur connaitra le vrai coût de son terminal, ainsi que ses échéances de paiement. La concurrence entre les fabricants de terminaux ne s’effectuera plus par le biais des opérateurs et on risque de voir le coût des terminaux baisser, alors que leurs cycles d’innovation apparaitront plus clairement.

Le marché des terminaux connaitra certainement une nouvelle jeunesse avec de nouveaux entrants comme Apple et probablement Google, dans la mesure ou le consommateur pourra exprimer plus directement ses choix.  Il est fort probable que les téléphones débloqués deviennent la norme au moins en Europe. En effet, l’une des premières directives de la Communauté Européenne mises en place dans le nouveau Paquet Télécom est de faire en sorte qu’un utilisateur puisse changer d’opérateur mobile en une journée.

La convergence est l’innovation

La pratique du forfait tout compris est donc un atout que Free Mobile utilisera et il précise que les forfaits mobile permettront de télécharger librement  vidéos, photos, musique et d’accéder à du vidéo streaming et que la voix sur IP (Skype ou autre) pourra être pratiquée librement.  Plusieurs offres prépayées avantageuses seront aussi proposées avec données mobiles pour ceux qui veulent accéder Internet occasionnellement.

Toujours sur  le plan des données mobiles, Free Mobile offrira un plan très compétitif autour des clés 3G USB qui permettent d’accéder au réseau 3G à partir d’un ordinateur et proposera aussi une clé 3G USB en prépayé. Free Mobile  précise qu’il  jouera au mieux les synergies que lui permet la convergence fixe-mobile.  Il indique ainsi que les abonnés Free Mobile bénéficieront de tous les services multimédia dont bénéficient les abonnées DSL FreeBox. Aucun détail supplémentaire n’est fourni, mais on peut supposer qu’il  proposera un vrai plan quadruple play très attractif… Une interface spéciale permettant d’adapter aux mobiles les services triple play de l’offre Free fixe sera mise en place.

Utilisation du FreeWiFi

Une autre manière d’utiliser la convergence fixe-mobile pour Free Mobile sera l’utilisation du réseau FreeWifi mis en place au sein de la communauté des abonnés DSL de Free, environ 3 millions de personnes en France. Tous les abonnés de Free Mobile auront en effet accès au réseau FreeWifi, que Free rend accessible à ses abonnés DSL utilisant la FreeBox V5. Mis en place cette année, ce réseau permet d’ouvrir un canal WiFi séparé dans chaque Free Box, canal accessible gratuitement aux autres abonnés Free en situation de mobilité.

Non seulement cette possibilité élargi le rayon d’action des utilisateurs de smartphone chez Free Mobile, mais elle permettra aussi de soulager en partie le réseau 3G naissant de Free Mobile. On sait l’impact que l’iPhone par exemple a pu avoir sur les réseaux mobiles des opérateurs. Aux Etats-Unis, AT&T en est à demander aux utilisateurs d’iPhone « d’être raisonnable » dans leur usage du réseau 3G pour les données mobiles…  Free indique aussi qu’il développera des hot spots WiFi accessibles à ses abonnés dans un grand nombre de lieux publics, aéroports, restaurants, gares, hôtels et qu’il passera des accords de roaming avec des opérateurs de réseaux WiFi  en France.

Enfin Free Mobile a indiqué son intention de susciter 4 opérateurs MVNO grâce à un partenariat plus permissif et plus réalistes que les partenariats de MVNO  proposés par les autres opérateurs. Ils pourront bénéficier de meilleurs conditions et d’une plus grande latitude pour développer leurs activités en France.

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