Archive for the ‘Industrie’ category

Avicca : une lecture industrielle du plan fibre

23 mars 2012

Régis Paumier est Délégué Général du Sycabel, le Syndicat Professionnal des Fabricants de fils, cables éléctriques et de communication. Il expose un point de vue intéressant, trop peu souvent exprimé, sur l’impact industriel du plan fibre en France. L’ensemble des adhérents du Sycabel représentent environ 3 milliards d’Euros de chiffre d’affaire. Son intervention lors du colloque de l’Avicca présentait la vision de l’ensemble de la profession qu’il représente.

Pour lui en effet, le seul enjeu à la demande exponentielle de débit est la fibre, même si d’autres voies peuvent exister. Que l’on parle de haut débit fixe ou mobile, la fibre est incontournable, c’est un passage obligé. Il examine ensuite les différentes manières dont cette constatation se traduit sur le plan industriel dans la mesure où les objectifs sont maintenant connus : Il faudra raccorder 30 millions de foyers à la fibre dans les 15 années à venir.

Il expose ainsi un ensemble de défis à relever dans la course qui s’est engagée, défis qui sont assez rarement pris en compte, sachant que l’objectif des 30 millions de foyers cablés a des implications qui vont bien au-delà de la simple pose de millions de kilomàtres de fibre optique dans le sous sol Français. Il faut en effet prendre en compte la manière dont tout cela va se mettre en place et fonctionner.

Il identifie 4 grands défis qu’il examine les uns après les autres

Le défi de la production

Le défi de l’innovation

Le défi de la formation

Le défi de la réalisation

Il s’appuie sur quelques chiffres pour prendre conscience de l’effort de production que le plan nécessite, à partir d’extrapolations tirées des différents plans d’aménagements réalisés par les collectivités territoriales en France. Il faudra poser 3 millions de km de câble à fibre, c’est-à-dire installer environ 100 millions de km de câble optique, aussi bien dans le sous sol, en aérien que dans les immeubles. Il faudra aussi produit 5 millions de boitiers de raccordement et mettre en place entre 7000 et 10000 NRO (Nœuds de raccordements optiques) équivalents optiques des NRA pour le cuivre.

La conclusion qu’il tire de sa présentation est qu’il sera difficile, voir impossible de combler le gap entre la situation actuelle et les objectifs qui ont été fixés. Il ne voit pas très bien comment résoudre le problème pour l’instant, dans les conditions actuelles à moins de multiplier des aujourd’hui par 5 le rythme de déploiement actuel. Visiblement, on n’en prend pas le chemin.

Il préconise cependant la nomination d’un pilote pour ce plan, mais l’état est il une bonne solution quand on connait les travers de la bureaucratie dans notre pays? Il préconise aussi la mise en œuvre d’un véritable plan de financement de ces investissement, mais les caisses sont vides…. Il indique enfin que la mise en œuvre par zone, en commençant bien sûr par les zones denses a probablement été une erreur, mais il est difficile de forcer les opérateurs à se porter en premier lieu sur les zones non rentables…même si les zones rurales ont plus que tous besoin du haut débit pour tenter de se revitaliser.

Voir la présentation du Sycabel au colloque Avicca du 19 mars

AT&T et T-Mobile dans le collimateur de la FCC et du congrès Américain

11 août 2011

Depuis l’annonce du rachat de T-Mobile par AT&T pour 39 milliards de dollars, l’opération n’a cessé de susciter des remarques, des remous, puis une opposition de plus en plus active de la part des consommateurs, d’une bonne partie de l’industrie et maintenant de l’administration et de l’agence de régulation américaine. En effet, reconnaissant ouvertement que ce rapprochement crée pas mal de problèmes, la FCC a décidé d’aborder ce dossier de façon plus large et de le traiter conjointement avec un autre dossier concernant AT&T, celui du rachat des fréquences 700 MHz que Qualcomm destinait à FLO TV, tentative avortée de créer un système de télévision mobile propriétaire.

