Orange App Shop, le nouveau « Minitel du Mobile » de France Télécom ?


Deux ans après Apple avec son App Store, Nokia avec OVI, et un certain nombre d’App Store pour Android, l’opérateur historique Français renforce sa présence en aval de la chaine de valeur de la téléphonie mobile sur Internet en lançant sa propre boutique d’applications appelée Orange App Shop.

Mais il contribue aussi à créer une peu plus de confusion chez les utilisateurs dans un marché de la téléphonie mobile très fragmenté. En effet, le marché en amont est parcouru par une intense lutte entre les fabricants de téléphone, les opérateurs, les fournisseurs de contenu et les fournisseurs de services pour capter et garder l’utilisateur final le plus longtemps possible, en lui faisant dépenser le plus d’argent possible grâce à des moyens très marketing, sans qu’il ne s’en rende vraiment compte. Repart-on vers un monde de « jardins protégés » cher aux opérateurs de cable aux Etats Unis?

Une boutique en ligne prévue depuis longtemps

L’annonce de France Télécom annoncée ce mercredi à Paris était attendue et inscrite depuis le début de cette année sur le calendrier. Le service est aujourd’hui accessible sur 2 sites, le Portal Wap Mobile de France Télécom et le portail de Orange UK . Il sera rendu disponible progressivement dans d’autres pays d’Europe, en Espagne, en Belgique, en Pologne, en Roumanie, en Suisse etc… Chaque site portera des applications et des contenus plus particulièrement adaptés et localisés au pays auquel il s’adresse. Yves Tyrode, responsable du Technocentre de France Télécom qui a testé le premier millier d’applications offertes à côté de jeux et quelques 3000 ringtones précise que dans un premier temps, elles ne pourront être utilisées que par seulement environ 1 million d’utilisateurs d’un téléphone mobile Orange, soit 2% de la clientèle mobile de l’opérateur.

En effet, seule une palette limitée de téléphones revendus par l’opérateur peut recevoir ces applications, ce sont deux portables de Nokia (Nokia 6303 et Nokia 6700) et 6 terminaux de Sony-Ericsson (Sony Ericsson C510, Sony Ericsson C905, Sony Ericsson W595, Sony Ericsson W910i, Sony Ericsson W995 et Sony Ericsson Yari). Les clients équipés de ces appareils recevront automatiquement l’accès à Orange App Shop sur leur terminal d’ici la fin de l’année. Plus tard en 2010, Orange ajoutera les appareils de Samsung, LG, HTC, Motorola et RIM Blackberry.

Assurera-t-elle l’interopérabilité des applications?

Orange s’adresse aux réseaux des développeurs via son site Orange Partners pour les inciter a développer des applications qui soient compatibles avec 5 plateformes de développement les plus utilisées sur le marché, Microsoft Windows Mobile, Java, Blackberry, Symbian et Android. A noter que le fait de développer une application pour une plateforme ne la rend pas forcément capable de fonctionner sur tous les téléphones qui utilisent cette plateforme, et à plus forte raison sur des téléphones qui utilisent des plateformes différentes.

C’est là qu’interviendra le rôle de l’App Shop d’Orange qui doit s’assurer que les applications fonctionnent réellement et correctement sur tous les téléphones. Il risque cependant d’y avoir quelques méprises et cafouillages au début. Cependant, en principe, un utilisateur ne pourra pas télécharger des applications ou des contenus qui ne fonctionnent pas sur son appareil. Orange précise aussi qu’un utilisateur pourra garder et réutiliser sur un autre téléphone les applications qu’il avait acheté pour un précédent appareil. Pourra-t-il aussi changer d’opérateur et garder ses applications? Voici un certain nombre de conditions qui restent pour l’instant dans le flou.

Un remake du Minitel ?

