En moins d’une décennie, Internet et la téléphonie mobile ont profondément et radicalement modifié la vie des gens alors que les impacts du téléphone, de l’électricité ou du moteur à explosion se sont échelonnés sur ¼, ½ voir presque 1 siècle. C’est en créant de nouveaux usages que ces technologies ont suscité la création de nouvelles infrastructures qui elles même entrainent de nouveaux usages… Les télécommunications, liées aux enjeux énergétiques, commencent maintenant à impacter l’habitat avec l’arrivée des bâtiments intelligents.
C’est pourquoi, dans le contexte de cette problématique émergeante, que Roland Dubois, président d’ASPROM, organise deux jours de séminaire/formation sur le thème de l’habitat intelligent les 20 et 21 mars 2012 à Paris.
Le cercle vertueux infrastructure-usages
Le tout numérique continue sa progression dans la vie quotidienne de chacun. La connectivité partout, tout le temps et pour chacun est déjà intégrée dans les mœurs des plus jeunes et chaque jour voit naitre de nouveaux usages. Le processus de diffusion de ces nouveaux usages dans les différentes couches de la population entrainent les opérateurs, les constructeurs, les fournisseurs de services, les municipalités, les gouvernements… à développer les infrastructures de télécommunications qui permettent de répondre à cette demande, toujours croissante. Les réseaux de fibre optique, on le voit depuis 4 ou 5 ans maintenant, sont devenus une affaire nationale, une obligation incontournable, un élément de la compétitivité économique d’un pays parce qu’aujourd’hui, il est courant et normal de regarder des photos, des films, des vidéos, la TV et d’échanger des contenus multimédia sur Internet.
Des milliers de services développés sur Internet sont rapidement devenus indispensables pour la population et les entreprises. De même, l’amélioration et l’extension des réseaux de téléphonie cellulaire à Internet sont devenues un enjeu pour chaque pays, parce que les services qu’ils offrent deviennent immédiatement incontournables. Il est maintenant presque impensable pour un individu normal de ne pas disposer d’un ordinateur, d’une connexion internet et d’un smartphone, tout comme il est impensable pour un pays de ne pas se préoccuper de ses infrastructures de télécommunications fixes et mobiles.
L’émergence de la problématique énergétique autour du bâtiment
La problématique énergétique donne une nouvelle dimension à la prolifération des télécommunications et des services numériques dans notre vie quotidienne. En effet le contrôle des dépenses d’énergie ou la production locale d’énergie, sont devenu une responsabilité individuelle et collective et elles passent immanquablement par Internet et les telecom, à la maison, dans les entreprise ou dans les villes. Le bâtiment, pris dans son ensemble, est le secteur qui effectue plus de 40% des dépenses d’énergies en France.
D’énormes pertes d’énergie ont lieu tous les jours dans des bâtiments parce que personne ne sait avec précision ce qui est consommé, par quoi ou qui, et pourquoi ? Ainsi, la réduction de moitié de la consommation du pays (un objectif fixé par les politiques lors du Grenelle de l’environnement) ne pourra pas se faire en ignorant les énormes pertes d’énergies dans les bâtiments, usines et immeubles qui couvrent le territoire. D’autre part, la tâche est collective, c’est-à-dire qu’elle implique les pouvoir publics, les entreprises et les individus eux-mêmes. Il est donc indispensable, et aujourd’hui possible grâce à la convergence d’Internet et des télécommunications fixes et mobiles, de rendre les bâtiments intelligents, c’est-à-dire contrôlable et maîtrisables du point de vue de leur consommation énergétique. Le bâtiment devient intelligent à partir du moment où sa consommation énergétique est mesurée et contrôlée grâce a des dispositifs de monitoring (capteur, systèmes d’analyses, contrôle des appareils électriques etc…). Mais quelles en sont les conditions, les étapes, les coûts, le enjeux ?
Un séminaire sur l’habitat intelligent réalisé par ASPROM
Au sommaire du séminaire le mardi 20 mars, Jean Robert Millet, (responsable de la division Energie au CSTB (Centre Scientifique et Technique du Bâtiment) examinera les enjeux et les défis posés par le grenelle de l’environnement à l’objectif 2020 dans la mesure où les bâtiments neufs devront être à « énergie positive ». Le changement est radical puisque non seulement les bâtiments devront moins consommer, mais ils devront aussi contribuer à produire de l’énérgie. Commen les villes vont-elles intégrer cette problématique ?
Ensuite, François Pelegrin, Architecte DPLG élaborera sur les stratégies de ruptures possibles en matière de construction pour garantir les coûts, les délais et la fiabilité des nouveaux systèmes constructifs et obtenir des bâtiments véritablement performants.
