Dans les salons de l’Assemblée ce matin s’est tenue plutôt discrètement une réunion à laquelle participaient un certain nombre d’acteurs clés de la France Numérique en marche. Etaient réunis les responsables de France Télécom en la personne de Bruno Janet, conseiller spécial du CEO de France Télécom, SFR avec Cyril Luneau PDG de SFR collectivités, l’ARCEP venue en grand renfort avec Jérôme Coutant Membre du Collège et Philippe Dister son directeur, Benoit Loutrelle représentant du Commissaire aux Investissements d’Avenir et l’équipe de Manche Numérique au grand complet, Jean François Le Grand Président du Conseil Général de la Manche, Gilles Quinquenel, Président de Manche Numérique et Roland Courteille Directeur de Manche Numérique.
« C’est un accord historique que nous venons signer ici annonçait Gilles Quinquenelle. C’est une grande première pour ce premier jour de printemps… » ajoutait-il non sans humour. Il était repris et approuvé par les responsables des 2 opérateurs, même si Bruno Janet tentait de minimiser un peu l’affaire en affirmant que France Télécom était déjà délégataires de 2 RIP (réseaux d’initiative publique), Laval et Palaiseau…
Jean François Le Grand, repris par Jerome Coutant affirmaient : « La manche a toujours été à la pointe en matière d’infrastructure numérique. Il y a presque 10 ans, elle a été un membre clé et décisif de la démarche qui a conduit à la législation sur le 1425, point de départ du dégroupage. Ce premier accord signé entre France Télécom et un RIP (Manche Numérique) est aussi important pour la mise en œuvre du FTTH en France que l’a été le 1425 pour le dégroupage. » Bruno Loutrel du Commissariat aux investissements d’avenir précisait : « Nous sommes heureux d’investir dans un département comme la Manche car nous savons que cet investissement sera bien utilisé et qu’il servira de modèle. »
Premier accord entre France Télécom et un RIP
Voila en effet près de 5 ans que France Télécom regardait les RIP (réseaux d’initiative publique) comme des concurrents, et ne ratait pas une initiative pour les torpiller, les assécher de leur substance en ne se portant pas client de ces infrastructures payées en grande partie par les contribuables. Pire, il allait même jusqu’à construire des réseaux en doublon pour être certain de posséder « son » infrastructure. Cette situation fut amèrement rappelée et mentionnée par diverses collectivités locales lors de la journée de l’Avicca, en début de semaine. Certes me faisait remarquer une membre de l’ARCEP à côté de moi, le cadre règlementaire n’était pas tout à fait stable pendant les premières années. Il l’est cependant depuis bientôt 2 ans maintenant, et Bruno Janet le reconnaissait comme un élément important du pas en avant franchi aujourd’hui.
Co-investir dans la boucle locale fibre
L’accord passé avec Manche Numérique, dont le délégataire est Manche Télécom filiale de SFR, comporte et défini en effet les conditions financières et techniques (encore aujourd’hui imprécises puisque l’accord n’est que préliminaire) dans laquelle le délégataire et France Télécom collaboreront pour mettre en œuvre les réseaux FTTH sur le territoire de la Manche et proposer une offre commerciale aux foyers raccordables.
Plus spécifiquement, il donne l’espoir à Manche Numérique que la fibre qu’il a installée pour desservir les 26000 foyers de St Lô et de Cherbourg raccordable directement à la fibre d’ici la fin 2012 pourront effectivement disposer d’une offre commerciale réelle, chose qui reste encore en suspend dans beaucoup de RIP. Si les RIP se sont développés avec un certain succès pour la collecte, en général pour le dégroupage des NRA de France Télécom, la difficulté est apparue lorsque que les RIP ont commencé à s’occuper de la desserte pour le FTTH, c’est-à-dire de la réalisation de la partie entre le NRO (Nœud de Raccordement Optique) ou encore le point de mutualisation et l’abonné, en d’autres termes la boucle locale fibre, une sorte d’araignée de mer longtemps insaisissable et indéfinissable, selon la taille, la portée (en nombre d’abonnés) et la place des NRO, des sous NRO et/ou des points de mutualisation (pour garder un langage à peu près compréhensible par les gens normaux).
France Télécom, qui ne diffuse toujours que très parcimonieusement la localisation de ses fourreaux semblait jusqu’à aujourd’hui s’être positionné pour faire cavalier seul et développer des réseaux de desserte en concurrence avec les RIP, en utilisant son avantage sur les fourreaux et laissant les RIP développer du génie civil fort couteux. L’enjeu est cependant de taille entre les opérateurs puisque cette "boucle locale fibre" est un élément qui doit etre mutualisé pour permettre à l’abonné d’avoir accès à une offre concurrentielle, mais elle doit aussi être co-financée par les opérateurs qui font une offre commerciale… Et c’est là que le bât blesse, les opérateurs n’arrivant pas à s’entendre, l’opérateur historique par dessus le marché faussant le jeu par le poids qu’il occupe sur le marché.
Un premier test réalisé sur 1000 foyers
Cet accord prévoit donc que France Télécom co-investira avec le délégataire pour réaliser la distance à parcourir entre l’abonné (la prise) et le premier point de mutualisation accessible. Ce co-investissement consistera à réaliser la liaison entre les 2, c’est-à-dire en quelque sorte à construire une véritable boucle locale fibre mutualisée, en utilisant divers moyens dont les fourreaux de France Télécom déjà existants, la pose de fibre en aérien, ou du génie civil là où rien d’autre n’est possible.
