Cette année, il a fait beau. Pas de parapluies ou d’imperméables, mais un beau ciel bleu et un temps assez doux. Est-ce un indicateur du temps qu’il fera au cours de cette année mobile ? Les multiples annonces effectuées durant cette manifestation semblent le présager… Mais je ne suis pas vraiment très sûr que le beau temps soit au rendez vous sur le long terme…
Les fréquences hertziennes, « l’or noir » de l’économie du mobile
Les fréquences hertziennes sont à la base de tout l’écosystème du mobile qui s’était réuni à Barcelone à la fin de ce mois de février 2012 comme il le fait depuis maintenant 7 ans. Les fréquences hertziennes sont à l’économie de la téléphonie et de l’internet mobile ce que le pétrole est au vaste système économique construit autour de l’automobile. Outre un mode de fonctionnement assez complexe, parfois assez mystérieux, voir magique (ou encore maléfique) pour le grand public, la grandes particularité des fréquences est d’être une ressource rare. Pourtant, jusqu’à une époque assez récente, on ne se souciait guère ce cet aspect clé… un peu comme le pétrole qu’on a largement gaspillé pendant des années et dont aujourd’hui on voit les réserves s’épuiser. Les fréquences hertziennes disponibles pour alimenter une demande croissante de services mobiles et transporter des quantités de données en croissance exponentielle sur des territoires toujours plus vastes sont extrêmement rares.
Améliorer l’information sur les fréquences
Pour cela, il faudrait mettre en place une véritable politique de gestion des fréquences, à la fois au niveau de chaque pays et au niveau international, permettant une meilleure information et une plus grande transparence. La récente tentative manquée du rachat de T-Mobile par AT&T aux Etats Unis, qui s’appuyait sur une argumentation plus ou moins crédible autour d’un soit disant manque de fréquences pour couvrir le territoire en 4G, a bien mis en évidence les besoins d’information et de clarté sur les choix et les équations économiques de certains opérateurs. Ainsi AT&T en mettant la main sur un vaste ensemble de fréquences, renforçait et verrouillait son monopole sur l’ensemble du territoire américain.
Lors du MWC 2012, le Dr Hamadoun Touré, Secrétaire Général de l’ITU (International Télecommunication Union) rappelait le rôle éducatif de l’institution qu’il dirige. « L’attribution des fréquences est un processus complexe qui répond à des règles techniques précises, plus particulièrement parce qu’il faut prévenir les interférences, expliquait-il. Mais elle répond aussi à de longs processus de négociations entre les acteurs qui participent à leur utilisation.» Pour lui, il est nécessaire de promouvoir une régulation fortement renouvelée qui ne soit plus basée sur la prédominance de la voix mais prenne en compte les nouvelles caractéristiques du monde des télécom ou les données prédominent sur les réseaux mobiles à haut débit. « Nous devons faciliter une meilleure régulation, ajoute-t-il, qui crée de la valeur et de la concurrence et permettre le passage de l’analogique au numérique, dans tous les pays. »
Partage et mutualisation des réseaux.