Une lettre datée du  8 aout émise par le Wireless Telecom Bureau de la FCC mentionne que les deux affaires posent la question de l’accumulation de spectre de fréquence par l’opérateur sur tout le pays, avec beaucoup de zones de recouvrement.  Le premier résultat de cette lettre est de repousser au-delà de 180 jours le délai accordé par l’administration américaine pour donner son avis sur la proposition de transaction avec T-Mobile. Beaucoup en effet suspectent que l’opérateur ne cherche à reprendre une position de monopole sur un marché déjà fortement concentré. Il invoquait en effet le manque de fréquences pour racheter T-Mobile alors qu’il venait de racheter du spectre « en or » dans les bandes 700 Mhz à Qualcomm pour quelques 2 milliards de dollars en décembre dernier. Parallèlement le réseau de l’opérateur, quasiment vétuste, de mauvaise qualité aussi bien pour le fixe que le mobile et notoirement insuffisant pour supporter le trafic de ses consommateurs n’est modernisé qu’à travers des investissements faits au compte goutte et bruyamment médiatisés. Donc d’un côté, AT&T sort $41 milliards pour transformer silencieusement sa position  dominante en quasi monopole et de l’autre il n’investi pas suffisamment pour améliorer son réseau. Cette attitude n’est pas celle d’un industriel, mais tout simplement celle d’un spéculateur. Gageons que nos opérateurs nationaux ne se comportent pas de la même façon dans le problème de la fibre pour le haut débit, fixe ou mobile.

Les intéressés sont offusqués de la réaction de la FCC  

Immédiatement après la lettre de la FCC, les responsables indignés d’AT&T, Qualcomm et de Deutsche Telecom ont répondu sans vraiment apporter d’arguments contradictoires nouveaux.  Pour Deutsche Telecom, considérer les deux opérations ensemble serait identique à mélanger des « pommes (Apples) » et des « oranges ». Voila une image qui ne manque pas de subtilité quant on connait « la relation amoureuse » qui lie notre opérateur historique national et le constructeur de Cupertino… ! « Ce sont deux transactions entièrement distinctes, qui adressent différentes entités, différents publics, des termes différents et des intérêts publics différents. Il n’y a aucune base juridique ou politique sérieuse pour consolider les 2 opérations » explique Deutsche Telekom dans sa réponse à la FCC.  Dean Brenner Vice président des affaires institutionnelles de Qualcomm précise que « les bénéfices pour le public de cette vente s’affirment par eux même et ne sont absolument pas liés au rapprochement de AT&T et T-Mobile. » Il précise, et on imagine bien les trémolos offusqués  dans sa voix : « Le deal avec Qualcomm permettra de réutiliser du spectre 700Mhz découplé et non utilisé pour du haut débit mobile, et de cette façon facilitant l’Amérique à résoudre son problème de manque de fréquence et permettant à la FCC d’atteindre son but de réallouer 300 Mhz de fréquences au très haut débit mobile dans les 5 prochaines années ».

Il mentionne enfin que cet argent servirait à Qualcomm d’investir pour développer une nouvelle technologie spectralement plus efficace pour accélérer les transferts et permettre les premiers développements aux Etats Unis « stimulant ainsi la croissance économique des Etats Unis ainsi que la création d’emploi et améliorant la position de leadership des Etats Unis dans le sans fil.. » Le tout sans sourciller… ! Quant à AT&T, il s’offrait un communiqué langue de bois digne des déclarations du soviet suprême : « Nous pensons que la transaction avec Qualcomm a ses propres mérites. Nous nous félicitons que la commission ait rejeté les demande de consolider officiellement les deux accords et a expressément maintenu la possibilité que notre demande pour Qualcomm soit traitée avant celle de T-Mobile. Nous sommes confiants que la FCC approuvera les transferts de licences comme étant conforme à l’intérêt public. »

Consommateurs et industrie s’y opposent

Coté consommateurs, la perception est toute différente. Plusieurs associations de consommateurs avaient manifesté des réserves le jour de l’annonce du rapprochement avec T-Mobile à côté de nombreuses interrogations et des sourcils froncés d’une partie de la presse. Une coalition de groupes défendant les intérêts du consommateur s’est constituée autour de plusieurs organismes :  Free Press, Media Access Project, Public Knowledge, Consumers Union et the Open Technology Initiative of the New America Foundation, rejoint ensuite par plusieurs opérateurs sans fil locaux ou régionaux comme Cincinnati Bell Wireless, MetroPCS Communications, NTELOS, the Rural Cellular Association, the Rural Telecommunications Group et puis par Sprint Nextel dont le CEO, Dan Hesse indiquait que cette acquisition serait un « désastre absolu pour les consommateurs et l’économie américaine et conduira à encore plus de régulation ».