L’intérêt de l’App Shop pour l’opérateur est la mise en place d’un système d’achat simple « one click » , et surtout de facturation automatique sur le compte de l’abonné, sans avoir à sortir une carte de crédit, de tous les contenus, applications ou services achetés par téléphone cellulaire sur cette App Shop. Orange a par ailleurs indiqué qu’il comptait utiliser cette App Shop pour offrir d’autres services Orange dont Orange TV (qui utilise le réseau Orange 3G et non pas  le réseau DVB-H dont on ne sait pas s’il sortira un jour), Orange Games et Orange Map (dont je parlais dans mon précédent article) ou encore des services proposés par des tierces parties… Tous ces services seront facturés selon le même principe, automatiquement, sans avoir à sortir la carte de crédit. Pour l’utilisateur, il risque de se passer avec le mobile ce qui s’est passé avec le Minitel il y a 20 ans, c’est-à-dire une montée astronomique et imprévue des factures…

Une fragmentation insupportable et coûteuse

Aujourd’hui dans le monde, la controverse entre les opérateurs et les fabricants de téléphones est de savoir lequel des deux est le mieux équipé et le mieux à même de developper et fournir des services, des applications et des contenus à l’utilisateur. Orange saura-t-il être un distributeur d’applications efficace et intéressant pour les développeurs qui se verront retenir la moitié des revenus que génère leurs applications? Apple ne prend que 40%…

Le fait de disposer d’un réseau d’infrastructure fixe et mobile 10 fois plus grand que n’importe lequel de ses concurrents, dont la base a été financée en grande partie par des fonds publics lorsque France Télécom était organisme public,  lui donne aussi un très gros avantage concurrentiel sur les autres opérateurs et sur les opérateurs de services qui doivent forcément passer par un réseau pour distribuer leurs applications.

Le succès de l’iPhone et de l’Apple App Store résulte du fait que l’iPhone est une plateforme de développement unique et homogène pour l’appareil, qui apporte une interface utilisateur stable et inégalée, très attractive pour l’utilisateur. Apple a su en profiter pour s’imposer comme un nouveau fabricant de téléphone et comme un égal des opérateurs qui jusque là monopolisaient jalousement l’accès à l’utilisateur final. Google s’appreterait-il à faire la même chose avec un Google Phone dont tout la presse parle? Mais Google a encore un peu de chemin a faire du côté de l’interface utilisateur…

Verrouiller l’utilisateur

Pour les autres téléphones, chaque application doit être adaptée à un moment ou un autre à chaque appareil d’une marque, même si cette marque utilise la même plateforme de développement. En effet, les opérateurs veulent y ajouter leur propre interface et souvent cherchent à verrouiller l’utilisateur par des formats ou des données spécifiques, ou par des système de contrôle sur le réseau,  pour l’empêcher d’aller chez le concurrent en l’obligeant à racheter un autre téléphone et à racheter ses applications.

Michel Guillemot, Président de Gameloft développeur de jeu Français l’a parfaitement compris en mettant l’essentiel de ses ressources de développement sur l’iPhone. Il est ainsi devenu le premier développeur mondial de jeu sur l’iPhone. Très récemment, Gameloft  indiquait ne pas s’intéresser à la plateforme Android, dont l’orientation laisse penser que l’interopérabilité entre les téléphones Android sera traitée de la même manière que sur les autres plateformes de développement. L’iPhone a encore de beaux jours devant lui…

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One Comment sur “Orange App Shop, le nouveau « Minitel du Mobile » de France Télécom ?”

  1. marc duchesne Says:

    Une preuve de plus que, peut-être, Free et Apple ont trouvé le juste milieu entre écosystème ouvert & neutre et écosystème propriétaire fermé: je m’abonne chez Free, je suis obligé d’utiliser les matériels Free, mais en contrepartie je bénéficie de la myriade d’applications et services développés librement par la communauté des utilisateurs pour offrir des services innovants (penser MyFreeTV, etc…). J’achète un iPhone, je suis obligé d’utiliser iTunes, mais en contrepartie je bénéficie de la galaxie des applications disponibles sur App Store, applications développées librement pour offrir des services innovants (think Shazam…).
    Certes, dans les deux cas je suis obligé d’utiliser une plateforme propriétaire, mais j’ai à ma disposition des applications et donc des services qui 1) fonctionnent et 2) sont totalement indépendants de l’opérateur. Par exemple Shazam fonctionne indifférement sur n’importe quel réseau GSM/3G…


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