Un exemple sera décrit par Sébastien Prévot, responsable du pôle R&D chez Cardonnel Ingelerie autour de l’impact de la RT2012 sur la conception des bâtiments tertiaires et la manière dont ils peuvent améliorer les conditions de travail et la productivité.
Régis Lecussan, directeur de Raycreatis montrera l’apport de valeur d’un logiciel communicant de collaboration entre l’architecte et le thermicien.
Arthur Vinson (Responsable Développement Systèmes Constructifs chez Lafarge) abordera la nouvelle règlementation thermique, ses enjeux et son impact sur les méthodes de travail lors de la conception des bâtiments. Il présentera des systèmes constructifs performants traditionnels et innovants.
Par Olivier Servant, Directeur des Marchés – Saint Gobain habitat France abordera les détails de l’optimisation de l’isolation (sols, murs, plafonds, ponts thermiques) en application de la RT2012 pour le neuf et l’anticipation des règles 2020. Il présentera la maison Saint Gobain Multi-confort en pointant sur les techniques utilisées qui permettent de construire des maisons de la génération 2020. Il abordera aussi les aspects de la rénovation des bâtiments existants.
Olivier Gaignon, délégué général de Ignes abordera la problématique de la « smart home » ou la domotique communicante au service des citoyens. Il traitera du logement résidentiel ou collectif et fera le point sur les outils la manière de les intégrer simplement pour se rapprocher des smart grids, ou smart cities…
Olivier Flechon, Chef du Laboratoire d’Energétique du Bâtiment, CEA INES (Institut National de l’Energie Solaire) présentera la plateforme Incas qui comporte 10 bancs de test pour l’intégration du photovoltaïque dans les bâtiments ou résidences.
En fin de journée, Hervé Mary, Directeur Général du LAN abordera le thème de La maison numérique : nouveau foyer d’intelligence. Il examinera l’impact du développement des réseaux d’infrastructure numériques fixes et mobiles sur la maison et l’utilisation des appareils électriques et électroniques qui la peuplent.
Au sommaire du séminaire le mercredi 21 mars, Eric Nicolas, Délégué au Gimelec abordera le bâtiment Intelligent et ses technologies. Comment répondent elles aux impératifs de coût, de confort, de services, de sécurité et de flexibilité. Il déterminera le QI du bâtiment intelligent.
Patrick Heinrich, Directeur Total Building Solutions chez Siemens abordera la notion de GTB (gestion technique du bâtiment) et son impact sur l’efficacité énergétique du réseau.. La GTB fédère les différents métiers techniques du bâtiment et l’objectif est de passer d’une GTB de «contrôle/commande» à une hypervision globale de bâtiment, plus particulièrement avec l’arrivée des bâtiments à énergie positive.
Stéphanie RICHE, Chef du Laboratoire Systèmes de Capteurs Multimodaux au CEA-LETI apportera des éléments de réponse sur l’apport des TIC dans l’efficacité énergétique des bâtiments. Elle présentera une plateforme expérimentale baptisée@home pour prototyper /maqueter les réseaux de capteurs et actionneurs hétérogènes.
Axel Buendia, Gérant de SpirOps présentera les outils d’intelligence décisionnelle qui offre une assistance pour économiser l’énergie, améliorer le confort et renforcer la sécurité. D’un rôle d’assistant, ces outils deviennent un vecteur actif de l’évolution des comportements énergétiques des citoyens.
Olivier Hersent, PDG d’Actility traitera de l’évolution vers IP des bus de terrain du bâtiment. La présentation évoquera les nouvelles contraintes d’ouverture des systèmes d’information du bâtiment, vers les locataires notamment. Il parlera aussi de l’évolution des standards récents comme ETSI M2M et 6LowPAN et de leur impact sur la prise en mais par les utilisateurs.
Yves Aiilerie, Business Development Manager chez Intel France et Renaud Deschamps, Directeur général de Lexmark France, président du SFIB (syndicat des industries des technologies
de l’information) parleront de l’impact des bâtiments à énergie positive sur les utilisateurs. Ils décriront le GIE « Enjeu Energie Positive » auquel participent leurs sociétés qui ont développé l’application POEM (Personal Office Energy Monitor), en fonction sur plusieurs sites pilotes.