Le 27 avril, ils envoyaient une lettre à Julius Genachowski, Chairman de la FCC indiquant «  si le transfert de licence de Qualcomm et le rapprochement avec T-Mobile sont approuvés, il donneront encore plus de puissance a un opérateur sans fil déjà dominant pour imposer son contrôle sur les terminaux, le réseaux de transport et les consommateurs pour asphyxier complètement la concurrence. »

Opposition grandissante des politiques

Le dernier volet de l’opposition à cette opération est une opposition grandissante au sein du congrès. Même si celui-ci n’a pas à juger de l’opportunité de ce rapprochement, l’avis de certains politiciens à Washington est très écouté et AT&T n’a pas négligé d’intensifier son lobbying en déployant quelques millions de dollars auprès des Représentants et Sénateurs ou d’organismes qui leurs sont directement liés. A remarquer que les mécanismes du lobbying américain sont en général assez connus, cette activité étant quasiment officielle. Mais en France le lobbying n’existe pas officiellement, ses mécanismes sont donc assez obscures et difficiles à mettre à jour, certaines sociétés Françaises sont devenues maîtres en la matière.

Pourtant, le Sénateur Herb Kohl, Chairman du sous comité qui au Sénat examine les affaires anti-trust, avait provoqué une audition des responsables d’AT&T et de T-Mobile en mai dernier pour permettre aux protagonistes d’expliquer les raisons de ce rapprochement. Apparemment peu satisfait des conclusions de cette audition, il envoyait le 20 juillet dernier une lettre de 7 pages à Julius Genachowski Chairman de la FCC et au Procureur Général Eric Holder où il indique les nombreux points pour lesquels le rachat de T-Mobile par AT&T serait néfaste. « J’ai conclu que cette acquisition, explique le Sénateur,  si elle est autorisée, créerait de nombreux dommages à la concurrence et aux consommateurs, serait contraire aux lois antitrust et contraire à l’intérêt public, et devrait donc être bloquée par vos agences. »  La réaction de la FCC ne s’est donc pas faite attendre longtemps et pourrait conduire à une nouvelle forme de 1984 (qui avait vu le démantèlement du monopole d’AT&T). A noter que cette tendance à la reconstitution de monopoles à partir d’anciens monopoles d’Etats est un phénomène industriel très fréquent qui s’accélère avec la mondialisation. Elle mériterait d’être étudiée avec plus de précisions dans le secteur des télécoms, aussi bien aux Etats Unis qu’en Europe.

Les grands opérateurs téléphoniques pleurent misère…

1 mai 2011

Est-ce par hasard que Stéphane Richard, PDG de France Télécom accorde un entretien au Wall Street Journal pour raconter ses « misères » à la communauté financière internationale à peu près au même moment où AT&T envoie un gros document de près de 400 page à la FCC, le régulateur Américain, pour lui expliquer que la seule issue pour lui est de racheter T-Mobile s’il veut survivre à l’augmentation du trafic sur ses réseaux mobiles…?

Sortie de crise favorable aux grandes manoeuvres

Cette époque de sortie de crise ( loin derrière pour beaucoup de grandes entreprises qui naviguent déjà toutes voiles dehors) est très favorable à  des grandes manœuvres de consolidation et de conquête. Les opérateurs qui n’ont pas connu la crise, vivant grassement sur du free cash flow récurrent, sont maintenant avides de renforcer et/ou reprendre des positions de monopole qui leur permettront de verrouiller et de presser un peu plus leurs abonnés dans des solutions chères et figées, très rentables pour eux.. En général, on appelle ça des rentes de situation sur le dos du consommateur…

Une nouvelle révolution industrielle.. pour qui et comment ?  

De leur côté, les gouvernements sont inquiets de la lenteur de la reprise et commencent à se préoccuper des prochaines échéances électorales. Ils sont prêts à quelques « petites compromissions et arrangements » pour accélérer le processus qui leur permettra de prétendre devant les électeurs qu’ils ont fait « du bon boulot ». Ces opérateurs sont en effet un « passage obligé » pour le nécessaire renouvellement des infrastructures de ce qu’on a appelé « les autoroutes de l’information ». Beaucoup ne sont pas loin de penser que les opérateurs téléphoniques sont aussi la solution pour résoudre (et contrôler) l’énorme problème des contenus sur Internet suscités par des « géants du Web Américains ».

