La Silicon Valley et les « Clean Tech »…L’action d’un Français chez PG&E


Université de Stanford

François-Xavier Rongère est un de ces nombreux Français expatriés, envoyé en Silicon Valley il y a quelques années par une grande société Française EDF, pour y mettre en place EaseEnergy, un système permettant des transferts (disons plutôt des échanges) de technologies entre des sociétés américaines et EDF. Après quelques années passées à rechercher des start’ups américaines dans lesquelles EDF a pu investir,  s’est posée la question du retour… Il a préférer rester de l’autre côté de la barrière et se faire embaucher  par l’équivalent californien de EDF, à savoir PG&E, ce qui veut dire Pacific Gas and Electric, qui couvre un pays grand comme la France du point de vue économique. Il y est responsable des économies d’énergie… tout un programme.

DBF est une association de Français dans la Silicon Valley que j’ai eu le privilège de porter sur les fonds baptismaux il y a une quinzaine d’année avec quelques amis locaux dont Jean Louis Gassée. Nous nous retrouvons tous les premiers  lundi de chaque mois et recevons un « invité du mois » qui nous parle de son expérience personnelle. Là, pas de marketing et pas de promotion outrancière, il est passé gentiment « à la moulinette » par Jean Louis Gassée, pas toujours très politiquement correct du point de vue de nos amis américains mais toujours avec beaucoup d’humour et d’intelligence.

L’entretien avec François Xavier Rongère a été passionnant, mais il a duré plus d’une heure. Je l’ai intégralement filmé et pour le rendre plus facile à écouter, je l’ai découpé en quatre séquences. Cela vous permettra d’y revenir en plusieurs fois comme on revient souvent sur un livre pour le savourer.  Pour en faire un résumé, j’ai repris le petit bulletin de Jean Louis Gassée (l’intervieweur),ancien Président d’Apple Corp et fondateur de Be Inc, aujourd’hui devenu Capital Risqueur chez Ares Venture, qui publie toutes les semaines ses réflexions sur l’état d’esprit, la santé et les humeurs de la Valley.  Cette semaine, après cet entretien, il réfléchi sur le thème des « clean tech » sous un angle inhabituel, avec une perspicacité et une agilité toute personnelles. Son point de vue est celui d’un investisseur.

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Voici ce qu’écrit Jean Louis Gassée :

CleanTech économiquement correct

L’arrêt est sans appel : risque politique excessif.
Le juge est un de mes confrères, excellent investisseur, très conservateur et néanmoins ami, même s’il me brocarde, disant que je suis un dangereux socialiste regrettablement laissé en liberté dans la Vallée.
L’objet de son verdict : le CleanTech. Il soutient que les investissements dans les applications des technologies ‘’propres’’ ou ‘’vertes’’ sont trop vulnérables aux virages politiques à Washington, ou à Sacramento. Ni Obama ni Schwartzenegger ne sont éternels, espère-t-il. Plus précisément, il montre du doigt les modèles économiques, les pompes à chaleur financière qui puisent dans les poches du contribuable. Pour lui, les subventions à l’entreprise politiquement correcte, ou à ses clients bien-consommant disparaîtront après les élections de novembre 2010, parlementaires, ou 2012, présidentielles.

Mon ami n’a pas complètement tort.
Les Prius qui
m’ont appris une conduite plus économique, ont bénéficié d’avantages financiers. Bonus de $2000, et autres, accès privilégié en solitaire aux files d’autoroutes réservées au covoiturage. Tout cela alors que les véhicules diésel européens, encore mal compris ici (après avoir été longtemps boycotté), font aussi bien ou mieux que la Prius frâce à des moteurs autour desquels l’innovation ne s’est pas arrêtée en Europe. Les Etats Unis en matière de moteurs diesel ont accumulé du retard. Ces subventions ont expiré. Ou encore, une décision politique impose aux producteurs/transporteurs d’électricité d’acheter la production des particuliers à des conditions ‘’exemplaires’’, c’est-à-dire sans justification économique présente ou prévisible. La part de ces productions emblématiques est moins d’un cent-millième de la production totale. Le contribuable/consommateur finira par faire la différence entre sentiments louables et kleptocratie douce.