Enfin pour clôturer les 2 jours, Eric L’Helguen, DG d’Embix (société commune Altsom-Bouygues) détaillera les solutions de mutualisation et d’optimisation mises en oeuvre au niveau de la « Smart City » et s’appuiera sur l’exemple pratique du premier réseau intelligent de quartier, Issy Grid
La ville d’Issy les Moulineaux qui compte plus de 63000 habitants, a depuis longtemps été une ville avancée dans le domaine de l’énergie. En effet, en 2009, la municipalité a crée la charte Isséo avec une vingtaine de promoteurs et de constructeurs ce qui lui permet de poursuivre une politique agressive de rénovations et de constructions aux normes dites HQE, de Haute Qualité Environnementale, au-delà même des indicateurs fixés par le Grenelle de l’Environnement. Christophe Provot, Maire adjoint délégué à l’urbanisme de la ville indique : « la ville favorise l’arrivée sur son territoire d’entreprises citoyennes qui participent activement à la mise en œuvre de la politique municipale, ce qui signifie que nous devons aussi être attentifs et réactif à leurs initiatives. Ainsi, lorsque Bouygues Immobilier est venu nous présenter le projet Issy Grid, nous avons immédiatement répondu de façon positive. Cette initiative qui couvre le quartier d’affaire Seine Ouest (ou encore Porte de Seine) va totalement dans le même sens que nous. »
Aujourd’hui explique Alain Salmon, Directeur du département Energy/Utilities chez Steria « Il n’existe pas de système ni d’équipement qui permette de le connaitre précisément la consommation au niveau d’un quartier, et l’objectif de ce projet est de mettre en place un tel système avec une démarche industrielle. On ne parle pas d’un système propriétaire et fermé, mais d’un système qui agrège de nombreux éléments en provenance de divers partenaires et de leur permettre d’échanger des données.» La première phase de l’opération consiste donc à mettre en place un système de monitoring permettant de connaitre la consommation globale des immeubles concernés ou des résidences avec suffisamment de détail pour ensuite envisager une optimisation de cette consommation et d’envisager ensuite une politique d’incitation et d’effacement en fonction des usages et selon certaines périodes.
La première phase du développement sera essentiellement centrée sur le tertiaire. Il faudra établir un centre qui se situe entre l’ACR (Agence de Conduite Réseau de EDF, il y en a 3 en Ile de France) et les bâtiments compris dans le périmètre du quartier. Une deuxième phase s’ouvrira au résidentiel en incorporant 900 logements dans le secteur du Fort D’Issy, l’éclairage public et des locaux commerciaux. La première tâche qui sera réalisée par Steria avec Schneider Electrique est de mettre en place un système de récupération et d’extraction des informations sur les usages grâce à des capteurs et les compteurs électriques. « Connaitre les usages est le point le plus difficile, explique Alain Salmon. Il faut distinguer les consommations par activité et ensuite étudier les courbes de consommation des immeubles. C’est à la condition de bien connaitre les usages que l’on pourra ensuite établir une véritable politique de gestion de l’énergie autour de mesure d’incitation, de régulation et d’effacement.» Les usages vont être identifiés par bâtiment de façon aussi fine que possible et les données ensuite analysées et regroupées. Une opération identique, déjà été réalisé sur le Green Office de Bouygues à Meudon met certaines complications en évidence parce qu’un bâtiment qui n’a souvent qu’une seule facture électrique recouvre différents usages et peut avoir plusieurs locataires qu’il faut identifier et dont il faut aussi connaitre la part occupée dans les différents types d’usages.
La conférence ASPROM du début de mois d’avril à Paris permettait à un assez grand nombre d’acteurs de s’exprimer sur la Convergence Energie-Télécommunication. Après le point de vue de EdF et la vision de Olivier Hersent CEO de la start’up Actility, la présentation de France Télécom mérite qu’on s’y arrête, surtout après l’annonce d’accords (encore très flous pour le grand public) entre France Télécom et Deutsche Telekom sur le sujet du M2M, une autre dénomination de l’Internet des Objets. Le smart grid fait entièrement partie de l’Internet des Objets comme l’expliquait Olivier Hersent, et France Télécom ne peut pas ne pas être présent sur ce créneau des télécommunications dont le but est de rendre les objets intelligents et de les interconnecter sur Internet.
Lors de la conférence « Convergence Energie Télécom » de l’ASPROM qui s’est déroulée à Paris au début du mois d’avril, l’une des présentations les plus remarquables était faite par Olivier Hersent, CEO de la société star’tup Actility. Pour ceux qui connaissent le monde des télécoms, Olivier Hersent n’est pas un inconnu. Il fut en effet le créateur de Netcentrex en 1996, une start’up Française issue de France Télécom. Olivier Hersent avec Netcentrex a été un pionnier dans la voix sur IP, et il revendait sa société à la société américaine Comverse en 2006 alors que le secteur des télécoms était en pleine consolidation.
L’association ASPROM a organisé la semaine dernière une session de formation et d’échanges de 2 jours sur les développements du photovoltaïque et des technologies de batteries en France et dans le monde. Elle a demandé à Daniel Lincot, Chimiste, Maitre de Recherche au CNRS et grand spécialiste Français des technologies solaires de présenter l’ensemble du paysage photovoltaïque.