Non seulement ils  viennent  « polluer » l’exception Française, mais en plus ils profitent gratuitement d’investissements réalisés localement et dégagent de larges profits en s’appuyant sur un écosystème de sociétés très dynamique… L’enjeu économique, qui ne se cache plus maintenant, est celui de mettre en place de nouvelles infrastructures (fibre pour le fixe et très haut débit pour les mobiles) pour le déploiement d’une révolution industrielle qui marquera ce siècle et dont on peu espérer que tout le monde profitera. Seulement, tout le monde n’est pas d’accord sur le type de révolution et qui va en bénéficier… ? La France sur Internet paie le retard accumulé par les « visions » de l’opérateur lorsqu’il était monopole historique, visions qui ne faisaient qu’unes avec celles du gouvernement…

 France Télécom… misérable ?

L’article du WSJ dresse le paysage de cette façon «  ayant passé l’année dernière à remette au beau fixe le moral des troupes du 3ème opérateur télécom européen après une vague de suicides, Stephane Richard essaie maintenant de  convaincre la communauté financière que France Télécom est un bon pari, malgré les problèmes que rencontre l’ensemble du secteur des télécom. »  Il cite ensuite Stéphane Richard qui affirme : « Nous sommes entrés dans une phase difficile »… « notre modèle économique est sous pression »…  La stagnation des revenus des opérateurs, la nécessité d’investir pour répondre à l’augmentation exponentielle des trafics sur les réseaux et la forte concurrence qui s’exerce sur les opérateurs (entendez depuis l’ouverture des marchés) rend la situation intenable. Pour Stéphane Richard, cela conduirait obligatoirement à une consolidation sur le marché européen et à des mesures de réductions des coûts…

L’Europe, un bon terrain de jeu…

La machine est lancée… Directement dans la foulée de AT&T qui rachète T-Mobile aux Etats Unis, mais d’une manière plus discrète par touches successives et différentes, France Télécom se lance dans un rapprochement avec Deutsche Télékom, la maison mère de T-Mobile. L’Europe est bien sûr passée au-delà du capitalisme sauvage à la manière de l’Oncle Sam et les grandes manœuvres s’opèrent de façon plus feutrée, moins transparentes, les montages sont plus compliqués et longs à mettre en œuvre pour ne pas éveiller les soupçons du grand public.

Mais aussi l’hétérogénéité des 29 pays européens offre un terrain de jeu beaucoup plus riche en opportunités que les Etats Unis très unifiés.  Ils créent donc une filiale commune (sans nom pour l’instant)… d’achat de matériels et plusieurs accords (gardés essentiellement secrets) pour le partage des réseaux dans plusieurs pays d’Europe. En Angleterre, les deux opérateurs ont déjà combiné leurs activités mobiles dans une autre joint venture appelée « Everything Everywhere ». Mais une fusion des 2 opérateurs est purement impensable affirme-t-on de chaque côté… Voila qui devrait endormir pour un moment les autorités de la concurrence de chacun des pays… ! Parallèlement, les opérateurs cherchent à s’entendre au niveau européen pour envisager de faire payer Google et les autres "géants" du Web, ce que Neelie Kroes, la commissaire Européenne, voit d’un regard plutôt méfiant.

Arguments diversement fallacieux…  

D’un autre côté, Stéphane Richard explique que sa société s’attache à acheter des opérateurs en Afrique et au Moyen Orient, marchés sur lesquels il espère doubler son chiffre d’affaire d’ici 2015… Cocorico… Tout ne va donc pas si mal du côté des investissements… De la même manière que AT&T investi 39 milliards de dollars pour prendre 10 points de part de marché sur les Etats Unis plutôt que de mettre ses 39 milliards sur l’amélioration de son réseau désuet, France Télécom investi à l’étranger pour prendre des position dominantes et investi de façon parcimonieuse sur son marché, bloquant de fait le déploiement du très haut débit sur le territoire Français. L’un invoque un prétendu manque de fréquence, ce qui lui permet de rafler de nouvelles fréquences, une denrée rare qui pourrait servir à d’autres plus actifs et innovants, et l’autre invoque l’irrésistible besoin de réduire les coûts.

Monopole va-t-il de pair avec bonne gestion ?

