FTTH: France Telecom fait de la résistance…


IMGP1318 tiffComment naissent les guerres de religion ?… Mais qu’est ce que la religion vient faire dans la technologie …direz vous à juste titre? La querelle autour de la fibre optique à la maison (FTTH) qui anime violemment le monde des télécoms en France depuis presque deux ans en prend vraiment la tournure. Une fois de plus, ce nouvel enjeu du développement technologique de la France montre que l’innovation et le progrès technologiques ne sont pas immunisés face à des comportements religieux. Mais derrière les plus grandes guerres de religion, ne se cache-t-il pas un certain obscurantisme exacerbé par des enjeux économiques et sociaux? Le 21ème siècle et la technologie n’y échappent pas.

Accord ou pas d’accord ?

En effet, lors de la conférence « Les Echos Télécom » qui s’est tenue au début du mois de juillet à Paris, les opérateurs de télécommunications Français, France Telecom, Free-Iliad, SFR et Numéricable se sont opposés, cette fois-ci publiquement et âprement dans un débat où l’un des intervenants, responsable juridique chez France Télécom, est arrivé avec son texte écrit qu’il a lu mot pour mot, de peur de s’écarter de son dogme . L’objet du débat portait sur la meilleure manière d’installer de la fibre dans les immeubles de façon à permettre aux Français d’accéder à Internet à des débits de 5 à 200 fois supérieurs à ceux dont ils disposent aujourd’hui. Cette empoignade publique faisait suite semble-t-il, selon Maxime Lombardini DG de Free-Iliad, à une cinquantaine d’empoignades privées essentiellement tenues sous l’égide de l’ARCEP et à la demande du gouvernement depuis plus de 6 mois. Ces négociations, dont l’objectif visait à régler le problème de l’installation de la fibre dans les immeubles par les opérateurs semblaient avoir conduit à un accord annoncé le 22 juin par l’ARCEP. On pouvait constater quelques jours plus tard que ça n’était plus vraiment le cas.

L’intérêt général, ce n’est pas l’intérêt d’un seul opérateur

En effet, peu avant la conférence de presse du 22 juin de l’ARCEP pour annoncer ces dispositions communes entre les opérateurs, Didier Lombard, PDG de France Télécom publiait un article dans le Figaro dont une analyse détaillée révélerait certainement une forte ambivalence. Il dévoilait publiquement certains éléments du dispositif que l’ARCEP devait annoncer 3 jours plus tard, et pour critiquer le choix technologique de son concurrent, affirmait de façon péremptoire et sans démonstration que le coût d’installation de la fibre dans les immeubles selon la technologie choisie par Free Iliad serait de 40% supérieur au coût de l’installation avec sa propre technologie. « Ainsi, disait-il, investir plusieurs fibres par foyer au lieu d’une priverait de la fibre plus de 5 millions de foyers, soit l’équivalent de plus de 500 villes moyennes. » En effet, le jour même de l’annonce par l’ARCEP de ce projet de cadre juridique prévu pour l’installation de la fibre dans les immeubles situés dans 148 communes densément peublées, son nouveau Président, Jean Ludovic Silicani remettait vertement Didier Lombard à sa place par une interview dans les Echos ou il précise : « Installer plusieurs fibres implique un surcoût de l’ordre de 5% de l’investissement total, qui sera à la charge de l’opérateur qui le demandera. Ce sont des infrastructures qui serviront pour les cinquante prochaines années. Se priver de la liberté de choix de l’opérateur pour une différence de coût aussi faible serait totalement déraisonnable. Les recommandations européennes vont dans le sens du modèle proposé par l’Arcep. L’intérêt général, ce n’est pas l’intérêt d’un seul opérateur. »

Le bras de fer: France Télécom arrête de fibrer les immeubles

Il dévoilait ensuite les fondements de l’affaire, qui n’ont rien de technique, contrairement à ce que voulait faire entendre le PDG de France Télécom: « L’objectif (de l’Arcep…) n’est clairement pas de créer un monopole dans la fibre optique, comme au Japon, où la part de marché de l’opérateur historique a bondi à 70%. Ceci est d’autant plus vrai qu’un tel réseau ne peut faire l’objet d’un dégroupage, contrairement au réseau de cuivre. En effet, la solution technique retenue par NTT – le PON – et pour laquelle a opté France Télécom, ne permet ni une mutualisation passive du réseau horizontal à posteriori, ni le dégroupage. Nous aurions donc un « supermonopole » ! » France Télécom faisait alors savoir qu’il arrêtait tout ses déploiements de fibre dans les immeubles… Il apparait donc aujourd’hui de plus en plus clairement que son attitude et ses choix technologique pour la mise en place de son réseau de fibre optique FTTH n’ont pas été conduits dans une optique d’optimisation des investissements ou de meilleure technologie, mais dans un but stratégique bien précis. Son but semble être de s’appuyer sur les caractéristiques de ce nouveau réseau de fibre et sur la puissance financière de ses 9 milliards de free cash flow générés tous les ans pour tenter de recréer son monopole perdu.

La régulation est plus nécessaire que jamais

Une logique de non régulation permettant aux monopoles de se reconstituer a été le principe de base de l’administration Bush pendant près de 10 ans aux Etats-Unis. On en connait maintenant le résultat …En quelques années, les Etats-Unis ont régressé de plus de 10 places au sein des pays industrialisés pour la pénétration du haut débit dans la population. Sa mauvaise qualité et son prix élévé dus au manque de concurrence en font un handicap pour la sortie de crise aux Etats Unis. Le nouveau Président Américain regarde aujourd’hui les développements européens avec beaucoup d’intérêt pour tenter de combler son retard. En effet, une délégation conduite par Gabrielle Gauthey , Vice Présidente chez Alcatel et ancien membre du collège de l’ARCEP à laquelle s’est joint Philippe Legrand, ancien directeur de Manche Numérique, a été sollicitée pour présenter les détails de l’expérience Française à Washington cet été. Gabrielle Gauthey a été l’architecte du dégroupage du DSL en France et Philippe Legrand a été l’un des plus fervants instigateurs de l’investissement des collectivités locales dans les réseaux d’accès à Internet. En attendant, le bras de fer avec France Télécom se poursuit, les négociations continuent sous l’égide de l’ARCEP mais le développement du FTTH en France est stoppé… Espérons momentanément.

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