Une information plus détaillée sur les processus d’allocation des fréquences et de partage des réseaux (fixes et mobiles) semble donc nécessaire. En effet la dernière conférence WRC-12 de Genève en janvier 2012 mettait en place les fondements d’une nouvelle régulation des fréquences après 4 semaines de négociations intensives ou les enjeux comme la mutualisation, l’usage efficace du spectre, le partage des infrastructures ont été longuement discutés. Certains aspects de partage et de mutualisation des réseaux mobiles renvoient directement à la récente polémique inepte autour de la couverture du réseau du nouvel opérateur Free Mobile en France. Des attitudes rétrogrades comme celle de Jean Bernard Levy patron de SFR qui accuse France Télécom d’avoir louée son réseau à Free montrent un évident besoin d’information et d’explication pour le grand public. Une plus grande transparence sur la manière dont sont allouées les fréquences (un bien public rare), sur la manière dont sont partagés (ou pas) les réseaux fixes et mobiles permettront aux utilisateurs de mieux différencier les offres et améliorera la concurrence sur le marché…
La qualité des réseaux mobiles laisse à désirer
L’arrivée de la téléphonie mobile 4G est maintenant une chose acquise, mais la question reste de savoir quand les déploiements commerciaux auront-ils lieu ? Les réseaux sont-ils prêts ? Y aura-t-il suffisamment de fréquences pour répondre aux besoins toujours croissant de transport des données pour chacun, en tous lieux et à toute heure ? Quels investissements ces réseaux nécessitent-ils? Quelle mutualisation des réseaux faut-il promouvoir pour accroitre l’efficacité des infrastructures et en baisser les coûts ? Aujourd’hui, quelques pilotes pré-4G, fortement relayés médiatiquement, ont lieu dans plusieurs pays dont la Suède et les Etats Unis, mais dans la réalité, les réseaux 4G ne sont pas encore là et la qualité des réseaux mobiles laisse à désirer. D’autre part, le problème de la voix sur le 4G n’est pas encore résolu et plusieurs solutions étaient présentées à MWC par Fraunhaufer, Qualcomm ou d’autres fabricants de composants.
Une nouvelle vague d’innovation dans les équipements
Au MWC de Barcelone un foisonnement de nouvelles technologies et d’architectures pour l’équipement de ces réseaux était présenté chez les grands équipementiers, et les moins grands. Ainsi parmi les grands, Alcatel-Lucent cherche à reprendre la main en matière d’innovation pour ne pas se laisser désintégrer par les équipementiers chinois très agressifs ou par le géant Coréen Samsung qui a clairement indiqué ses intentions dans ce secteur. Quelques start’up Françaises comme e-Blink se distinguent par des solutions originales.
L’arrivé du 4G, beaucoup plus puissant, plus souple et plus flexible que le 2G et 3G, pose de nouveaux problèmes d’architecture de réseau qui nécessitent des approches nouvelles. Il en résulte un regain d’innovation sur la manière de multiplier les cellules pour augmenter la couverture et répondre à la demande exponentielle d’un nombre croissants d’utilisateurs, tout ceci compte tenu du spectre disponible. D’autres développements innovants apparaissent aussi sur la manière de soulager le réseau cellulaire en basculant automatiquement vers les réseaux WiFi. Cependant l’approche femtocells où le particulier dispose d’un boitier à la maison qui relaie le signal 3G et assure le basculement vers le WiFi, semble avoir été abandonnée par les opérateurs qui voient dans ce boitier une menace sur la sécurité de leurs réseaux.
Les Bell Labs sont les laboratoires de R&D de Alcatel Lucent. Comme le CNET de France Télécom ou les laboratoires de NTT au Japon, les Bell Labs ont été, jusqu’à la fin des années 90, un haut lieu de la recherche et développement en matière de télécommunication dans le monde. Leurs recherches ont principalement permis d’inventer la téléphonie et de développer les réseaux et l’usage du téléphone dans le monde. Ils ont entre autres à leur actif l’invention du transistor, du système d’exploitation Unix et du langage C. Depuis l’ouverture des télécommunications, l’arrivée d’Internet et la convergence des réseaux vers le tout IP, ces Labs ont du s’ouvrir et sont entrés en concurrence avec les laboratoires de recherche des entreprises du monde entier qui développant des technologies ouvertes pour Internet. Acquits par Alcatel lors de la fusion avec Lucent, les Bell Labs ont maintenant une assise Française que les responsables cherchent à enrichir et à développer.