AT&T comme France Télécom sont dans une position fortement dominante et leur gestion n’est pas non plus des plus exemplaires, ni des plus transparente, mais ceci ne semble plus être d’actualité du moins pour France Télécom en France. Le récent scandale lié à la « rente retraite » de Didier Lombard est un exemple facile, mais le comportement de France Télécom est insupportable pour les collectivités locales en France qui dépendent de son bon vouloir.

D’autre part, la location de son réseau de cuivre et de ses fourreaux (encore appelé son génie civil)  rapporte encore gros à France Télécom, quasiment de la marge net, puisqu’il a été payé par les contribuables et rentabilisé depuis longtemps (on parle de 8 milliards d’Euros par an. il s’agirait en fait de 1 milliard d’euros par an selon un opérateur concurrent). Donc inutile d’investir pour changer cette situation… Qui se souvient des discours du roi du Minitel français qui lui rapportait pratiquement 2 milliards d’euros par an,  lors de l’arrivée d’Internet ? Pauvre pionnier perdu dans un monde qui ne le comprend pas… !

La question des opérateurs OTT (over the top)  

L’ennui est que la communauté financière internationale n’aime pas bien les opérateurs téléphoniques vus comme des opérateurs de tuyaux, peu innovants, ringards, dépassés… et leur préfère les Google,  Apple, Amazon, Facebook de l’autre côté de l’Atlantique ou Baidu en Chine. Mais Stéphane Richard sort le couplet : « Les opérateurs doivent avoir les perspectives de revenus qui justifient les larges investissement. Ceci  soulève la question du partage des revenus entre les producteurs de contenu, les géants de l’Internet, particulièrement Google  et les opérateurs téléphoniques… On a besoin d’un modèle de partage de revenu qui soit équitable…». Mais il semble que les discussions avec ces dits “géants de l’Internet” ne soient guère avancée (en terme de poids France Télécom avec ses 50 milliards d’Euros de CA annuels et ses 8 milliards de cash flow n’est pourtant pas un nain… !).

Une odeur de neutralité du Net…

Stéphane Richard affirme que Google paie France Télécom dans un partenariat qui permet aux sociétés Internet américaines d’accéder au réseau France Télécom et permet à Google de délivrer son contenu aux consommateurs de façon efficace. « Ils paient pour entrer à nos points d’accès en Europe et en Afrique, et pour ça nous leur assurons un niveau minimum de trafic. » Il ne mentionne pas les sommes mais une porte parole de Google, non nommée par le WSJ précise : « Google ne paie pas pour un niveau minimum de trafic ou autre…"

Elle précise qu’il s’agit d’un accord d’interconnexion qui est standard dans l’industrie des télécom  et n’est aucunement conçu pour payer France Télécom sur ses investissements en réseaux. Pour tous les réseaux téléphoniques qui opèrent le réseau Internet, les opérateurs s’interconnectent depuis longtemps et évitent ainsi la congestion sur leurs réseaux respectifs grâce à ces accords d’interconnexion. La porte parole de Google précise que le trafic de Google n’est absolument pas favorisé par rapport à d’autres fournisseurs de contenus…Chaque opérateur a des centaines d’accords de ce type…  La neutralité du net vient donc de recevoir un gros paquet de dollars et d’euros sur la tête…

La vraie question

Peut-on faire confiance à un opérateur qui possède l’infrastructure ? Les collectivités locales en France n’en sont pas vraiment convaincues…Les collectivités locales américaines l’ont payé très cher.  En effet, l’idée de Stéphane Richard, telle qu’elle est relaté par le WSJ est claire. Il veut que les opérateurs de contenus (les OTT) financent les investissements qu’ils font dans les réseaux sous le sceaux d’accords qui permettront à leurs contenus de bénéficier d’un régime de faveur. D’un autre côté, il veut contrôler le contenu qu’il délivrera sur Internet aux consommateurs en faisant payer plus cher ceux qui passent plus de temps et consomment plus de contenus. L’histoire serait donc doublement rentable,  un retour net, direct, immédiat et à long terme sur investissement.