Heureusement, pour nos affaires dans le CleanTech, un compatriote nous remet dans le droit chemin, celui d’applications à la fois ambitieuses et réalisables, éprouvées même. Nous sommes à la réunion mensuelle de DBF, une des associations de Français de la Vallée. François-Xavier Rongère, notre invité, est ingénieur hydraulicien, Grenoble, ancien de l’EDF devenu cadre de PG&E (Pacific Gas & Electric), le fournisseur d’énergie local. Pour ce qui est des applications ‘’exemplaires’’, il observe une courtoise obligation de réserve et préfère emmener le dialogue vers ce que, grâce à lui, j’appellerai les applications économiquement correctes. C’est-à-dire naturelles, durables.

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On le sait, la Californie est devenu le 4ème producteur mondial de vin, production qui, je l’ignorais, consomme beaucoup d’eau et d’énergie. Grâce à une technologie française développée pour une autre application très énergivore, la déshydratation de la luzerne, les économies dans le traitement des moûts de raisin atteignent 80 à 90%.

Moins prestigieux, mais toujours important, le même procédé de déshydratation (cycles de compression) physique plutôt que thermique permet des économies similaires pour un produit très californien, la tomate et ses jus et concentrés. À force de voir le monde au travers de nos lunettes high-tech, nous pourrions oublier que la Californie est un colossal producteur agricole, le premier des États-Unis, 13% de la production nationale (en dollars) avec 4% des fermes.

Plus près, sinon de nos estomacs, du moins de nos cerveaux, 553.000 dossiers, applications à PG&E, gérés par notre invité. Vous construisez un immeuble de bureaux, un centre commercial, un hôtel. Vous pouvez vous borner au ‘’service minimum’’, au strict respect des règlements en matière d’isolation thermique. Ou bien vous dépensez plus pour rendre l’immeuble plus efficace, cela peut aller du vitrage à l’éclairage ou à la circulation d’air froid depuis le bas des pièces, au lieu du plafond.

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Dans ce cas, un contrat avec PG&E produit un rabais tarifaire en échange de votre investissement. Mais, direz-vous, c’est une subvention soumise aux aléas politiques. En fait, non. En quelques années, ces contrats ont produit une centrale électrique ‘’en creux’’. Ces contrats, ces économies sont très profitables pour PG&E puisqu’ils ont permis d’éviter la construction d’une centrale de 900 MW.

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Les applications CleanTech économiquement correctes abondent : les réfrigérateurs sont passés de 1,2Kwh en 1970 à 400Wh maintenant, c’est déjà le passé ; le plan est de réduire la consommation des téléviseurs dans des proportions similaires et de s’attaquer à l’éclairage qui, dans les maisons individuelles, représente souvent 50% de la consommation électrique. Nous n’oublierons pas non plus les centres informatiques, les datacenters qui, autrefois très gourmands, commencent à réduire leur appétit. Pensons à Google et ses deux millions de servers : 30 watts/heure économisés par serveur, 60MWh, représenteraient, soulignons le conditionnel, l’hypothèse, une bonne portion de la centrale ‘’en creux’’ ci-dessus. Dans les centres informatiques les plus récents, au lieu d’introduire de l’air froid à 12ºC, une meilleure circulation intérieure permet d’utiliser de l’air ambiant à 22ºC, réalisant une économie d’énergie de 75% sur le poste refroidissement.

Arrêtons là. Le secteur économiquement correct du CleanTech est un terrain fertile pour nos jeunes pousses qui peuvent développer matériels, logiciels, services à l’abri des modes, des mouvements de balancier politiques. Appuyés sur des facteurs durables comme le coût négatif de l’infrastructure évitée, sans reposer sur un putatif accès de vertu du consommateur (ou du législateur), les modèles économiques de ces investissements évitent le risque politique qui répugne à mon très prudent collègue.

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One Comment sur “La Silicon Valley et les « Clean Tech »…L’action d’un Français chez PG&E”

  1. GILLE Says:

    Très intéressant. Que de chemin parcouru depuis les Renardières. Ah si seulement on avait climatisé la petite salle info de l’époque façon datacenter … je me souviens encore de de cette machine a fabriqué du blizard e qui faisant autant de bruit qu’un avion de chasse !


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