C’est dans une pièce parcourue de réseaux de fibre jaune, d’appareils de mesure, de racks et de baie optiques qu’une petite équipe d’ingénieurs cherche à améliorer les capacités de transport des fibres optiques. Oriol Bartran Pardo, jeune ingénieur membre de cette équipe m’explique que les réseaux de fibre optique dans le monde sont de 2 types, les réseaux sous marin et les réseaux terrestres. Là où le transport des données sur les réseaux terrestres peut être réactivé par des relais, les réseaux sous marins doivent assurer le transport sans réactivation sur de très longues distances. On transmet les données sur la fibre en utilisant « une longueur d’onde » qui aujourd’hui peut facilement délivrer 100 Gigabits par seconde sur plusieurs milliers de kilomètres sans rafraichissement. Une fibre de bonne qualité peut recevoir jusqu’à 80 longueurs d’onde qui chacune transmettent des données de façon indépendante.
Cela signifie que chez l’utilisateur, l’installation d’une seule fibre optique lui donne techniquement la possibilité de recevoir jusqu’à 8 terabits de données par seconde…c’est à dire l’équivalent de 200 milliards de films à la seconde… (à condition que les opérateurs s’équipent de routeurs et de relais capables de supporter ce trafic et qu’un terminal soit capable de les stocker) Oriol Bertran-Pardo indique que son équipe a trouvé le moyen de faire passer jusqu’à 200 gigabits par seconde sur une longueur d’onde et a vérifié que les données pouvaient être récupérées sans pertes irrémédiables jusqu’à 2400 km de distance, sans rafraichissement. « C’est une première mondiale, me dit-il, et on ne l’a pas encore publiée »… On peut donc maintenant passer 16 terabits de données par seconde sur un seul brin de fibre sous marine, sur une longueur de 2400 km d’un seul tenant, sans répeteur… Il m’indiquait que les recherches du laboratoire permettaient d’envisager de passer 400 Gibagits par seconde sur une longueur d’onde, soit 32 terabits par seconde sur une seule fibre…
Wetalk est un projet de recherche sur lequel Tony Guez travaille depuis plusieurs mois. L’objectif est de permettre une traduction automatique et en temps réel d’une conversation téléphonique de façon à ce que deux personnes qui ne parlent pas la même langue puisse se parler par téléphone, comme si chacun parlait la langue de l’autre. L’application qui fonctionne sur un serveur et nécessite une application client fonctionne avec des terminaux du commerce et le réseau téléphonique normal. Inutile d’avoir un micro haute fidélité et il pourrait fonctionner sur Skype par exemple. L’application fonctionne dans deux sens, elle réalise une traduction instantanée de la conversation de l’appelant et l’écrit en texte (speech to text) sur l’écran du terminal de chacun des interlocuteurs. Parallèlement, une traduction en synthèse vocale de ce que dit l’appelant est réalisée et transmise dans la langue de l’appelé qui peut donc écouter ce que lui dit son correspondant et en même le lire sur l’écran, dans sa langue. Le retour s’effectue selon le même processus de la langue de l’appelé vers la langue de l’appelant… Le système, encore en développement, nécessite un rapide apprentissage du système lui permettant de s’adapter à l’élocution de l’appelant et de l’appelé. Il fonctionne avec des phrases courtes et demandes certaines précautions lorsque l’un ou l’autre des interlocuteurs parle… Il y a parfois quelques ratés (l’effet demo…!) mais ça marche plutôt bien… Karine Calvet, Vice Président des ventes France chez Alcatel-Lucent précise que les téléphones Androids sont particulièrement bien adaptés à ce système, mais que d’une façon générale, tous les smartphones, les tablettes et les PC pourront l’utiliser à terme.