Enfin, rien n’est dit sur le contrôle de ces infrastructures qui resteront leur propriété et quels seront les plans d’investissement…Toujours cette absence de transparence inhérente à tout ce qui est un peu technologique… Voila un beau sujet d’agitation pour le Conseil du Numérique qui vient de faire ses premiers pas… Il regroupe entre autres tous les opérateurs Français… Le ton est donné, les vilains OTT qui pillent nos opérateurs n’ont qu’à bien se tenir… Notre pays est toujours aussi étonnant. On va passer des mois à discuter sur le sujet et pondre de jolis rapports avec des recommandations « très intéressantes » et puis on fera une belle loi bien compliquée pour appliquer tout ça et on s’apercevra que ça ne marche pas et que le train est déjà passé.

Acquisitions en vues

On a bien vu que France Télécom a depuis 4 ans littéralement mis "tout son poids"  sur le déploiement de la fibre en France, et qu’il a un impact considérable que ce que sera le paysage Français dans 30 ans… Ca s’appelle de l’aménagement du territoire par les infrastructures… France Télécom comme la plupart des opérateurs historiques a le monopole dans la peau et ne s’en débarrassera pas… C’est une sorte de trou noir qui absorbe et verrouille. Le phénomnène est encore plus clair aux Etats Unis avec AT&T pour qui la régulation est bien moindre et son comportement ressemble parfois même à du racket.  Est-ce un syndrome Français ou une particularité des opérateurs historiques, alors que les OTT ont plutôt tendance à générer une industrie grâce à l’innovation?

Par exemple, France Télécom  a littéralement racheté Dailymotion et Deezer à très bas prix (comparé par exemple à YouTube racheté par Google un an après sa création pour 1.6 milliards de dollars…) après avoir englouti des centaines de millions d’euros dans des droits TV sur le foot pour jouer l’exclusivité, en vain… Le montant des droits sur le sport payés par France Télécom dépasse le demi milliard d’euros en 2010. Ce demi milliard pourrait être consacré à investir dans la fibre en milieu rural par exemple…!

L’article du WSJ conclue que la prochaine cible de France Télécom se trouve dans les réseaux sociaux.. Va-t-il acheter Facebook… ?

Je ne peux pas m’empecher d’ajouter cette citation :

Je dis donc aux entrepreneurs, mobilisez votre créativité et votre imagination, non pas pour casser la contrainte, non pas pour enfreindre la contrainte, mais plutôt pour vous appuyer dessus et la dépasser”……  “C’est pour cela que j’ai créé le CNN (Conseil National du Numérique), on ne peut pas rester à deux mondes qui s’ignorent qui s’inquiètent qui se méconnaissent. Il faut qu’on essaye d’associer les gens. C’est pour cela que j’ai créé le CNN, pour que pour tout projet législatif ou réglementaire susceptible d’avoir un impact sur l’économie numérique, le gouvernement soit obligé de demander votre avis, et bénéficie de l’éclairage qui émanera du secteur numérique… Vous l’avez reconnu je pense. Voila donc le programme.

Smart Grid : le Projet Linky d’ERDF

24 avril 2011

Dernier volet de ce compte rendu de la conférence Asprom qui s’est tenue au début du mois d’avril, le Projet Linky est présenté ici par Jean-Marie BERNARD, directeur technique Linky chez ERDF. Il resitue le contexte juridique et réglementaire au niveau européen puis au niveau Français pour indiquer les grandes étapes de l’expérimentation/évaluation Linky en cours et les développements futurs. L’objectif est donc d’attendre 95% du parc équipé de Linky d’ici 2018.

Le régulateur a indiqué le cahier des charges fonctionnel du compteur Linky au cours de deux communications en 2007 après une concertation qui a été faite en 2007 Une deuxième concertation avec les acteurs a au lieu à la fin 2009. Les enjeux sont l’ouverture des marchés, la qualité des services, la performance du distributeur (réduire le nombre de déplacements qui s’élève à environ 7 millions pas ans). Il y aura donc une nouvelle infrastructure de communication pour gérer de nouvelles informations qui viennent des compteurs, etc…

Qu’est-ce qu’est Linky ?

C’est un compteur et un système. C’est en fait une extrapolation du compteur bleu électronique auquel on ajouté un moyen de communication basé sur du CPL, il dispose d’une horloge et comporte un logiciel évolué qui gère 2 grilles tarifaires : l’une pour la facturation de l’énergie et l’autre pour son transport et sa distribution. Il y a la possibilité de gérer de la pointe mobile et des courbes de charge. Enfin, il est doté d’un interrupteur qui vérifiera la puissance contractuelle. Les données entre le compteur et le reste du monde par la communication CPL sont chiffrées. L’architecture est à 3 niveaux, ce qui est important pour les problématiques de déploiement.