A ce titre, une expérimentation a déjà été réalisée dans une zone très peu dense de la Manche entre France Télécom, Manche Numérique, SFR et Manche Télécom pour équiper 1000 foyers dans une zone très peu dense. Cette expérimentation a fait l’objet d’un co-financement public privé avec des fonds du grand emprunt…
Un succès pour Manche Numérique
Le département de la Manche se veut aujourd’hui un territoire pilote pour le déploiement du FTTH dans un département rural. « Les objectifs indique Gilles Quinquenelle sont de permettre d’ici 2017 à 120000 foyers du département de se raccorder à la fibre en plus des 27000 réalisés à la fin de l’année ». Pour cela, l’Etat, par le biais du grand emprunt accordera un financement de €18.47 millions pour y contribuer. Cependant précisent Jean François Le Grand et Gilles Quinquenelle, l’objectif sur le département est de développer les usages et d’innover sur l’utilisation de ces infrastructures par les habitants et les entreprises, son rôle de creuset des usages innovants en milieu rural reste donc entier.
Quel avenir pour les RIP?
Sur la base de ce premier accord, s’il vient à se généraliser, on peut envisager d’un nouvel œil le déploiement du FTTH dans les zones dites « non AMII », c’est-à-dire les zones qui n’entrent pas dans le périmètre de l’Appel à Manifestation d’Intention d’Investissements sur lesquelles les opérateurs se sont déclarés et pour qui les RIP sont principalement mis en œuvre. Bruno Janet, questionné sur la mise en œuvre de tels accords avec les autres RIP restait plutôt évasif : « Aujourd’hui, c’est honneur à la Manche et ça ne serait pas élégant vis-à-vis de la Manche de dire quel sera le suivant. Cela correspond à notre démarche de complémentarité que nous avons mise en œuvre depuis 5 ou 6 ans maintenant…. Quant aux conditions de cet accord, il ya des conditions techniques, des conditions économiques, de timing et de budget qui doivent être respectées."
"La porte est ouverte pour d’autres RIP, mais nous regardons les réseaux qui répondent aux caractéristiques techniques définies par l’ARCEP. Certains réseaux publics n’y sont pas vraiment conformes. Est-ce que cet accord peut constituer un cadre pour de futurs accords avec la centaine de RIP qui ont été développés en France? Arrêtez de changer les cadres » ajoutait il… En d’autres termes, chaque accord se fera au coup à coup… On est encore loin de l’effet du 1425 qui a permis le dégroupage sur le territoire national…Les questions posées hier à l’Avicca semblent donc toujours d’actualité.
Le colloque bi-annuel de l’AVICCA qui s’est déroulé hier posait la question de la mise en œuvre du plan très haut débit en France et très clairement, son Président Yves Rome sonnait le signal d’alarme, une fois de plus. Cependant pratiquement au même moment à Bruxelles, Stéphane Richard, PDG de France Télécom et Neelie Kroes, Vice-Présidente de la Commission Européenne pour l’Agenda Numérique se congratulaient, le premier fier de ses 10 nouveaux engagements et la seconde sur son action pour une économie numérique européenne compétitive et durable.
En moins d’une décennie, Internet et la téléphonie mobile ont profondément et radicalement modifié la vie des gens alors que les impacts du téléphone, de l’électricité ou du moteur à explosion se sont échelonnés sur ¼, ½ voir presque 1 siècle. C’est en créant de nouveaux usages que ces technologies ont suscité la création de nouvelles infrastructures qui elles même entrainent de nouveaux usages… Les télécommunications, liées aux enjeux énergétiques, commencent maintenant à impacter l’habitat avec l’arrivée des bâtiments intelligents.
Au sommaire du séminaire le mardi 20 mars, Jean Robert Millet, (responsable de la division Energie au CSTB (Centre Scientifique et Technique du Bâtiment) examinera les enjeux et les défis posés par le grenelle de l’environnement à l’objectif 2020 dans la mesure où les bâtiments neufs devront être à « énergie positive ». Le changement est radical puisque non seulement les bâtiments devront moins consommer, mais ils devront aussi contribuer à produire de l’énérgie. Commen les villes vont-elles intégrer cette problématique ?
Cette année, il a fait beau. Pas de parapluies ou d’imperméables, mais un beau ciel bleu et un temps assez doux. Est-ce un indicateur du temps qu’il fera au cours de cette année mobile ? Les multiples annonces effectuées durant cette manifestation semblent le présager… Mais je ne suis pas vraiment très sûr que le beau temps soit au rendez vous sur le long terme…
Une information plus détaillée sur les processus d’allocation des fréquences et de partage des réseaux (fixes et mobiles) semble donc nécessaire. En effet la dernière conférence WRC-12 de Genève en janvier 2012 mettait en place les fondements d’une nouvelle régulation des fréquences après 4 semaines de négociations intensives ou les enjeux comme la mutualisation, l’usage efficace du spectre, le partage des infrastructures ont été longuement discutés. Certains aspects de partage et de mutualisation des réseaux mobiles renvoient directement à la récente polémique inepte autour de la couverture du réseau du nouvel opérateur Free Mobile en France. Des attitudes rétrogrades comme celle de Jean Bernard Levy patron de SFR qui accuse France Télécom d’avoir louée son réseau à Free montrent un évident besoin d’information et d’explication pour le grand public. Une plus grande transparence sur la manière dont sont allouées les fréquences (un bien public rare), sur la manière dont sont partagés (ou pas) les réseaux fixes et mobiles permettront aux utilisateurs de mieux différencier les offres et améliorera la concurrence sur le marché…