Dimitre Davidov Kostadinov, ingénieur aux Bell Labs, a développé l’application AppsLikeU pour les smartphones qui permet à l’utilisateur d’accéder facilement aux applications dont il a besoins, en fonction de l’endroit où il se trouve ou d’une situation particulière. L’utilisateur peut ainsi organiser et préparer son smartphone en fonction de sa journée, en sélectionnant les applications dont il aura besoin. Par exemple, il doit aller à Bruxelles ou à Berlin le lendemain, il va donc définir sur son smartphone une zone géolocalisée à Bruxelles et à Berlin et pré-sélectionner les applications dont il aura besoin pour chercher un hôtel, voyager par le métro, chercher un taxi, trouver un restaurant dans une certaine zone de la ville, une boutique, une ressource, etc… Une fois à Bruxelles, ou à Berlin, il pourra accéder simplement aux applications associées à cette zone sans avoir à les rechercher dans une bibliothèque de milliers d’applications. Il aura donc très facilement accès à la bonne application, au bon moment, correspondant à la zone où il se trouve. Etant Géolocalisée, le système pourra aussi lui pousser certaines applications liées au contexte dans lequel il se trouve. Cette possibilité peut être contrôlée entièrement pas l’utilisateur qui peut l’arrêter. L’équipe a travaillé avec des designers pour dessiner des interfaces très simple et spontanées d’utilisation. Cette application permet ainsi à l’utilisateur de distinguer les applications qu’il utilise quotidiennement, quelque soit l’endroit où il se trouve, des applications qu’il utilisera occasionellement en fonction de ses déplacements ou d’évènements spécifiques particuliers.
Tivizio est une infrastructure de réseau social d’entreprise qui permet de poster et de partager des vidéos au sein de l’entreprise, pour un groupe défini de personne. Conçue par 2 ingénieurs des Bell Labs, Fabrice Poussière et Erwan Baynaud, cette application est hébergée dans le cloud sur des serveurs Amazon. Elle permet de créer un réseau social à l’intérieur de l’entreprise pour poster des échanger des vidéo et les échanger au sein d’un groupe particulier plus ou moins étendu. Chaque employé peut donc partager avec les gens qu’il souhaite dans l’entreprise les vidéos qu’il a posté. On peut ainsi envisager que des techniciens de maintenance sur le terrain postent des vidéo d’appareils ou de systèmes à maintenir qui puissent être partagées en temps réel avec les services techniques de l’entreprise. Un vendeur peut mettre sur ce réseau des vidéos spécifiques qu’il souhaite partager avec ses prospects. Il est aussi possible aux personnels de l’entreprise de créer et partager des vidéos qui pourront être utilisées dans la formation de partenaires ou de clients. Le service de communication peut mettre toutes les vidéos accessibles et utilisables par la presse. Les usages sont nombreux et quasiment illimités mais restent entièrement adaptés aux besoins et aux exigences de l’entreprise. Il est aussi possible de développer des outils autour de cette application aussi bien pour éditer les vidéos que pour offrir d’autres outils de collaboration et de communication. Tivizio fonctionne déjà en beta test sur 2 sites pilotes.
Yann Mac Garry était entouré ce matin d’un petit groupe de responsables informatiques dont l’un mentionnait s’être fait sérieusement houspillé par ses services financiers à cause d’une note de roaming assez astronomique de son smartphone lors d’un récent voyage chez un fournisseur au Sénégal… Ingénieur aux Bell Labs à Lanion, un fief de France Télécom, Yann Mac Garry a développé une application appelée Always Home qui comme son nom l’indique, permet à un utilisateur d’aller à l’étranger mais permettant à son téléphone de rester virtuellement en France, sans avoir à repasser par l’opérateur qui héberge le MVNO. Le roaming résulte pour les opérateurs en place à doubler, tripler ou plus même, le coût des communications en dehors du territoire d’origine de l’utilisateur. « Voila qui ne fera pas trop plaisir à France Télécom dit l’un d’entre eux… » « Cette solution s’adresse essentiellement aux MVNO répond-il, car elle leur permet de créer des solutions de roaming économiques et concurrentielles. » Composée d’une carte SIM spécifique et d’une application qui reste sur le HLR (base de données des abonnés du réseau) du MVNO Always Home permet à ce dernier de créer son propre système de roaming et de passer ses propres accords spécifiques avec des opérateurs de pays étrangers puis de proposer aux utilisateurs un roaming vers ce pays à des prix plus intéressants que les tarifs des opérateurs en place. L’utilisateur n’a pas besoin de changer de carte SIM et il aura une facture prévisible lors de ces déplacements à l’étranger.