CPL versus radio

Le courant porteur en ligne (CPL) a été choisi en s’appuyant, entre autres, sur des expériences effectuées en Californie où il y a en moyenne 7 compteurs par transformateur. En France on est à 50 compteurs par concentrateur (poste de transformation) voir 75 ou 100. Le CPL est donc plus intéressant financièrement lorsqu’il y a une grande concentration. Mais il élude largement la question des avantages respectifs des technologies radio face à la technologie CPL, il semble que les aspects financiers aient été prédominants dans ce choix alors même que CPL est encore assez mal connu sur des courants de moyenne tension et sur des réseaux assez hétérogènes de qualité varié, ce qui est le cas du réseau d’ERDF.

Il précise donc que l’utilisation du CPL à haute dose sur des réseaux de distribution moyenne fréquence est loin d’être courant. Le choix fait a donc été de rester calé sur la topologie du réseau électrique et de ne pas construire un réseau parallèle, même si chaque compteur peut légalement recevoir un dispositif radio (pour le GPRS, le WiFi ou le Zigbee). La technologie CPL permet cependant de limiter les pertes dites « techniques » sur le réseau en optimisant l’équilibrage des phases.

35 millions de compteurs à déployer en 5 ans

Fonctionnant dans la pure lignée directe d’une démarche « top down » à la française, ERDF a néamoins imposé un certain niveau d’interopérabilité parmi les 3 constructeurs de compteurs et les constructeurs de concentrateurs retenus, « véritable innovation dans le domaine du comptage électrique »… précise Jean Marie Bernard… L’innovation vient donc des hautes sphères d’ingénieurs bureaucrates qui la modélisent avec délectation…  « Mais le vrai challenge restant est de déployer 35 millions de compteurs en 5 ans…et 500000 concentrateurs…. Tous étant équipés de capteurs et d’actionneurs qui permettent éventuellement d’agir automatiquement en cas de panne sur le réseau..  »  Le smart grid se développera donc à partir d’une mise à jour de l’infrastructure en place.

Retours d’expériences..  on reste sur sa faim

« On commence a avoir des retours d’expérience » précise Jean-Marie Bernard. « L’expérimentation a porté sur 300000 compteurs en grande partie pour tester les processus de déploiement et de pause, c’est une expérience sur les équilibres économiques plus que sur les détails techniques. On peut maitriser la technique avec le déploiement de quelques milliers de compteurs seulement »…. Le seul problème est qu’ERDF ne parle d’aucune des équations économiques en présence, ni les différents choix possibles qui s’offraient, ni de la manière dont ont été effectués les choix… !

Jean Marie Bernard se limite à partager quelques constatations ponctuelles :  « On a posé 100% des concentrateurs et 85% des compteurs sont posés poursuit-il (problématique des portes fermées). Ca se passe plutôt bien, les temps de pose que nous avions estimés sont respectés. L’expérimentation confirme donc les hypothèses de ce point de vue. Actuellement 150000 index sont remontés tous les jours, car on stresse le système, ce chiffre croit tous les jours.  9 compteurs sur 10 communiquent mais il y a encore des bugs. Ca se corrige progressivement. Dans le CPL, le signal émis n’est pas très fort, il faut répéter le signal (mais parfois il y a des blancs ou des lignes trop longues sans répéteur et ça coince…) 107000 compteurs sont aujourd’hui ouvert à la chaine complète pour l’automatisation, comprenant la  facturation.  Pour l’industrie, 50% du cout du projet est le coût de pose des compteurs.»

Des questions sur l’accès aux informations, par les particuliers et des tiers de service

Quelle est maintenant la suite, sachant que selon ERDF, l’expérimentation arrive à son terme. « L’elément suivant est la décision des pouvoirs publics sur les suites à donner explique Jean Marie Bernard. La phase suivante est donc d’atteindre 95% du parc déployé en 2018, conformément à la directive européenne. » Parmi les questions posées à l’issue de sa présentation, la principale est celle de l’accès à l’information… « Les informations issues du compteur appartiennent aux clients, indique Olivier Hersent en réponse à une question, et les fournisseurs, selon les règles du marché, doivent restituer d’une certaine manière l’information aux tièrces parties… » Beaucoup de discussions ont lieu sur ce sujet chaud qui devrait être définie par la CRE, car de la manière dont ERDF redonnera les informations qu’il a collectées dépendent un certains nombres de services innovant basés sur les données de consommation électrique.. L’arrivé d’Internet dans le monde de l’énérgie est une opportunité pour développer un nouveau secteur industriel, dont Olivier Hersent de Actility est un des premiers représentants en France.

Pour voir la présentation de jean Marie Bernard

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Quand la Silicon Valley sort de la crise, l’Europe traine encore la patte

19 avril 2011

A Paris depuis quelques mois, je garde un œil sur la Silicon Valley, dans la presse locale et à travers des discussions régulières avec des « amis locaux » et des partenaires. « Comment va la Silicon Valley ? » est une question que l’on me pose assez souvent… avec une lueur d’espoir sachant que quand la Silicon Valley va… la technologie va… !  Difficile cependant de répondre avec précision…

Pourtant certains indices d’un redémarrage semblent apparaitre depuis le printemps, mais rien ne vaut une visite sur place… Il me faudra attendre encore un peu pour constater de visu. Je suis donc allé dans la presse locale, le Merc et quelques autres, pour m’imbiber de l’état d’esprit du moment.

Le capital risque ne sera plus ce qu’il était

Adeo Ressi, CEO du Founder Institute www.founderinstitute.com et créateur du site The Funded.com est catégorique, «  le capital risque, disons plutôt l’investissement dans les sociétés de technologie,  sortira complètement transfiguré de la crise ». En effet, beaucoup de fonds existants avant la crise n’ont pas pu lever de nouveaux fonds et l’ensemble de la profession a été littéralement écrémée. En 2008, Sequoia Capital sortait une présentation fameuse appelée « RIP Good Times », « Les belles années sont mortes » préfigurant le Tsunami qui allait s’abattre sur la profession et  les start’up.

Selon la National Venture Capital Association, le nombre de VC est passé de 1000 en 2007 à 400 à la fin 2010.  Non seulement, le ralentissement économique a freiné, voir arrêté un grand nombre de start’up, mais les sorties de sociétés financées par des VC se sont faites très rares sur un marché boursier dépressif, 18 sociétés en 2 ans contre presque 200 au début des années 2000.

Des nouveaux chemins pour investir dans les start’up.

En 2010, le nombre d’IPO a commencé à grimper mais reste encore faible à moins de 50 par an. Avec les probables entrée en bourse de Linked’in, Twitter etc…, et le marché secondaire permettant à Facebook ou à Zinga de lever de l’argent sans entrer en bourse, le marché de l’investissement semble conduire les start’up dans de nouvelles directions. Est-aussi apparue une nouvelle catégorie d’investisseurs appelés « super angels », des entrepreneurs comme Peter Thiel de Pay Pal, Dave McClure, Jeff Clavier,  Ron Conway , Mike Maples qui investissent eux-mêmes leur argent pour des montants assez bas dans des start’up qu’ils suivent activement et qui revendent leurs parts sur le marché secondaire à des fonds établis ou des VC lorsque la société décolle, en attendant une éventuelle entrée en bourse. La Silicon Valley bruisse déjà, semble-t-il, de ces nouvelles start’up qui vont une nouvelle fois révolutionner Internet. Les investisseurs, même si ce ne sont plus tout à fait les mêmes, sont là.

Plus long à réagir en Europe

Et l’Europe là dedans.. ? Une récente interview dans Business Insider de Jean David Chamborédon, responsable du fonds Français ISAI mis en place par Pierre Kosciusko Morizet donne le ton. « Comme je l’ai dit, je pense que les perspectives sur le long terme sont bonnes, mais elles sont mauvaises sur le court terme. Les investissements des VC en 2010 ont été élevés, mais la raison est que beaucoup d’entre eux ont levé des fonds en 2006-2007 et ne sont plus à même d’investir en 2010-2011, et parce qu’ils n’ont pas investi en 2009 à cause de la récession, ils ont tiré leurs dernières cartouches en 2010… Mais déjà 2011 s’annonce mal au premier trimestre et 2012 va être brutal » Donc, les start’up Européennes qui commencent à décoller mais ont encore besoin d’investissements pour aller plus loin ont du souci à se faire. Pas très bon pour la reprise…

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